Accueil » 9. Séance des 23 et 24 novembre 2009, Actualité, Interventions 2009

Intervention de Bertrand Delanoë relative au plan de vidéoprotection pour Paris

30 novembre 2009 Lu 932 fois Imprimer

Mes chers collègues,

Nous débattons ce soir du projet, mené en partenariat avec la Préfecture de police, d’installation de 1.000 caméras de vidéo-protection supplémentaires dans notre ville. Je tiens à ce que nous le fassions sereinement, honnêtement, dans le respect de l’intérêt des Parisiens. Et leur intérêt, qui en douterait ?, c’est de vivre en sécurité. Devant le phénomène des bandes organisées, qui progresse de façon préoccupante, devant la menace terroriste qui n’a pas disparu, devant l’inquiétude réelle qu’éprouvent trop d’habitants de notre capitale, notre devoir est d’apporter des réponses. Et je tiens à remercier M. le Préfet de police pour notre coopération loyale.

Le plan que nous vous présentons est un projet d’extension d’un dispositif déjà existant. Car entendons-nous bien : la question qui nous est posée, ce n’est pas l’adoption du principe de la vidéo-protection. Celui-ci est en effet acquis, depuis longtemps. Certains de nos collègues avaient d’ailleurs demandé, à juste titre, l’installation de caméras dans les couloirs de bus pour nous donner les moyens de sanctionner les automobilistes contrevenants. Faudrait-il poursuivre les délinquants de la route et se résigner à laisser courir les auteurs de délits contre les personnes ?

Donc, où en sommes-nous aujourd’hui ? 320 caméras sont déjà installées sur la voie publique, 210 appartiennent à la Ville et 110 à la Préfecture de police. Nous avons par exemple, dans le passé, financé et installé des caméras autour du Parc des princes. Depuis qu’elles sont là, nous avons constaté une baisse très sensible des incidents à l’intérieur du Parc. Et il n’y a plus ni saluts nazis, ni banderoles xénophobes, ni violences racistes aux abords du stade. J’ajoute que le Conseil régional d’Ile de France a consacré 80 M€ à la sécurisation des transports en commun. Et quand on est seul, le soir, sur un quai de RER, ou la nuit dans un quartier désert, la caméra rassure, ce qui est déjà précieux, mais en outre elle protège, ce qui est nécessaire. Ce sont là des réalités humaines, et sociales- car l’insécurité est à bien des égards une injustice sociale- que nous ne pouvons pas ignorer.

A présent, nous franchissons donc une autre étape, en soutenant l’installation d’un millier de caméras supplémentaires, avec une participation financière de la Ville à hauteur de 5 M€. Je vous rappelle que notre budget annuel consacré à la prévention s’élève à 200M€. Et d’ailleurs, nous ne faisons ainsi qu’honorer un engagement pris devant les citoyens. Dois-je en effet vous rappeler, mes chers collègues, que notre majorité municipale a été élue sur un programme, et que les Parisiens attendent qu’il soit appliqué ? Or ce programme annonce, page 45, je cite, « le développement de la vidéo-surveillance dans les lieux les plus fréquentés, et dans le respect strict des libertés individuelles ». Aujourd’hui, nous ne faisons rien d’autre que tenir parole.

Quelques précisions, maintenant, sur la méthode.

D’abord, les caméras ne sont qu’un moyen de plus. Elles ne prétendent pas se substituer à une présence humaine, et nous conditionnons du reste notre participation au maintien des effectifs. Mais nous savons aussi que la vidéo-protection est un instrument qui peut être efficace, non seulement pour la prévention des violences, mais, le cas échéant, pour l’identification et donc l’interpellation des auteurs d’agressions. On nous dit en effet que les caméras n’ont pas empêché les attentats commis à Londres en 2005. C’est vrai, mais elles ont permis l’arrestation des terroristes, et cela ne m’est pas indifférent, même si, je le dis clairement, le modèle londonien n’est pas le nôtre. Nous ne voulons pas d’une capitale où les citoyens seraient filmés plusieurs dizaines de fois par jour. Et du reste un afflux trop important d’images interdit de les exploiter de façon opérationnelle. Mais oui, nous assumons de nous donner tous les moyens de protéger les Parisiens. Et comme beaucoup de municipalités en France- je pense à Vénissieux, à La Courneuve, à Stains, à Saint-Denis, à Nantes, à Saint-Herblain, et à tant d’autres- nous ne négligeons pas l’instrument de la vidéo-protection.

Bien sûr, nous entendons les inquiétudes de celles et ceux qui craignent une régression des libertés publiques. Je leur réponds, d’abord que la caméra n’est qu’un outil, et que c’est l’usage que l’on en fait qui doit être évalué. Elle peut en effet servir des causes nobles : c’est ainsi en tout cas que nous considérons les caméras installées à l’entrée de la Ligue des droits de l’Homme, de la rue de Solferino, et même… de la place du colonel Fabien. Et au-delà, les caméras ont plusieurs fois servi à révéler, ou à prévenir, des violences policières. J’ajoute que le plan dont nous débattons a été établi en étroite concertation avec les citoyens, et avec tous les acteurs concernés. Il n’est en aucune façon secret, contrairement à ce qui a été dit ici ou là : il est librement accessible sur le site Internet de la Préfecture de police. Il a fait l’objet de nombreuses réunions publiques, et il a été, bien entendu, soumis aux maires d’arrondissement.

Mais ce dispositif sera scrupuleusement encadré, de façon à éviter toutes les dérives. Encadré d’abord par la loi, qui interdit de filmer les espaces privés, qui limite le temps de conservation des enregistrements, et qui permet un droit d’accès aux images. Mais encadré aussi par un comité d’éthique indépendant et impartial, composé à parité avec la Préfecture de police, et dont la mission sera de veiller, en toutes circonstances, au respect des libertés individuelles. Il sera présidé par Roland Kessous. Ce haut magistrat, ancien premier avocat général près la Cour de Cassation, est un militant infatigable des droits de l’Homme. Il a pris des positions courageuses et claires pour la défense de nos libertés communes, notamment sur la rétention de sûreté ou sur la détention des mineurs. Je lui fais confiance, et, au nom de Paris, je tiens à le remercier d’avoir accepté cette lourde responsabilité. C’est pour nous la plus précieuse des garanties.

Mes chers collègues,
Dans un contexte national où les menaces s’accumulent, et où le fichage, le soupçon, la délation tendent à se banaliser, Paris est, plus que jamais, attentif à la défense de la dignité et de la liberté de chacun. C’est dans cet esprit que nous contribuons à la mise en œuvre de la vidéo-protection. Je remercie Georges Sarre d’y travailler avec finesse et efficacité. La sécurité est un droit, qui doit être garanti sur l’ensemble du territoire parisien, sans discrimination d’aucune sorte, ni ethnique, ni sociale, ni territoriale. Ce droit, nous avons la ferme volonté de le faire respecter.