Intervention de Claudine Bouygues relative à la communication du Maire de Paris sur l’emploi des jeunes
Monsieur le Maire,
Mes chers collèges,
Après Jean-Pierre Caffet et Sandrine Charnoz, je me réjouis que cette communication ait été proposée à notre Conseil dans une période où la situation sociale et économique de nos jeunes est si difficile. C’est l’occasion de faire le point et de débattre de cet ensemble de dispositifs mis en œuvre par la collectivité parisienne et proposer des nouveaux outils capables de stimuler l’emploi des jeunes dans le cadre des prérogatives qui sont celles et notre ville et du département de Paris.
Car il faut toujours rappeler (comme l’ont fait les orateurs précédents…) que, d’un point de vue institutionnel, la lutte contre le chômage des jeunes est une responsabilité de l’Etat et donc du Gouvernement.
Victimes traditionnelles du marché de l’emploi, les jeunes le sont encore plus dans cette période de crise économique où le marché du travail continue de se dégrader. Après une brève accalmie à la fin du premier semestre, le chômage - et notamment celui des jeunes - est reparti à la hausse (depuis la dernière rentrée, les Missions locales connaissent une hausse de plus de 20 % de fréquentation depuis septembre).
Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, les mesures prises par le Gouvernement sont décevantes et totalement insuffisantes car elles ne prennent pas en compte les besoins réels. C’est particulièrement le cas du dispositif RSA qui est un écran de fumée puisque, seuls les jeunes ayant travaillé deux ans à temps plein au cours des trois dernières années, percevront cette allocation complémentaire. Or, aujourd’hui, toute personne, jeune ou pas, ayant travaillé deux ans à temps plein peut bénéficier des indemnités chômage.
En tant qu’élue du 18ème arrondissement et Présidente d’une Mission locale (Belliard, pour ne pas la nommer), je souhaite circonscrire mon intervention sur les publics qui ne disposent que d’un faible bagage scolaire et qui sont, par conséquent, les plus éloignés de l’emploi.
Sur cette question, il faut valoriser le travail réalisé par les 5 missions locales parisiennes que notre collectivité soutient très fortement depuis 2001. En assurant l’accueil, l’information, l’orientation et le suivi social et professionnel des jeunes âgés de 16 à 25 ans, ces 5 structures jouent un rôle important dans la bataille contre le chômage des jeunes en particulier peu scolarisés. Si des choses peuvent bien sûr être encore améliorées dans leur activité, leur bilan est globalement satisfaisant puisqu’en 2008, plus de 18 000 jeunes ont été suivis. Les retours à l’emploi - CDI, CDD et contrats en alternance, hors contrats aidés - ont concerné 8041 jeunes, soit 43 % des jeunes suivis.
A titre de comparaison il faut rappeler qu’en 2005, seulement 28 % des jeunes accompagnés par les Missions locales trouvaient un emploi.
- En mettant l’accent sur les jeunes peu qualifiés issus notamment des quartiers
« Politique de la Ville » ;
- en luttant contre les discriminations à l’embauche et pour l’égalité des chances ;
- en favorisant le travail en réseau avec les antennes jeunes et les associations de
prévention spécialisée,
elles réussissent à proposer (même s’il s’agit d’un travail très difficile) de vraies opportunités d’insertion professionnelle à une partie importante de la jeunesse sans formation.
Mais il faut renforcer l’efficacité de ces structures afin qu’elles améliorent encore l’accompagnement social et deviennent plus performantes en ce qui concerne l’insertion professionnelle des publics les plus éloignés de l’emploi..
Dans ce cadre, on peut citer l’expérimentation qui sera prochainement menée avec la Mission Belliard sur la base d’un appel à projet. Pendant 6 mois, 70 jeunes volontaires seront pris en charge par un opérateur spécialisé dans l’insertion. L’organisme désigné étant rémunéré sur la base des résultats obtenus. Il s’agit là d’améliorer l’accompagnement vers l’emploi durable de jeunes déscolarisés particulièrement éloignés des parcours classiques d’accès à l’emploi.
