Intervention de Dominique Bertinotti relative à l’aménagement des Berges de Seine
LA SEINE, MOTEUR DU DÉVELOPPEMENT DE PARIS AU FIL DES SIÈCLES
Quoi de plus naturel et évident que d’engager aujourd’hui une réflexion sur l’avenir des voies sur berges dans la mesure où la Seine a joué depuis de très nombreux siècles un rôle déterminant dans le développement économique et urbain de Paris ?
Il ne s’agit de faire ni l’histoire de Paris ni l’histoire de la Seine mais de s’interroger sur les relations entre la ville et son fleuve. C’est effectivement s’interroger sur un espace urbain original qu’est la Seine. Un espace construit qui concilie deux approches, celle du fleuve dans la ville et celle des Parisiens sur le fleuve, à la jonction d’une histoire des formes, des usages et des représentations.
Depuis le Moyen-Âge, la Seine est un espace partagé au cœur de la ville : fleuve nourricier avec près des deux tiers des consommations parisiennes qui transitaient par les ports, voie de brassage de population par les coches d’eau, la Seine a été longtemps le lieu de vie d’une population nombreuse (porteurs d’eau, blanchisseuses, commerçants, meuniers, promeneurs…). Le fleuve détermine ainsi un monde urbain singulier associant à ses rives, ses quais, ses ports, ses grèves ou ses ponts recouverts de maisons, la ville entière.
A ce titre, je ne peux m’empêcher d’évoquer en tant qu’élue du 4ème, ce qui fut un des plus importants ports parisiens : le port de Grève, au pied de l’actuelle place de l’Hôtel de Ville, s’étendant jusqu’au pont Marie qui recevait vins de France et de Bourgogne, grains, bois, etc, le marché flottant aux fruits installé lui aussi sur le port de la Place de Grève, qui demeura jusqu’à la première guerre mondiale ou encore les bateaux lavoirs communicant entre eux entre le Pont d’Arcole et le Pont Neuf.
La présence de ces diverses activités économiques sur les berges au long des siècles, démontre combien la Seine a été un lieu de vie dense et varié, lieu de croisements et d’échanges.
L’essor du chemin de fer au XIXème siècle puis la crue de 1910 qui provoqua la volonté de maîtriser ce fleuve un peu impétueux, vont certes aboutir à une réduction des activités économiques sur la Seine mais surtout ont conduit à un détournement de ses habitants vers elle.
Le délaissement du fleuve est alors en marche.
La rupture entre le fleuve et ses habitants va en effet être encore plus symbolique lors de l’inauguration de la voie express Rive droite en décembre 1967 par Georges Pompidou, premier ministre, qui estimait que, et je le cite : « il s’agit d’adapter Paris à la fois à la vie des Parisiens et aux nécessités de l’automobile », ce que le Monde titrait de la façon suivante : « adapter Paris à l’automobile ». La création de cette véritable autoroute urbaine, consécration du règne de l’automobile à Paris a fait que le fleuve est devenu « étranger à sa ville».
NOTRE SOUHAIT : POUR UN RÉAMÉNAGEMENT AMBITIEUX DES BERGES DE SEINE DANS LE 4EME
Le projet qui nous est proposé par le Maire de Paris aujourd’hui autorise la reprise du fil d’une histoire que la voie express avait quasi définitivement interrompu. Bref mettre fin à l’histoire de la rupture entre la ville et son fleuve. Dans les propositions élaborées par les dix équipes pluridisciplinaires qui ont travaillé sur le Grand Paris, nombreuses ont été celles qui ont évoqué la transformation de la voie express rive droite. Pour citer Jean Nouvel, il s’agit de « retrouver la Seine ».
Dans ce projet porté aujourd’hui par la Municipalité, beaucoup de sources de satisfaction : le projet de réaménagement des berges dans le 4ème arrondissement s’inscrit dans la démarche de requalification des quais, tout d’abord des quais hauts, engagée par notre équipe municipale depuis quelques années et qui s’est traduite par la réalisation de la piste cyclable bi-directionnelle Seine et l’amélioration et la sécurisation de la circulation automobile sur les quais hauts, en rééquilibrant la chaussée (2 voies entrantes et 2 sortantes). Ces initiatives ont fortement contribué à l’amélioration de la qualité de l’espace public des quais de Seine dans le 4ème, et participent ainsi à rendre plus agréable le cadre de vie des nombreux habitants qui y résident.
