Conseil de Paris des 8 et 9 février 2010 : Question d’actualité du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés relative aux suppressions de postes à l’AP-HP
Olivia Polski, Conseillère du 14ème arrondissement
Monsieur le Maire,
Au Conseil de Paris du 23 novembre dernier, le Groupe Socialiste, Radical de gauche et Apparentés, par mon intermédiaire, s’est ému auprès de vous de l’annonce de la suppression d’ici à 2012, de plus de 4000 postes dans l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, acteur central du service de santé parisien. L’institution fonctionne déjà à flux tendus et réduire encore le nombre de postes aura des conséquences dramatiques : temps d’attente accru, aggravation des souffrances au travail des personnels, erreurs médicales… La réduction de personnels entrainera, de plus, un cercle vicieux de diminution de l’activité, de baisse des rentrées d’argent et donc une nouvelle réduction d’effectifs.
Près de 900 médecins, dont le professeur Pierre Coriat, Président de la Commission Médicale d’Etablissement de l’AP-HP, ont menacé de démissionner si ces suppressions de postes devaient être confirmées par la Ministre de la Santé Mme Bachelot.
Notre modèle français de santé est victime, de la part du gouvernement actuel, d’une entreprise de déconstruction dramatique : le principe d’accès aux soins pour tous a d’abord été remis en cause, avec l’annonce de déremboursements massifs de médicaments et l’instauration des franchises médicales. Cette augmentation de la part qui reste à la charge des patients oblige aujourd’hui des millions de citoyens à sacrifier leur santé pour des raisons financières. Aujourd’hui, les hôpitaux publics sont donc méthodiquement étouffés, au profit des structures privées à but lucratif. Cette logique rampante de privatisation instaure un système de santé à deux vitesses, qui tourne le dos à tous nos principes républicains.
Si les principes de la réorganisation par pôles d’activité et de la recherche d’une plus grande efficacité sont partagés par une grande partie des acteurs de l’AP-HP, ceci ne doit en aucun cas se réaliser au détriment de la qualité des soins pour tous.
Le Président Nicolas Sarkozy, prenant conscience à la veille des élections régionales, du climat ultra-tendu, a invité à déjeuner, le 13 janvier dernier, une « délégation » de médecins, afin de les rassurer…
Pourtant, la direction générale de l’AP-HP, a confirmé le 23 janvier dernier, la suppression de 3000 à 4000 postes, et ce sans qu’aucune concertation ne se soit tenue.
Le porte-parole de Mme Pecresse, sur la qualité duquel on peut s’interroger pour faire une telle annonce, a prétendu qu’aucune décision de suppression d’emplois ne serait prise avant le mois de juin 2010.
Reportée pour des motifs électoralistes ou non, dans un contexte de crise sociale qui s’aggrave de jour en jour, cette mesure aurait des conséquences désastreuses pour nos concitoyens.
Monsieur le Maire, je sais votre engagement sur cette question puisque vous avez vous-même affirmé votre ferme opposition aux suppressions d’emplois à l’AP-HP et dénoncé les efforts budgétaires imposés de façon arbitraire par le gouvernement, efforts qui ne répondent qu’à une logique comptable et mettent en péril la qualité et la sécurité des soins.
Au milieu de toute cette cacophonie, de ces annonces confuses et gênées, je vous remercie Mr le Maire, au nom du Groupe Socialiste et Apparentés, de bien vouloir nous dire ce qu’il est possible de faire.
Réponse de Jean-Marie Le Guen,
Adjoint au Maire de Paris en charge de la Santé publique et des relations avec l’Assistance Publique des Hôpitaux de Paris
Monsieur le Maire,
Mes cher(e)s collègues,
Je crois que l’émotion qui se traduit à travers les prises de parole répétées des élus parisiens sur le dossier de l’avenir de l’A.P.-H.P. est à la hauteur des enjeux qui sont posés.
Ce dont il s’agit, mes chers collègues, et je pense que vous en avez conscience, ce n’est pas simplement la vie d’une institution ni même la facilité d’accéder aux soins de nos concitoyens ; l’A.P.-H.P., c’est aussi 50 % de la production de la recherche médicale française.
Ce dont il s’agit, ce n’est rien d’autre que l’avenir de la médecine française aussi et je pense donc qu’il est légitime que les élus de toutes tendances s’expriment à plusieurs reprises, connaissant l’exaspération des personnels au regard de ce qu’ils vivent au quotidien et l’inquiétude de la communauté hospitalière sur l’avenir qui lui est dessiné.
