Intervention de Claude Dargent relative à l’aménagement du site des Halles
Monsieur le Maire,
Mes cher(e)s collègues,
Le Projet de restructuration du secteur des Halles que nous examinons aujourd’hui est un projet majeur pour Paris dans les années à venir. Comme tout projet urbain, il inclut un volet déplacement.
Cette dimension liée au transports est dans la délibération que nous examinons particulièrement importante. On n’aurait garde de l’oublier : la question de la liaison aujourd’hui complexe entre la gare RER métro et la surface a été un motif majeur du lancement de la réflexion sur la recomposition de cet espace il y a quelques années.
La station Chatelet-Les Halles est, en effet, le premier pôle intermodal d’Europe. Et notre ville connaît une croissance du recours au transport collectifs depuis quelques années. Cette évolution est heureuse. Encouragée par l’action de notre municipalité depuis 2001, elle permet de développer des solutions de déplacements compatibles avec le développement durable. Mais cela impose de dimensionner à la bonne échelle les équipements de transports.
De ce point de vue, un certain nombre d’impératifs s’imposent sur le site des Halles qui expliquent les partis qui nous sont proposés pour cette restructuration.
Il y a d’abord la nécessité de rénover un pôle d’échanges vieillissant et surchargé, les Halles voient en effet passer un flux de voyageurs qui en fait la plus grande porte d’entrée dans Paris bien avant les points d’accès périphériques.
La station Chatelet-Les Halles assure l’interconnexion de trois lignes RER et de quatre lignes de métro. Il s’agit de l’une des plus importantes gares européennes par le nombre de trains et de voyageurs quotidiens que l’on estime aujourd’hui à 800 000.
D’autre part, du point de vue routier, ce centre complexe est desservi par un ensemble de voies souterraines assurant une fonction de transit entre plusieurs points des 1er et 4e arrondissements. Ce système de voirie permet l’approvisionnement du pôle commercial, l’accès des moyens de secours et la desserte de 2 000 places de stationnement.
L’amélioration du pôle transport est donc un aspect majeur du projet des Halles.
On aurait pu être tentés de faire d’abord ce qui se voit (la Canopée et le jardin) et de reporter à plus tard ce qui ne se voit pas (l’amélioration du sous-sol).
Mais tel n’est pas le choix que nous propose la municipalité, qui engage le travaux sur ces deux aspects simultanément – ce dont mon groupe se félicite.
Ce volet du projet est, en effet, coûteux : les coûts liés à la mise en accessibilité et en sécurité du pôle transport équivalent à près de 200M€ soit 25% du coût total du projet), Il est de plus difficile à mener car nous nous trouvons en site occupé. Mais il s’agit de travaux dont la nécessité est indiscutable. Cette restructuration changera le visage de cette gare d’échange et améliorera grandement le quotidien de ses usagers toujours plus nombreux.
Surtout, compte tenu de l’augmentation régulière de la fréquentation des transports publics cette restructuration anticipe dès maintenant des aménagements qui auraient été de toute façon inéluctables dans les années à venir.
D’ores et déjà, les Halles sont caractérisées en matière de transports publics par une vétusté certaine et un manque de fonctionnalité. La gare actuelle a vieilli. Elle est encombrée, peu lisible à ceux qui la découvrent – pensons aux touristes dont nous souhaitons que leurs visites de Paris se fassent, à l’avenir, de moins en moins en car – et trop peu accessible. Seul un accès est véritablement direct : le « tube » Lescot qui est efficace mais inconfortable – ce qui est évidemment insuffisant.
En outre, hormis l’ascenseur situé rue de la Ferronnerie, aucun accès aisé pour les personnes à mobilité réduite n’existe pour ce plus grand pôle d’échange d’Europe – ce qui est clairement indigne du cœur de Paris.
Par ailleurs, depuis la conception de cet ensemble urbain, les règles de sécurité ont évolué et les diagnostics réalisés montrent qu’il convient d’agir : les incidents du RER D ont montré la difficulté d’évacuer rapidement un site d’une telle importance. L’évolution de la fréquentation des transports publics, portée à plus de 800.000 voyageurs journaliers, ne peut être absorbée indéfiniment par les seuls accès existants.
Il faut donc réaménager la gare des Halles et en optimiser le fonctionnement. Cette restructuration va permettre une meilleure circulation des flux de voyageurs. Il est en effet prévu la création de 3 nouveaux accès et l’amélioration des liaisons actuelles.
Le « tube » Lescot sera doublé en capacité et sa transformation architecturale en améliorera considérablement le confort.
Aujourd’hui, les accès Rambuteau et Berger relient, par des escalators, les commerces des espaces souterrains et la rue et ne permettent pas d’accéder directement aux espaces de transport. La création de nouveaux escalators vers les niveaux de transports doit permettre de desservir plus rapidement la salle d’échanges du RER depuis les rues Berger et Rambuteau.
Surtout, un accès vers la salle d’échange du RER « en volée directe » va être crée place Marguerite de Navarre, à mi-chemin entre le forum et la rue de Rivoli. Il s’inscrit dans la démarche de réaménagement en surface de la place.
La solution retenue est la plus performante en termes d’efficacité et de confort : elle comprrend deux escalators montants et deux descendants. Des ascenseurs et des systèmes d’escaliers complèteront le parcours en escalators.
La création de cet accès place Marguerite de Navarre est indispensable à la mise en sécurité du site, puisqu’il sera dimensionné comme issue principale pour les usagers de la gare. Pour réaliser cette issue, il sera nécessaire de restructurer les voies souterraines afin de permettre la descente jusqu’au niveau de la salle d’échanges du RER.