C’est pourquoi nous accueillons favorablement le changement de statut de la Voie Georges Pompidou laquelle, d’autoroute urbaine, deviendra un boulevard parisien, permettant aux piétons de refréquenter de façon permanente les abords du fleuve.
Nous nous réjouissons de constater que sera réalisée dans le cadre du réaménagement des berges d’ici 2014, une trame bleue – parcours piétonnier continu et permanent sur les berges de Seine, du Pont d’Arcole que nous souhaitons voir prolonger jusqu’au Bassin de l’Arsenal – qui était l’un de nos engagements de mandature.
Nous prenons acte également de la nécessité de créer de nouvelles activités en bord de Seine.
Fort de ce constat, nous souhaitons pouvoir renforcer l’ambition de ce projet en menant une concertation approfondie. Parce que la réussite de ce projet est liée à sa nécessaire appropriation par les habitants, nous tiendrons cinq réunions de travail avec le Conseil de quai qui sera mis en place à cet effet car comme le rappelle Richard Rogers : « Paris ville historique sera est une ville adaptée aux enjeux du XXIème siècle. Elle doit continuer à explorer les voies de l’invention, qu’elles soient techniques, esthétiques, sociales ou économiques, et elle doit le faire avec les Parisiens ».
Des habitants, des commerçants, des associations du 4ème, le BHV mais aussi d’autres partenaires (notamment les VNF, le Port autonome, le Bassin de l’Arsenal…) seront invités à faire partie de ce Conseil de quai. Ainsi, comme l’exprime Jean Nouvel dans le projet soumis par son équipe, il faut que les citadins soient les « coacteurs et coproducteurs » du projet métropolitain dont la Seine est un des éléments.
Cette démarche facilitera la mise en oeuvre des objectifs présentés par le Maire de Paris, mais aussi, je n’en doute pas un seul instant, leur approfondissement autour de trois axes :
- une réflexion sur les liens entre les quais hauts et les quais bas, en intégrant les impératifs du commerce de Centre Ville au plus près des utilisateurs. Le fleuve devrait remplacer utilement les gros camions de livraison qui sillonnent nos rues. Ainsi les activités économiques et l’emploi du Centre de Paris, notamment ceux du 4e (40 000 emplois dont beaucoup sont commerciaux) pourront bénéficier de ces aménagements pour accueillir de nouveaux espaces de livraison de marchandises et de nouveaux services.
- l’extension du périmètre de réaménagement envisagé dans le 4e jusqu’au Bassin de l’Arsenal en intégrant ainsi le quai haut et bas Henri IV, avec la redéfinition des usages des entrepôts.
- l’examen des modalités d’implantation de nouvelles activités économiques sur les berges : activités entreprenariales, de développement durable au travers de l’installation possible de nouvelles barges
Ainsi cette concertation permettra de diversifier la vocation de la Seine, vecteur de liens essentiels pour que Paris soit une métropole adaptée aux enjeux du XXIème siècle.
Silencieux, fiable, ayant une forte contenance et peu consommateur d’énergie, le transport fluvial peut apporter une alternative pertinente pour lutter contre l’engorgement des villes, en réduisant les nuisances sonores et environnementales.
Il apparaît dès lors plus que nécessaire de développer de nouveaux trafics sur la Seine, en particulier ceux liés à la grande distribution, au secteur des déchets, au transport des personnes…et d’imaginer un nouveau concept de port de Centre-Ville intégrant la notion de partage de l’espace dans le temps entre activités portuaires et loisirs.
Pour la réalisation de ces ambitieux objectifs, nous appelons de nos vœux une large concertation sans dogmatisme, ni sectarisme, réaffirmant encore plus fortement la vocation de transport des hommes et des marchandises du fleuve dans la perspective d’une ville en mouvement et durable, renforçant l’image d’un Paris dynamique, à la hauteur de l’emblème de Paris qui reste encore aujourd’hui le symbole du rôle structurant que la Seine a joué et continuera à jouer dans le développement de la Ville.

