Accueil » 5. Séance des 5 et 6 juillet 2010, Interventions 2010

Intervention de Claude Dargent relative à l’aménagement des Berges de Seine

6 juillet 2010 Lu 219 fois Imprimer

Monsieur le Maire,
Chers collègues,

L’aménagement des berges de Seine telle qu’envisagée dans le projet que nous examinons ce matin va profondément marquer le paysage parisien sur un site particulièrement important de notre Ville. Il mérite donc d’être examiné avec la plus grande attention.
N’en déplaise à certain, ce projet s’inscrit dans une tendance de fond que suit l’ensemble des métropoles de la planète qui ont la chance d’avoir été placée par l’histoire au bord de l’eau – qu’il s’agisse d’un fleuve ou d’un bord de mer. Cette tendance nait dans les années soixante, où les villes américaines, suivant l’exemple de Baltimore et de Boston, ont commencé à reconquérir leurs quais. Puis le mouvement est passé à notre continent dans les années 80, en commençant par le reaménagement des docks de Londres.
Depuis il s’y est généralisé : Rotterdam, Amsterdam, Bilbao, Barcelone ont rétabli le contact entre leur centre ville et l’eau qui les traverse ou qui les borde. En Allemagne, les rives de la Spree on fait l’objet d’un traitement particulier à l’occasion de la réunification urbaine de Berlin.
Paris ne peut pas rester à l’écart de ce mouvement – a fortiori compte tenu de la qualité patrimoniale des rives de Seine.
Au demeurant, le projet que nous examinons aujourd’hui s’inscrit dans une des constantes de la politique parisienne depuis 2001 : conduire un nouveau partage de l’espace public. Il s’agit de faire en sorte que le privilège incontesté dont profitait l’automobile à Paris depuis les années Chirac soit progressivement remplacé par une conception plus équitable des rapports entre modes de déplacement ; une conception qui laisse toute leur place aux piétons, au vélo, aux transports publics. Il s’agit également de diversifier les usages du domaine public en laissant davantage d’espace aux loisirs, au tourisme, à la culture, mais aussi d’ailleurs à l’occasion aux activités économiques.
En même temps, toute politique publique doit faire avec la situation de départ à laquelle elle est confrontée. L’automobile est minoritaire dans les déplacements dans notre Ville, on l’oublie trop souvent. Elle y occupe néanmoins encore aujourd’hui une place importante. On ne saurait l’ignorer – et ce projet tient pleinement compte de cette réalité.
En fait, l’aménagement des berges de la Seine qui nous est proposé est équilibré en cela qu’il conjuge et articule deux qualités bien distinctes : le volontarisme et le pragmatisme.
Le volontarisme d’abord. Il faut dire que nous revenons de loin : il n’y a pas si longtemps dans l’histoire d’une ville comme la notre, il y a à peine trente ans, Jacques Chirac formulait une proposition diamétralement opposée à celle que nous examinons aujourd’hui. Il s’agissait alors de créer rive gauche une voie sur berges, de bout en bout de la capitale, passant donc au pied de Notre Dame, sur le modèle de celle existant rive droite.
Fort heureusement, cette voie sur berges rive gauche ne vit jamais le jour. Et le projet qui nous est proposé aujourd’hui apure en quelque sorte cet échec en proposant de supprimer le seul tronçon réalisé, qui est devenu de ce fait inutile, celui qui va du Musée d’Orsay au Pont de l’Alma.
Mais il suffit d’entendre les cris d’orfraie de la droite pour percevoir combien le volontarisme de cette municipalité dans ce domaine est bien réel : dès qu’il s’agit de reconsidérer la place de l’automobile à Paris, les groupes de pression se déchainent et les vieux démons conservateurs de la droite se réveillent.
Volontarisme quand il s’agit également de retraiter la liaison routière de la rive droite. Car il n’est pas simple visiblement de soutenir qu’une idée est aujourd’hui dépassée : celle selon laquelle on doit pouvoir traverser Paris en automobile en passant dans son centre historique sans rencontrer de feux tricolore pendant plusieurs km comme c’est le cas aujourd’hui en empêchant de ce fait les parisiens et les touristes d’accéder au bord de l’eau.
Volontarisme donc, mais pragmatisme également. Car l’étude minutieuse des reports de circulation fait que ce qui nous est proposé est parfaitement calibré pour éviter de créer des encombrements routiers notables. Rive gauche, on l’a dit, il s’agit de supprimer une anomalie : un élargissement inutile du nombre de voies disponibles de 2,3km dans le 7e arrondissement.
Rive droite, aucune file de circulation n’est supprimée sur les quais bas compte tenu des flux qui y circulent aujourd’hui. Il s’agit simplement pour l’instant d’implanter des feux tricolores, d’aménager, de ralentir la circulation automobile pour transformer une autoroute en bd urbain. Simplement, mais ces mesures vont induire un changement considérable.
Ce pragmatisme est également visible dans le fait, M. le Maire, que ce projet entend encourager, inciter, accompagner la tendance actuelle à la réduction de la place de l’automobile à Paris. C’est pourquoi les évolutions proposées seront mises en œuvre en parallèle avec le développement en contrepartie des modes de déplacements collectifs : automatisation de la ligne 1, nouvelles rames sur le RER A, amélioration de la ligne C – et demain amélioration des liaisons par le fleuve.
En face de cela, nous trouvons une UMP emmenée par M. Lamour qui nous expliquait déjà au conseil du 15e arrondissement que ce projet à la fois manque d’ambition, et qu’il va créer des désordres majeurs de circulation. l’UMP ne nous avait pas accoutumé aux subtilités de la dialectique, je crois néanmoins qu’elle nous montre ici qu’elle peut, dans ce domaine aussi, beaucoup progresser.
Et puis, je veux l’indiquer ici : je trouve que la position de la droite parisienne sur ce dossier telle qu’elle s’exprime ce matin à l’image d’ailleurs de son contreprojet, sont marqués pour tout dire, par une réelle médiocrité.
M. le maire, chers collègues, il nous est proposé aujourd’hui un projet qui permet à Paris de s’inscrire dans la modernité urbaine. Je compte sur le vote de notre assemblée pour montrer au Parisiens qui, parmi les élus de notre conseil, reste ancré dans un passé largement révolu, et quels sont ceux d’entre nous qui préparent l’avenir de notre Ville.
Je vous remercie.