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8 mars 2009, La journée internationale des femmes à Paris : quelques questions à Philippe Torreton

8 mars 2009 Lu 1 028 fois Imprimer

La journée internationale des femmes est l’occasion pour nos élus de se mobiliser et de mobiliser les habitants de nos arrondissements sur la condition des femmes, en France et dans le monde. Égalité professionnelle, lutte contre les violences faites aux femmes, éducation à l’égalité, cette journée permet de rendre visibles les multiples actions menées pour garantir les droits des femmes et promouvoir l’égalité femmes/hommes.

Le programme de la journée à Paris
Focus sur le 11ème arrondissement : le 11ème place la journée de la femme sous le parrainage du Cap-Vert

Délégué à la lutte contre les discriminations dans le 9ème arrondissement, tu organises à ce titre, la journée internationale des femmes du 8 mars. Peux-tu nous parler du programme dans le 9ème ?

Nous perpétuons d’abord ce qui se faisait déjà et qui a du succès, le prix de la poésie féminine Simone Landry, qui est un appel à toutes les femmes qui désirent écrire. A l’issue des lectures, un prix est décerné par un jury composé de personnalités de l’arrondissement, et un recueil est constitué. Le prix existe depuis 2002, il rassemble aujourd’hui environ 200 participantes. On réfléchit d’ailleurs à la possibilité d’étendre cet événement pour faire un deuxième prix destiné aux jeunes filles de moins de 18 ans.
Ensuite, nous organisons une exposition à laquelle je tiens beaucoup, intitulée « Blessures de femmes », exposant les clichés d’une grande photographe, Catherine Cabrol. Cette photographe s’était distinguée il y a quelques années, en faisant des portraits décalés de comédiens et de réalisateurs, notamment une photo de Patrice Leconte, qui a été beaucoup vue dans la presse, le montrant comme s’il était un patient dans un hôpital psychiatrique. Pour le 8 mars, elle a photographié des femmes ayant subi des violences. Certaines de ces femmes seront présentes, et la photographe elle-même aussi afin de raconter l’histoire de ces femmes et répondre aux questions. Le sujet est dur, mais il donne à voir ce qu’est qu’un visage violenté, frappé, voir le chagrin et la peine, la douleur physique et mentale. On connaît les chiffres des violences faites aux femmes, qui sont très parlants, mais un chiffre reste un chiffre. Un visage, par contre, c’est concret, ça ne s’oublie pas.
On va également faire venir une troupe qui va jouer une compilation des pièces de Lorca en référence au thème de la femme. Ce qui est important pour nous, c’est la créativité. On a fait un appel sur le thème « Femme, créativité, solidarité », afin que les volontaires relient ces trois mots par l’écriture, la peinture ou un autre mode d’expression. C’est une initiative qu’on lance cette année, et qu’on poursuivra.

En ce qui concerne la journée du 8 mars, personnellement, j’aimerais que cette journée disparaisse un jour. Qu’il ne soit plus nécessaire de symboliser les combats, les actions, car c’est un constat d’échec d’être obligé de le faire. Nous devons parvenir à une égalité réelle, et c’est tout un état d’esprit à changer. Je pense que le combat des femmes passera aussi paradoxalement par un combat des hommes, qui doivent revendiquer certains territoires abandonnés dans une société finalement machiste. Je pense à une vraie égalité des chances dans le droit de garde au moment des divorces, des séparations, car finalement, la justice perpétue souvent les clichés. Il est essentiel que l’on revienne sur la notion de temps parental, en prenant en compte avant tout le temps passé avec la mère, avec le père, ce qui est bien l’essentiel. Autre combat primordial, l’égalité des salaires, l’égalité dans l’entreprise. Les femmes sont toujours fragilisées au moment où elles enfantent, quel que soit leur parcours professionnel. C’est inadmissible et il faut continuer à revendiquer le droit pour les femmes comme pour les hommes de s’arrêter, d’organiser son travail différemment quand on a des enfants, voire d’amener son enfant en bas âge sur son lieu de travail. A ce titre, sans vouloir empiéter sur la vie privée de nos dirigeants, j’ai trouvé que le retour rapide de Rachida Dati après son accouchement était une image catastrophique pour les femmes. Ceci malgré elle. Mais, qu’elle le veuille ou non, elle est une sorte de « super déléguée » des femmes et ce retour est une catastrophe pour toutes les femmes qui ne reprennent pas le travail aussi vite, après toutes ces années de luttes qui ont permis d’imposer un congé compatible avec la continuité du travail.