Ces accès nouveaux ou réaménagés vont largement modifier le fonctionnement de l’ensemble des flux entrants et sortants de la gare. Cela implique de repenser les espaces de la salle d’échanges, en lien avec les divers objectifs de cette restructuration : il s’agit de l’amélioration de la sécurité, du repérage et du confort des voyageurs, d’un meilleur positionnement des services et commerces, de la décongestion des lignes de contrôle des billets saturées aux heures de pointe. Il est donc prévu un changement d’identité architecturale, grâce au remplacement des faux plafonds, à une nouvelle conception de l’éclairage et de la signalétique, à de nouveaux parements architecturaux.
L’ensemble des 32 trémies desservant les quais des RER fera aussi l’objet d’un traitement spécifique. Au total, la capacité d’accès direct sera multipliée par 6.
Tout cela conduit à une extension de la salle d’échanges.
Cette extension, devenue nécessaire en raison de la saturation des flux, va permettre :
-
d’améliorer significativement les conditions d’évacuation grâce à la création d’une zone « hors contrôle des tickets » visible depuis l’ensemble de la salle d’échanges ;
-
de mettre en relation tous les accès situés sur le côté ouest de la salle d’échanges (accès Marguerite de Navarre, Berger et Place Carrée) ;
-
d’éviter les situations de double contrôle de tickets (deux validations successives) aujourd’hui rencontrées à l’accès Place Carrée ;
-
de mieux distinguer les flux: les voyageurs en correspondance seront concentrés au coeur de la salle d’échanges, les flux entrants et sortants étant reportés en périphérie ;
-
de clarifier les cheminements et de rendre directement compréhensibles pour les usagers, même occasionnels,: les cheminements vers les issues, tant pour des raisons de confort que pour des motifs de sécurité ;
-
d’améliorer la lisibilité des espaces de la salle d’échanges, grâce à une réimplantation des services et commerces en périphérie à l’exception de quelques commerces de petite taille maintenus au contact des principaux flux de correspondance.
Vous le constatez, il s’agit d’aménager pour longtemps ce pôle transport, ce n’est pas une simple rénovation qui nous est proposée, mais une large restructuration.
Cela nous conduit a examiner la dernière caractéristique des cette opération, qui intègre la question des déplacements dans une problématique urbaine d’ensemble.
Le choix fondamental du projet est de considérer que la gare en sous-sol, par les flux qu’elle génère constitue l’équipement métropolitain clé du site des Halles. La Canopée, œuvre architecturale majeure, exprimera en surface l’importance de ce cœur géographique de notre agglomération.
Dans une perspective de développement durable, la recomposition des espaces publics comporte également une réduction significative des flux automobiles, une augmentation en contrepartie des circulations douces, un rétablissement des continuités piétonnes ainsi que des aménagements créant une trame verte.
Demain, chacun des nouveaux accès sera aussi totalement accessible aux personnes à mobilité réduite, avec la volonté que les parcours handicapés soient les mêmes que pour les valides.
Pour restituer les continuités piétonnes sur le site, le projet prévoit de supprimer certaines trémies d’accès aux voies souterraines, tout en préservant leurs fonctions essentielles (sécurité, livraisons, parkings). Les choix initiaux d’aménagement, opérés à l’époque du tout-voiture, ont meurtri l’espace public, dont les trémies d’entrée aux voiries souterraines constituent une des expressions les plus significatives. L’espace en surface ainsi dégagé sera réaménagé en faveur des piétons. Pour ce faire, le barreau nord-sud de la « petite boucle » sera fermé à la circulation et réaménagé en lien avec le Forum commercial.
Les voies souterraines seront, elles aussi, restructurées.
L’opération porte sur la reconfiguration des parcours souterrains et la mise aux normes du tunnel. Elle a pour objet de réduire la circulation de transit et de libérer les espaces de surface encombrés par certaines trémies d’accès, tout en maintenant les fonctions de desserte et de sécurité. Il s’agit de ramener le double réseau à une simple boucle, supprimer un certain nombre de voies d’entrée et de sortie avec les trémies correspondantes et réduire le linéaire cumulé des tunnels.
L’objectif est de diminuer les flux de véhicules qui parcourent ces voies, de réduire le nombre d’intersections à grand flux génératrices d’accidents et de supprimer complètement les croisements de flux qui ne seront plus autorisés dans les voiries souterraines d’ici 2014).
Cette opération comportera la création d’un mail de circulation publique reliant le puits d’accès Marguerite de Navarre aux circulations publiques de l’ancien Forum, et la reconversion commerciale partielle des niveaux 3 et 3 bis du parking Berger. Cette partie du projet participe de l’amélioration du confort pour les usagers mais aussi de leur sécurité, en créant un cheminement large vers l’issue Marguerite de Navarre.
Le calendrier de livraison du pôle transport, complexe, ne permet pas de livrer Marguerite de Navarre et la salle d’échange rénovée avant 2015/2016. Cela suppose d’engager dès maintenant les travaux du pôle transport, ceux-ci étant longs pour des raisons de conduite de chantier en site occupé.
Les partenaires du projet participeront bien entendu au financement de la restructuration du pôle transport : RATP et le STIF participeront au titre de l’amélioration des transports publics (mise en accessibilité, notamment pour les personnes à mobilité réduite, mise en sécurité du site, augmentation de la capacité du pôle transport). La Région Ile-de-France contribuera au même titre, ainsi qu’au titre de la dimension métropolitaine, qui a déjà été soulignée, au projet de rénovation des Halles.

