Conseil de Paris du 9 mars 2009 : Pierre Aidenbaum rend hommage à Pierre Castagnou
Ma chère Claire,
Monsieur le Maire,
Mes cher(e)s Collègues,
Ce matin en franchissant le seuil de cet hémicycle du Conseil de Paris, j’ai ressenti à quel point l’absence de Pierre, ici à mes côtés, serait lourde à porter.
Malgré la tristesse qui est la mienne,
Malgré cette absence à laquelle je ne peux me résoudre,
Je vais essayer de parler de Pierre avec le sourire, en pensant à son sourire à lui qui ne le quittait que rarement.
C’est l’image que je veux garder de lui, car c’est l’image, j’en suis sûr qu’il souhaite qu’on garde de lui.
Combien de fois dans des réunions, dans des moments parfois difficiles, il en existe en politique, je cherchais son visage, son regard complice, son sourire que j’avais appris à déchiffrer, tantôt approbateur, tantôt interrogateur.
Il s’était établi une complicité entre nous. D’un regard, d’un sourire, nous communiquions, nous échangions, tout cela était codifié entre nous.
J’allais dire tout cela va me manquer, oui naturellement, sa présence ici à mes côtés comme dans tant d’autres occasions où nous étions toujours assis l’un à côté de l’autre, mais je sais que je continuerai à me dire qu’aurait dit Pierre, qu’aurait fait Pierre, tant pour moi ses jugements étaient pertinents, ses décisions réfléchies, toujours empreintes de sagesse.
Oui, il y avait de la sagesse en lui, mais une sagesse ambitieuse au service d’une ambition collective qui peut se résumer par cette très belle phrase que l’on doit à William Faulkner : « Le suprême degré de la sagesse est d’avoir des rêves suffisamment grands pour ne pas les perdre de vue pendant qu’on les poursuit ».
Pierre, c’était aussi un rassembleur, un fédérateur, un point de ralliement d’amitiés.
Car disant cela, je pense à ces dîners lors des universités d’été à la Rochelle où l’on se retrouvait autour de Pierre et de Claire. C’est lui qui organisait tout, on commençait de dîner à 8-10 et l’on se retrouvait à 20 et parfois plus, à deviser tard dans la nuit.
Quand on pense à Pierre, il y a des mots qui reviennent en permanence. Amitié, Fidélité, Sagesse, Courage, Elégance, Humilité.
Humilité, cette vertu pas si courante dans le monde politique, il n’était pas de ceux qui pensent tout savoir, tout connaître, avoir raison en permanence, détenir la vérité absolue. Non, c’était tout le contraire, il était un homme d’écoute, de dialogue, de remise en question, de partage.
Pierre, Homme de fidélité et de convictions. Fidélité à son engagement socialiste, à ce socle de valeurs de progrès, de justice, de liberté, de solidarité.
Toujours présent dans les combats pour les Droits de l’Homme contre le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie et toutes les formes d’intolérance.
Homme de fidélité, de convictions, de courage mais aussi un homme libre dans sa pensée faisant sienne celle de Léon Blum « L’homme libre est celui qui n’a pas peur d’aller jusqu’au bout de sa pensée ».
Pierre, c’était aussi un gentleman, toujours élégant dans la manière de s’habiller, mais aussi dans sa manière d’être, sa relation à l’autre, sa courtoisie légendaire, sa disponibilité, sa chaleur humaine communicative, mais aussi son respect pour l’autre, celui qui ne pense pas comme lui.
Pour nous tous, ce départ soudain sera difficile à surmonter.
Pour moi, c’est une page d’un parcours politique avec Pierre de 35 ans.
Nous n’avons pas toujours été d’accord sur tout, mais jamais à aucun moment, cela n’a entamé notre relation d’amitié.
Depuis ce matin du 24 février de très bonne heure où j’ai appris que Pierre nous avait quitté dans la nuit, je ne peux m’empêcher de penser à notre dernière rencontre le lundi 2 février lors du Conseil de Paris.
En fin de matinée, je lui ai demandé : « On déjeune ensemble ? » comme nous le faisions souvent le lundi du Conseil, il m’a répondu : « oui naturellement, emmène-moi manger des fruits de mer, j’ai envie d’huîtres ». Je le savais malade, je le voyais fatigué. Au début du repas, je lui ai demandé « Comment ça va Pierre ?» Il m’a répondu avec son beau sourire « je suis fatigué mais ça va, ça ira ». Et puis, nous n’avons plus du tout parlé de sa maladie.
Devant le plateau d’huîtres, nous nous sommes attardés, nous avons refait le monde. Nous avons parlé de nos projets d’arrondissements, du Parti Socialiste, nous avons beaucoup parlé ce jour-là du Proche-Orient, de l’investiture d’Obama.
Nous n’arrivions pas à nous lever de table, quand passé 15heures, il m’a dit ; « il faudrait peut-être retourner en séance ».
Sur le chemin du retour à l’Hôtel de Ville, il m’a dit:
« Tu vois Pierre, dans notre parcours politique, nous avons connu des échecs, des victoires.
Mais nous avons vécu ensemble 2 grands moments à 20 ans d’intervalle.
1981 la victoire avec François Mitterrand
2001 la victoire à Paris avec Bertrand
Comme quoi ça vaut le coup de se battre et de ne jamais renoncer ».
A toi Claire.