Tu es également délégué à la citoyenneté dans le 9ème. Peux-tu nous parler de cette délégation?

J’aimerais qu’au fur et à mesure des années de mandature, on continue et on amplifie ce qu’a fait cette mairie du 9ème dans la précédente mandature. Grâce à la personnalité du maire, Jacques Bravo, qui a une formidable proximité avec les gens, cette mairie est devenue un lieu de refuge, un lieu de parole, un lieu d’expositions, un lieu de contacts réels. Parce que lui est en permanence en contact avec la population, avec la jeunesse notamment, à tel point que j’ai été frappé pendant la campagne par le fait que tous les jeunes le connaissent, que les petits d’école primaire le reconnaissent. Il faut dire qu’il court avec eux, ce n’est pas l’ancien maire qui faisait cela. Il est essentiel pour moi que cette mairie soit une plaque tournante, même si nos moyens ne sont pas forcément énormes, sur le plan financier notamment. Mais souvent ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de contact, de débrouillardise. Il s’agit de faire appel à la créativité des gens, de favoriser leurs élans, de les encourager, de leur montrer qu’on est pour. Après on se débrouille. Bien sûr on se heurte parfois à des problèmes financiers, notre salon de réception est en permanence occupé, on a parfois du mal à trouver des créneaux, mais je crois que c’est à force d’essayer, à force de solliciter qu’on arrive aussi à déclencher des choses à l’échelon supérieur, à trouver d’autres possibilités d’action, d’autres moyens.
La mairie doit ainsi être une caisse de résonance pour tout ce qui se passe dans l’arrondissement, et il se passe plein de choses dans le 9ème. Elle doit faciliter l’action, les rencontres. Je me souviendrai toujours d’une réunion avec le monde associatif qu’on a organisée au tout début de la mandature. On s’attendait à 15-20 personnes, et presque 50, représentantes du monde culturel au sens large, sont venues. Et le premier constat qui a surpris tout le monde était simplement le nombre de participants. Après, les élus n’étaient presque plus nécessaires, les gens échangeaient leurs coordonnées et se parlaient. S’il y avait des interrogations sur l’utilité d’une telle réunion, elles étaient levées avant même son commencement.

Plus concrètement, en ce qui concerne les actions de ma délégation, je souhaite mettre au cœur de notre action l’enfance, les jeunes. Avec Laurent Chabas, le 1er adjoint au Maire chargé de l’Education et de la Jeunesse, on a entrepris une action de long terme avec les élèves délégués dans les lycées, ces élèves élus étant intégrés au Conseil de la Jeunesse. Cela peut offrir des perspectives dès la scolarité à des jeunes qui ont déjà une fibre sociale, politique, en tout cas représentative et citoyenne. En outre, cela multiplie les possibilités d’interlocuteurs à l’intérieur de l’établissement, face aux problèmes de tous ordre, violence, drogue, discipline, maltraitance au sens large. J’estime que plus on multiplie les interlocuteurs, plus on a des chances de faire remonter les problèmes et d’agir. Je pense en outre qu’il peut être plus facile pour un élève de parler à un de ses camarades plutôt qu’à un surveillant ou un professeur qui font partie de la hiérarchie du collège, même si ces gens-là ont une grande qualité d’écoute.

Je crois que vous êtes en train de préparer une « semaine de la citoyenneté » pour le mois de mai. En avez-vous déjà les grands axes?

On travaille avec une troupe de comédiens pour un spectacle sur la Commune. Ce sera un spectacle très interactif, qui implique le public. Il n’y a que trois ou quatre comédiens je crois pour 50 à 60 rôles, donc les rôles seront tenus par le public. Des gens vont ainsi être sollicités pour lire quelques répliques, sur la base desquelles les comédiens broderont. A chaque fois que ce spectacle a été présenté, ça s’est très bien passé, c’est très gratifiant pour les spectateurs. On va faire une première expérience dans une rue de l’arrondissement, avec l’idée d’en faire un moment d’expression, en faisant appel à tous les habitants qui voudront prendre la parole, avec un texte à eux, ou avec un texte appris par coeur. Nous allons évidemment associer les écoles.
L’année prochaine, nous irons plus loin, en consacrant une journée dédiée au théâtre et à l’expression. Dans une rue, sur une journée, des spectacles seront présentés au public. L’idée, ce serait de commencer le matin avec les petites classes et au fur et à mesure de la journée d’avancer en âge, pour avoir les lycées l’après-midi, laisser ensuite la place aux comédiens amateurs, aux associations et aux citoyens du 9ème. Enfin, nous terminerons par les comédiens professionnels, du moins ceux qui en ont le temps avant d’aller jouer au théâtre, puisque dans le 9ème il y a beaucoup de théâtres. Mais on pourra disposer d’un comédien, qui peut faire une pause vers 19h avant d’aller jouer, pour nous lire un texte, une poésie, un extrait de scène, voire même quelques répliques du spectacle qu’il va donner une heure plus tard. Et pourquoi pas retrouver certains comédiens à la sortie du théâtre.

