Accueil » Actualité, Actualité municipale, Questions d'actualité posées en 2009

Conseil de Paris des 2 et 3 février 2009 - Question d’actualité relative au Centres d’Adaptation Psycho-Pédagogiques (CAPP)

2 février 2009 Lu 215 fois Imprimer

Sandrine Charnoz, Conseillère du 12ème arrondissement

Mes chers collègues,

Le contexte social actuel est grave, ainsi que l’ont démontré, jeudi dernier, les quelques 2 millions de manifestants, qui sont descendus dans les rues dans toute la France pour défendre leur pouvoir d’achat et surtout leurs services publics, à commencer par celui de l’éducation.

En effet la politique du Ministère de l’Education nationale de réduction drastique des effectifs, qui se traduit en 2009 au niveau national par la suppression de 13 000 postes, conduit au démantèlement hier des Réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté (RASED) et aujourd’hui à la mise en danger des structures de soutien spécialisées pour les enfants les plus vulnérables que sont les Centres d’Adaptation Psycho-Pédagogiques (CAPP).

Il est absolument inacceptable que le Rectorat de Paris retire unilatéralement l’ensemble du personnel de l’Education nationale mis à disposition au sein des 11 Centres d’Adaptation Psycho-pédagogique (CAPP) dès la rentrée 2009, en informant seulement la Ville le 19 janvier 2009 !
D’autant plus que, depuis la convention du 22 novembre 2001, les CAPP sont placés sous l’autorité conjointe du Département de Paris et du Rectorat avec une répartition des moyens en personnels représentant deux tiers des effectifs pour la Ville de Paris et un tiers pour l’Education nationale : c’est-à-dire aujourd’hui 5 directeurs administratifs, 6 postes de psychologues scolaires et 26 enseignants, soit un total de 37 personnes.

Il doit être alors rappelé que ces structures de prévention, d’aide et de soutien assurent un accueil gratuit et le suivi de plus de 3.000 enfants scolarisés parmi les plus en difficulté, et qu’elles ont grandement fait la preuve de leur utilité et de leur efficacité au service de petits Parisiens, principalement issus de milieux très défavorisés.

Ainsi la volonté du Rectorat de supprimer ces postes remet en cause le principe même de soutien par des équipes pluridisciplinaires, composées de médecins, pédopsychiatres, psychologues, rééducateurs, psychomotriciens, orthophonistes, assistantes sociales et d’enseignants spécialisés, alors même que de très fortes inquiétudes sont exprimées par les enseignants, la communauté éducative et les professionnels de la santé.

Dans un contexte globale de prise en compte insuffisante des questions de santé mentale et notamment de pédopsychiatrie, le désengagement brutal de l’Etat du fonctionnement de ces structures fait peser de lourdes menaces sur l’existence des 11 CAPP essentiellement répartis dans les 11ème, 18ème, 19ème et 20ème arrondissement.

Aussi, Mr le Maire de Paris, face à cette inquiétude des personnels de l’Education Nationale et des parents d’élèves, que nous sommes nombreux à partager, je vous prie de bien vouloir m’indiquer ce que la Ville de Paris compte faire pour trouver les moyens de pérenniser l’action des CAPP, et au-delà de défendre le maintien des Réseaux d’Aides Spécialisés aux Enfants en Difficulté, sur lesquels pèsent les plus fortes inquiétudes.

Réponse de Jean-Marie Le Guen, adjoint au Maire de Paris en charge de la Santé

Nous sommes dans un contexte que vous avez souligné, Madame Charnoz qui est celui, d’une part, de la politique du Ministère de l’Education nationale qui met en place une réduction drastique des effectifs, en particulier en s’attaquant aux postes R.A.S.E.D.

Mais, au-delà de ces postes R.A.S.E.D., aujourd’hui, avec un état d’esprit, si j’ose dire, systématique, il veut s’attaquer à toutes les structures particulières d’encadrement psycho-pédagogique.
Et je dois dire que j’ai l’impression, à travers cette prise de décision bureaucratique qui va pratiquement, de mon point de vue, au-delà de ce qui est aujourd’hui demandé par le Ministère, que nous allons vers une véritable déstabilisation d’une institution tout à fait fondamentale.

Qu’est-ce que c’est que les C.A.P.P. ? C’est une institution propre à Paris, et qui représentait peut-être un des éléments d’espoir dans un domaine, celui de la santé mentale, de la pédopsychiatrie, particulièrement abandonné au plan national, pour des raisons qu’il ne me revient pas aujourd’hui d’analyser dans le détail, mais que chacun connaît et dont chacun apprécie aujourd’hui les conséquences dramatiques, à la fois sur les élèves qui ne peuvent pas bénéficier de ce soutien, mais au-delà, dans une certaine forme d’ambiance autour de la scolarité et sans doute aussi autour d’une montée de la violence dans la jeunesse dont, très souvent, un certain nombre de responsables politiques essaient de faire leur fonds de commerce.

Si plutôt que de s’attaquer aux conséquences, ils s’attachaient un peu aux causes, ils sauraient qu’il est prioritaire de protéger ces centres d’adaptation psycho-pédagogique, qui sont en fait des structures de prise en charges qui vont de la pédopsychiatrie dans sa forme déjà assez lourde à des éléments tout simplement de soutien psychologique ou psychomotricien, pour permettre à des enfants qui ont un problème temporaire, en termes cognitifs notamment ou de comportement, de présence dans la classe, de bénéficier d’une remise à niveau non pas simplement pédagogique mais aussi en termes de soutien psychologique.

Ces structures fonctionnent bien. Vous avez rappelé les chiffres, on veut nous supprimer 37 personnes, ce qui, à mon avis, décapiterait nos institutions à travers la disparition des 5 postes de directeur administratif, des postes de psychologue scolaire qui font la jonction, qui plus est, avec le tissu scolaire, et des 26 enseignants qui permettent de préparer, de repréparer les enfants à recevoir une bonne pédagogie. 37 postes qui sont fermés et qui sont à peu près un tiers des postes mobilisés, les autres étant d’ailleurs payés par la Ville, par le Département. C’est donc 3.000 enfants scolarisés en besoin de prise en charge qui aujourd’hui seraient privés de cette action particulière, de ces équipes pluridisciplinaires, dont
chacun s’accorde à reconnaître l’utilité majeure.

J’imagine que nous serons unanimes, sur tous les bancs de ce Conseil de Paris, pour faire en sorte de soutenir la démarche qu’avec Pascal Cherki, nous allons entreprendre en direction du Recteur, pour faire savoir notre opposition ferme et résolue à ce retrait.

Je suis à votre disposition, si un certain nombre de nos collègues souhaitaient se rendre compte par eux-mêmes de ce que sont ces C.A.P.P., je suis prêt à leur faciliter la rencontre avec ces institutions. Je me suis moi-même rendu vendredi dans un C.A.P.P. et j’ai pu mesurer la qualité du travail qui y est fait.
Enfin, bien évidemment, nous nous réservons la possibilité de saisir le Ministre parce que nous estimons que le cas est particulièrement grave. Dans une politique que, par ailleurs, nous n’approuvons pas, nous voulons attirer l’attention sur l’extrême gravité d’un certain nombre de ces décisions.