Conversion écologique de la Ville de Paris : Les Verts se trompent-ils de 9 milliards d’euros ?
"Polémique entre élus verts et PS" : tel était le titre d’une dépêche AFP du lundi 14 décembre.
De quoi s’agit-il et y eut-il polémique ? En fait, on peut plutôt parler d’une mise au point et d’une demande d’informations de la part des élus PS sur une étude censée fonder les amendements des Verts dans le cadre de la discussion budgétaire et plus largement « réorienter » la politique environnementale de la Ville de Paris.
Reprenons les faits :
Depuis octobre 2007, la Ville de Paris s’est dotée d’un « plan climat » visant entre autres objectifs à diminuer les émissions parisiennes de gaz à effet de serre de 25% à l’horizon 2020 par rapport à 2004. Pour atteindre cet objectif ambitieux, la municipalité met en œuvre des politiques diversifiées visant à réduire le bilan carbone global de la capitale : diminution de la consommation énergétique, développement des énergies renouvelables, réhabilitation thermique du bâti parisien, augmentation de l’offre de transports publics, ….
Faut-il aller plus loin et se fixer un objectif de diminution de 40% des émissions parisiennes de gaz à effet de serre en 2020 ? Cette question est légitime. Comme est légitime la question de savoir avec quelle efficacité et donc à quel coût, notamment pour…les contribuables parisiens.
C’est dans cette logique de dépassement du plan climat de la municipalité et pour atteindre ce nouvel objectif (annoncé d’ailleurs par Cécile Duflot dans un interview dans le Parisien du 13 décembre dernier) que le groupe des Verts au conseil de Paris a proposé par amendements une augmentation ciblée des dépenses de la Ville de 62 millions qui concerne principalement la réhabilitation thermique des immeubles parisiens. A l’appui de leurs propositions, le groupe des Verts a abondamment cité une étude réalisée par le CIRED (Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement) en partenariat avec le CNRS et l’association EDIF (Energies Durables en Ile de France), association particulièrement active et utile à Paris. Nous avons pu lire dans la presse que selon les Verts Paris, « pour passer d’une réduction de 15% à 40% des émissions des gaz à effet de serre de la capitale, la Ville doit investir 400 millions d’euros sur dix ans. Nous proposons de les investir avant la fin de la mandature (2014), soit 100 millions tous les ans » (20minutes.fr du 7 décembre). Nous avons pu lire également que ces 400 millions d’investissement généreraient selon les hypothèses retenues, près de 50 000 emplois supplémentaires, 46 062 très précisément (20 minutes.fr du 7 décembre). Les Verts insistant dans l’exposé des motifs de leurs amendements sur « l’impact significatif qu’aurait en terme de créations d’emploi et d’économie pour la Ville et les parisiens et parisiennes une politique climatique plus ambitieuse »
400 millions seulement et en quatre ans pour passer à Paris de moins de 15% à moins 40% d’émissions de gaz à effet de serre et développer massivement l’emploi parisien, qui n’y souscrirait pas ? Avouons que nous avons été très étonnés de ces résultats car même dans leurs rêves les plus fous, les économistes n’avaient jamais imaginé un tel rendement de la dépense.
Nous avons donc demandé aux Verts à pouvoir disposer de cette étude ne serait-ce que pour en connaître la méthodologie. En vain.
Nous avons consulté les sites du CIRED, du CNRS et de l’EDIF. En vain. Elle n’y figure pas. C’est finalement sur le site d’Europe Ecologie que nous avons pu trouver les résultats de cette étude, qui tiennent en deux feuillets de tableaux chiffrés accompagnés de quelques commentaires de Pascal Canfin député européen d’Europe Ecologie ne portant pas sur la méthodologie scientifique utilisée mais sur quelques précautions à prendre pour interpréter ces résultats comme celle, par exemple, qui énonce « qu’il ne s’agit pas d’emplois créés (ou détruits) à Paris mais quelque part (en Ile de France, en France, en Europe, dans le reste du monde) ». Mais là n’est pas le plus important. Le plus important c’est ce que nous enseignent ces tableaux qui malheureusement ont disparu du site d’Europe Ecologie lundi 14 décembre en fin de matinée, quelques heures après que le groupe socialiste ait fait part, dans le débat budgétaire, de ses doutes sur l’affirmation selon laquelle avec 400 millions d’euros on pouvait passer de 15% à 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre de la capitale et créer 46 062 emplois nets. Qu’y apprend-t-on ?
- que pour passer d’une diminution de 15% à 40% d’émissions de gaz à effet de serre à Paris ce ne sont pas 400 millions d’euros qu’il faut investir mais 9,4 milliards.
- que ce ne sont pas 46 000 emplois nets qui seraient créés mais 26 000 et encore à la condition expresse que les « pouvoirs publics » (la Ville ?) prennent à leur charge la moitié des investissements nécessaires soit 4,7 milliards.
Autrement dit, si ces résultats publiés un moment sur le site d’Europe Ecologie disent vrais, les verts parisiens se sont « trompés » sur le rendement de ces investissements : dans un rapport proche de 1 à 2 pour les emplois générés, dans un rapport de 1 à 23 pour leur effet sur les émissions de gaz à effet de serre.
Autrement dit aussi, selon nos calculs, les 63 millions d’investissements supplémentaires à la charge du contribuable parisien n’auraient permis qu’une diminution d’émission de gaz à effet de serre de l’ordre de 0,1% et n’auraient généré que 170 emplois supplémentaires.
Était-il vraiment indispensable d’organiser une telle campagne de presse autour de cette étude que personne n’a vu ? Était-il vraiment indispensable de maintenir contre vents et marées de tels amendements en affirmant que la majorité socialiste ne voulait pas prendre en compte les conclusions probables de la conférence de Copenhague ?
A l’heure qu’il est, nous sommes toujours en attente de précisions sur cette étude, sur ses hypothèses, sur le calcul des investissements supplémentaires à réaliser pour atteindre cet objectif de 40%, sur sa méthodologie, et sur ces résultats. Nous sommes aussi en attente d’un démenti sur ce que nous avons affirmé au conseil de Paris. Pourtant nous considérons que cette étude ayant fait l’objet d’une large couverture médiatique fait partie du débat public. Nous attendons donc sa publication dans les délais les plus brefs.
Jean-Pierre Caffet,
Président du groupe socialiste au Conseil de Paris
Voir les tableaux publiés sur le site d’Europe Ecologie, supprimés les lundi 16 décembre :
- tableau 1
- tableau 2