A côté de cela, nous allons beaucoup axer cette semaine de la citoyenneté sur la solidarité, car on s’aperçoit, que singulièrement dans l’esprit des gens citoyenneté égale solidarité. Ainsi, avec plusieurs associations comme ATD-Quart Monde ou la Fondation Abbé Pierre, nous allons faire quelques conférences autour de l’exclusion, et permettre au gens qui le souhaitent de s’investir dans le volontariat. L’objectif est de faciliter le lien entre l’action et les gens qui ont la volonté de faire quelque chose. En outre, on va se poser des questions très concrètes sur ce qu’on peut faire au quotidien contre l’exclusion : « Comment parle-t-on à quelqu’un qui est dehors? Que faut-il lui dire? Que faut-il faire? Est-il pertinent de lui donner un repas, de le faire monter chez soi? » Autant de questions qui peuvent causer des surprises. Il faut essayer d’apprendre comment être un citoyen responsable face à cette exclusion, qui malheureusement existe.

Par ailleurs, autour de la question de l’enfance, qui me tient vraiment à cœur, nous réfléchissons à la possibilité de faire une sorte de permis de conduire citoyen pour les enfants, je ne sais pas encore exactement sous quelle forme, mais on pourrait imaginer un volet qui serait comme une petite carte d’identité, une page sur laquelle figurerait une sorte de code de bonne conduite du citoyen en herbe, et puis une page de numéros utiles, voire un plan de l’arrondissement.

Voici pour quelques actions concrètes. Nous ferons également des actions avec les jeunes, notamment une cérémonie de remise de carte d’électeur, ainsi qu’un appel aux dons du sang, ou une sorte de bourse aux livres. Nous y réfléchissons encore.

Tu es donc comédien de profession. Peux-tu nous dire quels liens tu fais entre ton métier et ton engagement politique ?

Pour moi, monter sur scène n’est pas un acte neutre, la scène est un lieu de débat. On porte la parole d’un auteur qui avait quelquechose à dire sur ses contemporains. Certes, avec mes multiples casquettes, de comédien en exercice, de professeur au conservatoire, j’aimerais souvent pouvoir faire plus dans mon mandat d’élu. Mais pour en avoir beaucoup discuté avec Bertrand Delanoë, c’est ainsi, et je pense que mon rôle est d’autant plus pertinent que je suis artiste interprète en exercice. Je pense que s’il y avait plus de professionnels qui s’engageaient comme moi, on aurait peut-être une plus grande représentativité de la population. La façon dont je vois mon rôle au Conseil de Paris, c’est d’être un délégué du 9ème arrondissement, mais aussi d’être force de proposition. Proposer, inventer, quitte à me heurter parfois naïvement à la « Realpolitik », mais ce n’est pas grave, c’est comme ça qu’on apprend. Lorsque le vœu que j’avais proposé sur la mise en place d’un théâtre européen jeune public a été adopté à l’unanimité par le Conseil, légèrement remanié certes, mais adopté dans l’esprit, j’ai trouvé cela très émouvant que les élus applaudissent. Certes, ça reste un vœu, maintenant il faut le faire, mais ça commence à ressembler à ce dont je rêvais, mettre la main à la pâte. Lorsque je participe auprès d’Olga Trostiansky à la mise en place de la plateforme pour le retour à l’emploi des artistes au RMI, je prends une part active, et je me sens utile. Parce qu’il s’agit d’aider tous ceux qui constituent le milieu artistique et qui représentent 1/6ème des allocataires du RMI à Paris, ce qui est considérable. Mais aussi parce qu’il s’agit aussi de signifier l’importance de ce choix politique qu’est l’intermittence, qui permet à la France d’avoir un foisonnement d’artistes et une vraie vivacité culturelle, bien plus que l’Espagne, que l’Italie, et même que l’Allemagne qui est pourtant très organisée.