Intervention de Dominique Bertinotti relative à la communication du Maire de Paris sur les politiques de solidarité face à la crise
Monsieur le Maire,
Mes cher(e)s collègues,
A l’heure où un nombre croissant de Parisiens se trouvent fragilisés par la crise économique, la Ville de Paris, au travers de la communication du Maire de Paris, réaffirme l’exigence de solidarité comme rempart à la fragmentation sociale qui menace notre société. Il est plus que jamais nécessaire d’imaginer la façon dont nous pouvons rendre plus efficaces nos services sociaux. Comment améliorer leur qualité d’accueil et de prise en charge? Comment notre politique de solidarité peut-elle se rapprocher des citoyens, gagner en pertinence, en lisibilité et en efficacité ?
Permettez-moi de prendre trois exemples pour répondre à ces interrogations :
o La lutte contre l’exclusion
o L’insertion par le travail
o L’impératif d’une gouvernance renouvelée des services sociaux
I) La lutte contre l’exclusion
Nous savons combien les politiques de lutte contre l’exclusion sont d’autant plus efficaces qu’elles sont au plus près des exclus
Notre expérience depuis plus de cinq ans à travers l’organisation du plan grand froid et de repas mensuels en Mairie à destination des sans domicile fixe établis dans notre arrondissement nous conduit à dégager des premiers enseignements :
- Premier enseignement : si l’on veut se doter des possibilités de sortir un SDF de la rue, c’est d’abord en le considérant dans sa globalité. Plus on parviendra à unifier les mesures de lutte contre l’exclusion, moins la personne se sentira perdue et dispersée car aujourd’hui le plus grand obstacle à sa réinsertion tient à l’éclatement des services susceptibles de l’aider.
- Deuxième enseignement : c’est la capacité à organiser un suivi personnalisé, certes coûteux en temps, en énergie, en personnel, en disponibilité mais gage d’une possible réinsertion
- Troisième enseignement : c’est enfin l’accompagnement régulier non seulement pendant, mais après l’expérience de la rue qui garantit la pérennité de la réinsertion.
De ce constat, découlent plusieurs pistes d’actions :
- D’abord utiliser les services sociaux ressources de l’arrondissement pour inscrire l’aide aux plus démunis dans un cadre de proximité. Et nous tenons à cet effet à remercier l’implication d’Olga Trostiansky en ce sens.
- Secondement se doter des moyens de la réalisation d’un parcours résidentiel, allant du centre d’hébergement d’urgence, au logement social en passant par la résidence sociale. L’active politique de préemption menée par la Ville de Paris commence à nous permettre d’y parvenir.
- Enfin avoir une action continue sur l’année et en particulier l’été, période tout autant difficile et mortifère pour les SDF
II) Le second exemple a trait au parcours d’insertion à travers l’action de régie de quartier car l’insertion doit être un horizon concret pour toute politique publique.
Depuis deux ans une régie de quartier intervient dans le 3ème arr. et va étendre son action dans le 4ème. Forte de 15 salariés qui ont retrouvé le chemin de l’emploi, son travail s’inscrit dans la construction d’une ville durable en associant démarche environnementale et une démarche sociale. Démarche environnementale par exemple dans la collecte et recyclage de déchets électroniques et électriques. Démarche sociale à travers l’agrément prochain-je l’espère- « services à la personne »qui constituera une des réponses nécessaires face au vieillissement de la population.
III) Dernier élément, l’efficacité d’une politique de solidarité ne peut se concevoir sans une gouvernance modernisée des services sociaux
L’État Providence, mis en place en 1945 est aujourd’hui en crise Il a su apporter d’innombrables progrès en créant un système général de protection contre les risques mutualisés de l’existence (maladie, retraite, chômage, vieillesse, décès) généralisé à toute la population, fidèle à la volonté de Pierre Laroque, à savoir : « lever pour tous les travailleurs et leurs familles l’incertitude du lendemain ». Mais ce système a été bâti pour répondre à des problèmes qui ne se posent plus aujourd’hui exactement dans les mêmes termes. La pauvreté a changé de visage touchant de nouvelles catégories de personnes, et notamment les jeunes, les familles monoparentales, les personnes sans qualification professionnelle sans oublier les retraités aux faibles pensions. Les risques ont également changé de nature, face à un État providence qui n’est plus totalement capable d’être correcteur d’inégalités, il nous faut y apporter des réformes qui ne passeront ni par la privatisation ni par l’immobilisme. La Ville de Paris prend toute sa part dans cet ambitieux projet, et c’est à son honneur mais l’État doit assumer aussi ses responsabilités ayant trop tendance à se défausser sur les collectivités.
La réflexion sur la gouvernance des services sociaux est un des instruments de reforme
Il faut passer d’un système distributeur, à un système mettant la personne au cœur du modèle social. Le manque de lisibilité des structures sociales par nos concitoyens peut trouver une réponse dans la création de « guichet unique social » (logement, emploi, aides exceptionnelles…). Construire un parcours cohérent pour le demandeur, mettre en place un suivi personnalisé au travers d’un référent unique pour mettre fin à l’atomisation entre différents services. Le paradoxe de l’actuel modèle social, c’est qu’il génère l’idée qu’on crée une population d’assistés dont l’exclusion se pérennise mais n’en déplaise à la droite libérale la faute n’en incombe pas aux bénéficiaires de ces aides mais bien à une machine sociale qui s’est progressivement enrayée, les fondements du contrat social de 1945 ayant profondément évolué.
Désormais à l’indivisibilité de la personne doit s’allier l’indivisibilité des droits
C’est dans ce cadre que s’insèrent nos actions dans le 4ème arr. tant celles concernant les SDF que celles concernant par exemple, les enfants sans papiers que nous menons avec les associations et des bénévoles venant de différents horizons, expression de leur attachement à la solidarité, à la fraternité, peut-être le meilleur moyen d’articuler les responsabilités individuelles et sociales.

