Intervention de Daniel Vaillant relative à la communication du Maire de Paris sur les politiques de solidarité face à la crise
Monsieur le Maire,
Mes cher(e)s collègues,
C’est tout d’abord en tant que Maire d’un arrondissement populaire du nord est parisien que je souhaite vous féliciter Monsieur Le Maire pour votre communication.
Je pense que mes collègues ne me démentiront pas, mais c’est désormais quotidiennement, depuis plusieurs mois, que nous sommes confrontés à des exemples concrets de cette crise « d’abord financière, ensuite économique et aujourd’hui sociale » car touchant d’abord les plus fragiles d’entre nous.
Cette crise, les français, les parisiens, la subissent doublement, puisque la récente crise financière mondiale ne fait qu’aggraver une situation économique et sociale française calamiteuse depuis plusieurs années : c’est en quelque sorte le « double effet Sarkozy », le « double effet du tout libéral » !
Quelle indécence en effet de se parer tardivement et cyniquement des vertus de la social démocratie et de l’économie régulée après n’avoir rien fait depuis 7 ans pour assurer la cohésion et la justice sociale dans notre pays, après avoir privilégié ses amis privilégiés par un bouclier fiscal injuste et coûteux au lieu d’engager une politique de soutien de la croissance au service de l’emploi.
Les résultats sont la, cruels. Ils pénalisent en premier lieu les familles les plus en difficulté : elles souffraient déjà du désengagement de l’État, les voici aujourd’hui les premières victimes de cette crise mondiale.
Dans le 18ème, l’effet le plus spectaculaire de cette crise est sans doute le développement très rapide de véritables « marchés de la misère ». En marge de phénomènes plus anciens de ventes à la sauvette, ce sont plusieurs milliers de personnes qui, Porte Montmartre ou à Barbès, vendent à même le sol des objets récupérés ou de la nourriture, périmée ou en passe de l’être, sans aucune garantie sanitaire. Ces phénomènes de vente de denrées périssables se rencontrent à d’autres endroits de Paris et se développent à vitesse grand V.
La Ville, vous venez de le dire Monsieur Le Maire, se mobilise et je me réjouis des mesures annoncées pour aider ces populations.
Mais si la Ville doit prendre et prendra, je le sais, toute sa part de la solidarité, elle ne pourra pas palier tous les désengagements de l’État : parmi les personnes contraintes de vendre des produits alimentaires, on trouve de petits retraités, des vieux migrants de la première génération, des mères célibataires. Tous nos efforts seront vains si rien n’est fait au niveau gouvernemental pour aider ces personnes plongées dans la misère faute de revenus suffisants.
Concrètement, dans le 18ème avec l’aide de la Ville de Paris et votre soutien attentif, Monsieur le Maire, nous travaillons à la mise en place d’une coopérative de biffins, chiffonniers, récupérateurs de la Porte Montmartre, qui va permettre d’organiser ce qui doit l’être, et uniquement cela, tout en proposant un accompagnement social et un parcours d’insertion à celles et ceux qui le souhaitent, le tout dans un démarche d’économie sociale et solidaire.
Quand je dis que nous n’organiserons que ce qui doit l’être, je veux préciser que je ne cautionnerais jamais un « libéralisme de la misère », un laisser faire de cette misère pour ne pas avoir à y répondre.
Tendre la main à des exclus, des sans domiciles fixes en réglementant et organisant leur activité, jusque la informelle, de récupération tout en proposant une « offre » sociale : OUI.
Se laver les mains de cette misère en laissant se développer un libéralisme de la débrouille : NON.
Je veux donc ici saluer votre engagement fort et déterminé, Monsieur le Maire et je pense pouvoir dire que nous serons en mesure, d’ici à quelques semaines, d’annoncer plus précisément ce dispositif et son calendrier.