Alors, j’entends sur tous ces bancs, depuis en tout cas ce matin, la convergence sur l’idée qu’en tout état de cause, il faut arrêter le plan de suppression d’emplois, si j’ai bien entendu, et que tout doit dépendre d’abord du plan stratégique qui sera construit autour du projet médical, que ce projet médical et ce plan stratégique doivent être discutés avec tout le monde, les associations d’usagers, les organisations syndicales, mais aussi les élus, les élus de Paris, bien sûr, mais, au regard de l’importance de cet hôpital, le rôle qu’il joue, évidemment aussi avec les élus de la métropole ; c’est quand même bien légitime et bien logique.
Je pense qu’il est arrivé le moment pour chacun d’entre nous de clarifier notre pensée.
Est-ce que nous sommes bien d’accord que nous demandons tous un moratoire sur la suppression des emplois au sein de l’A.P.-H.P. ? Cela a l’air convergent, cela a l’air même, lorsque l’on croise les responsables gouvernementaux, d’être, dorénavant, l’orientation qu’ils prennent, mais avouez que le moins que l’on puisse dire et que l’on puisse demander, c’est que les personnels de l’A.P.-H.P. soient rassurés sur ce point et que ces déclarations, ces soutiens qui viennent sur tous les bancs soient écrits explicitement ; ce serait quelque chose qui serait quand même important et permettrait à cette communauté de plus de 100.000 personnes de ne pas vivre dans l’inquiétude et l’incertitude au regard de l’avenir de leur institution.
Au passage, mes chers collègues, vous êtes tous des gestionnaires de l’argent public avisés, sur quels critères pouvons-nous construire le budget 2010 – 2010, pas 2011 ni même le plan stratégique ? Il faudra bien quand même que, rapidement, les pouvoirs publics donnent des consignes. Est-ce qu’on peut l’espérer avant le milieu du mois de mars ? Je ne sais pas. Mais est-il possible, oui ou non, qu’une institution comme l’A.P.-H.P. soit en mesure d’écrire son budget pour l’année 2010 avant la fin du mois de mars ?
Le troisième aspect, ce sont les questions du plan stratégique. Plusieurs questions et interrogations, ce matin, touchaient à l’avenir de tel ou tel hôpital, de tel ou tel service rendu aux Parisiens. Ces questions sont parfaitement légitimes. Evidemment, nous devons d’abord résoudre la question centrale, la question globale, mais ensuite, en tant qu’élus, nous avons aussi à nous prononcer, et je remercie l’initiative de Bertrand DELANOË d’avoir à la fois proposé qu’il y ait un groupe de travail au sein de notre Conseil et qu’ensuite notre Conseil du mois de mai ait l’occasion de débattre de ce plan stratégique, dans la mesure, évidemment, où l’ensemble des éléments pourra être, à cette date, communiqué ; nous espérons qu’il y aura déjà un budget ; théoriquement, la bonne gestion devrait l’impliquer. Nous savons bien que derrière la question de l’emploi, derrière la question des regroupements hospitaliers légitimes derrière un projet médical, légitimes quand ils sont l’aboutissement d’un projet médical, se pose la question de l’investissement.
J’en conclus, Monsieur le Maire, pour vous dire que nous serons donc très attentifs, pour que les questions scientifiques les plus importantes soient prises en compte, mais aussi les questions touchant à la prise en charge de l’enfant, prise en charge de la mère, les problèmes de l’I.V.G., à l’intérieur de l’Assistance publique mais aussi sur l’ensemble du territoire parisien, qu’évidemment les restructurations impliquées par les modifications de traitement positif qu’a induit l’évolution des thérapeutiques sur le Sida aboutissent non pas à une dégradation, mais, au contraire, à une augmentation de la qualité de la prise en charge des malades.
Voilà, mes chers collègues, un certain nombre d’initiatives sur lesquelles, je pense, en tant qu’élus, nous devons nous exprimer, sur lesquels nous devons être clairs ; nous avons un devoir de clarté vis-à-vis des Parisiens et vis-à-vis des personnels de l’Assistance publique.
Intervention de Bertrand Delanoë
Merci beaucoup. Je veux confirmer à tous les élus du Conseil de Paris ma détermination la plus totale à défendre avec énergie le service public de la santé à Paris.
C’est bien pour cela qu’après d’autres interventions, en harmonie avec Jean-Marie Le Guen, je me suis exprimé à la fin de la semaine dernière pour dire que je souhaitais voir toutes les organisations représentatives, bien sûr, c’est-à-dire aussi bien tous les personnels, les médecins, je verrai aussi le directeur général.
Je crois qu’il y a besoin de ce débat au Conseil de Paris en mai, pour que nous tous, avec nos différences, nous exprimions clairement ce que nous pensons souhaitable pour l’évolution du service public de la santé à Paris.