A travers leur collaboration aux divers forums pour l’emploi et surtout celui de la diversité et du premier emploi, les Missions locales jouent un rôle important pour amener un public peu qualifié dans ces grands événements en préparant les jeunes avec des associations spécialisées dans l’insertion professionnelle. Une centaine de jeunes parmi les plus défavorisés bénéficient chaque année de cet accompagnement. En 2010, c’est 200 jeunes qui seront ainsi pris en charge pour avoir plus de chances de décrocher un emploi dans ces forums.
Je veux aussi saluer la montée en puissance du dispositif « Ecole de la deuxième chance ». Après la première antenne créée dans le 20ème arrondissement en 2006, le 18ème arrondissement s’apprête à accueillir la deuxième rue d’Aubervilliers, dans les Jardins d’Eole. Actuellement 150 jeunes sont scolarisés sur une durée moyenne de 8 mois. 70 % d’entre eux sortent avec un emploi ou une formation qualifiante. Avec l’antenne du 18ème , nous atteindrons le total de 320 jeunes scolarisés à l’Ecole de la 2e chance.
Je pourrais encore énumérer bien d’autres dispositifs comme, par exemple, « Savoirs pour Réussir » implanté à Belleville qui bénéficie à 100 jeunes adultes ayant des difficultés de lecture et d’écriture ; ou encore les nombreuses actions développées dans les quartiers politique de la ville (aide à la préparation de certains concours administratifs, parcours linguistiques vers l’emploi, cotas pour les emplois aidés, stages et formations dépendant de la ville ou encore des mesures pour les jeunes mères sans emploi).
Puisque Sandrine Charnoz en a parlé, je ne reviens pas sur le travail considérable réalisé par le PLIE 18/19 (qui a accompagné 360 jeunes en 2008 et qui verra la création d’une antenne supplémentaire le PLIE Est en 2010).
N’oublions pas non plus les régies de quartier - 8 régies de quartier à Paris et bientôt une 9ème dans le 12ème arrondissement. Ces acteurs locaux de lien social sont incités à embaucher davantage de jeunes en grande difficulté.
Et bien sûr, comme votre adjointe Myriam El Komri aurait pu le faire, je ne terminerai pas mon propos sans saluer l’immense travail mené par les 300 éducateurs de la prévention spécialisée qui suivent quotidiennement 16 000 jeunes dans les quartiers. La politique de la prévention spécialisée joue un rôle très important pour aider cette partie de la jeunesse la plus en difficulté à trouver le chemin de l’insertion professionnelle et de l’épanouissement personnel.
Dans ce secteur, 4 lieux d’accueil innovants pour les jeunes ouvriront d’ici la fin de la mandature. Avec un fonctionnement participatif, ils proposeront non seulement des loisirs, mais aussi un soutien en terme de scolarité, d’insertion professionnelle, de relations familiales ou encore de conduites à risque. Le premier ouvrira son local, fin 2009, dans le 10ème arrondissement.
Les contrats jeunes-majeurs permettent aux jeunes de 18 à 21 ans, pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance, d’achever leur formation et de les soutenir dans l’acquisition de leur autonomie financière et matérielle. En 2007, 556 nouveaux contrats jeunes-majeurs ont été conclus. Un tiers de ces jeunes sont des mineurs étrangers isolés.
En 2010, les jeunes qui sortent de l’Aide Sociale à l’Enfance se verront également proposer des parrainages pour les accompagner dans leur insertion sociale et professionnelle.
Enfin, les établissements culturels de la Ville proposeront 100 places de stage aux élèves de 3ème qui fréquentent les centres sociaux et les clubs de prévention.
Dans les mois à venir, nous savons que le chômage va continuer sa progression et, de fait, la crise sociale va s’amplifier. Les économistes nous disent qu’il n’y aura pas de redémarrage de l’emploi avant fin 2010. Devant l’inefficacité et l’insuffisance des mesures gouvernementales, notre Ville, elle, se doit de compenser une fois de plus la défaillance de l’Etat pour la jeunesse parisienne. L’ensemble des dispositifs que vous nous présentez ce matin, Monsieur le Maire, y concourt fortement.