Mais dès qu’il sera en place, il faut aussi avoir le courage de dire que nous ne pourrons tolérer le développement de ces phénomènes de ventes à la sauvette, intenables pour les riverains, des locataires modestes de logements HLM, eux aussi durement touchés par la crise.
Le 18ème est également, vous l’avez dit Monsieur le Maire, l’arrondissement le plus concerné par les hébergements d’urgence en hôtels meublés. Cette problématique est au cœur des préoccupations de ma municipalité, parce que la Mairie du 18ème a, à elle seule, un fichier de plus de 12 000 demandeurs en attente de logement social et que parmi ces plus de 12 000 demandeurs, plus de la moitié relèvent de l’urgence sociale.
Même si le 18ème est exemplaire en matière de construction de logement social (plus de 1000 logements sociaux financés en 2008 et nous continuerons sur ce rythme pendant toute la mandature), même si nous arrivons au seuil des 20% de logements sociaux de la loi SRU et que nous irons au delà, nous ne parvenons pas à faire face à toutes les demandes urgentes.
Pour satisfaire à ces situations, nous avons entamé dans le 18ème comme dans les autres arrondissements de Paris, un plan ambitieux de constructions de maisons relais, de résidences sociales, de résidences pour jeunes travailleurs, de résidences étudiantes, de résidences pour vieux migrants, etc…
Malgré tout cela, le simple constat chiffré de la situation actuelle est effrayant : Le 18ème arrondissement concentre aujourd’hui près de 25% de l’hébergement social en hôtel, ce qui représente concrètement plus de 300 familles qui résident à ce jour dans ces hôtels.
C’est pourquoi je veux vous remercier, Monsieur le Maire, d’avoir choisi le 18ème comme arrondissement pilote pour l’application d’une nouvelle charte qualité des hôtels et un meilleur contrôle des réservations du SAMU social. Nous sommes entièrement mobilisés pour la réussite de ce projet et nous organiserons à la rentrée prochaine des « États généraux de l’hébergement d’urgence »
Car, il faut sortir de ces situations et continuer les préemptions de ces hôtels insalubres et indignes. Mais il faut aussi agir en responsable et travailler à une bonne répartition entre l’ensemble des arrondissements de petites structures de taille humaine et bien intégrées dans la ville.
Et la encore, nos efforts risquent d’être vains si l’Etat continue de faire exactement le contraire en concentrant cette misère qu’il ne saurait voir aux portes de Paris.
Dans le 18ème, l’Etat a installé en 2004 pour une durée provisoire, à l’époque strictement limitée à deux ans, un centre d’hébergement pour demandeurs d’asile. Aujourd’hui, ce provisoire dure, les capacités d’accueil ont même été augmentées cet hiver au-delà du raisonnable pour ce qui est devenu le nouveau Sangatte.
Aujourd’hui, depuis la fermeture précipitée et non préparée du centre de Sangatte par Nicolas Sarkozy Paris est devenu de fait le nouveau Sangatte, mon collègue Rémy Féraud « accueillant » dans son arrondissement ces populations le jour que le 18ème accueille la nuit dans une structure inadaptée (une ancienne boulangerie industrielle du ministère de la Défense) et inhumaine.
J’ai moi-même rencontré en octobre dernier Mme Christine Boutin pour m’opposer à un projet gouvernemental d’installer sur la friche SNCF « Chapelle Evangile » un centre d’accueil pour personnes sans domicile fixe. Ce projet est pour l’instant abandonné mais nous devons rester vigilants et nous opposer à la volonté du Gouvernement de rejeter aux portes de Paris des populations en grande difficulté dans des structures indignes, sans concertation et au mépris de nos grands projets d’aménagements urbains déjà lancés.
En conclusion, mes chers collègues, nous ne pouvons que nous réjouir de ces actions que nous engageons pour protéger les parisiens les plus exposés aux effets de la crise.
Monsieur le Maire, Paris se mobilise et vous pouvez compter sur nous déployer dans les arrondissements cette politique volontariste
Je vous remercie.

