Intervention de François Vauglin relative au débat organisé sur la réorganisation de la gestion du service public de l’eau à Paris (DPE 90)
Au fond, ce dont nous débattons aujourd’hui, c’est de tourner la page pour revenir à la normale et mettre un terme à cette expérience aventureuse des années Chirac. Car le service de l’eau était géré en régie directe jusqu’en 1984. Cela fait donc moins de 25 ans que la Générale des Eaux et Suez distribuent l’eau à Paris dans les conditions qui ont été décrites par mes collègues.
Même si l’arrivée de Bertrand Delanoë comme Maire de Paris a permis d’imposer une renégociation des contrats pour pallier leurs insuffisances les plus criantes, il reste encore beaucoup à faire : ainsi une goutte d’eau transportée par l’aqueduc de la Vanne change 10 fois d’opérateur avant d’arriver à Montmartre ! Il y a donc d’abord un enjeu de rationalisation avec un opérateur unique et un enjeu de transparence pour que les usagers soient associés et qu’une information la plus complète possible soit faite sur ce nouveau service aux Parisiens.
Le deuxième enjeu est stratégique : car des tensions sur la disponibilité et la qualité des ressources ne sont pas à exclure, dans un contexte d’amélioration des normes sanitaires et environnementales.
Troisième enjeu : celui de l’accès des Parisiens à l’eau et de son coût. Nous voulons stabiliser le prix sur la part maîtrisée par la Ville, soit environ la moitié du coût. Je crois qu’il faut l’expliquer et insister. Cet objectif traduit une forte ambition, car la consommation d’eau potable est passée de 300 à 200 millions de m3 par an à Paris sur les 15 dernières années. Si c’est bien sûr heureux sur le plan environnemental, c’est plus problématique d’un point de vue économique. Les coûts structurels ne baissent pas, et si l’on prend en compte les normes environnementales et sanitaires toujours améliorées, ils augmentent.
Il était donc nécessaire que les sommes colossales provisionnées par les opérateurs privés et qui devaient servir à l’investissement sur le réseau y soient effectivement affectées. C’est aussi de cela que l’EPIC de l’eau sera garant.
Enfin, ce n’est pas dans mon habitude de m’exprimer ainsi, mais je dois vous parler plus personnellement d’un autre enjeu. En bas de chez moi, sur le faubourg Saint-Antoine, j’ai vu des personnes descendre dans la rue chaque jour été comme hiver. Nous nous croisions lorsque je partais au travail. Ces femmes descendaient pour remplir des bidons d’eau à une borne incendie sur le trottoir. Elles habitaient un immeuble insalubre que nous avons heureusement rénové il y a peu. Qui peut imaginer qu’aujourd’hui encore à Paris, il reste des personnes de si modeste condition qu’elles ne peuvent avoir l’eau courante ?
C’est une réalité méconnue, mais selon Henri Smets, membre de l’académie de l’eau et qu’on ne peut pas soupçonner de gauchisme, 20.000 ménages sont privés d’eau dans notre pays parce qu’ils ne peuvent payer les factures, et 100.000 n’ont pas de point d’accès à l’eau.
Un autre rapport de l’IGAS évoque lui aussi 20.000 coupures d’eau pour précarité, dont 2.000 de plus de 24 heures. Pourtant, les impayés pour précarité ne représentent que 0,2% du chiffre d’affaire de l’eau en France. N’y a-t-il pas là signe que notre pays a les moyens de cette solidarité ?
S’il ne fallait qu’une seule raison pour cette remunicipalisation de l’eau, c’est celle-ci : mettre en place un dispositif social qui permette de garantir à chaque ménage parisien un accès à l’eau, quelles que soient ses ressources.
Ce dispositif social doit encore être précisé : faut-il en venir à des compteurs individuels, faut-il fournir gratuitement les premiers m3 nécessaires à chaque ménage comme le font d’autres pays (Belgique, Afrique du Sud) – quitte à faire payer beaucoup plus cher les volumes supplémentaires, faut-il faire porter par les autres usagers ou par la fiscalité la charge de cette solidarité ? Comment mieux mobiliser les Fonds de Solidarité Logement (FSL), qui comportent une part pour les impayés d’eau ?
Toutes ces questions seront débattues courant 2009, mais l’objectif est clairement fixé et notre détermination est des plus ferme, car le service public, c’est le patrimoine de ceux qui n’ont rien.
Transparence et rationalité de l’organisation, stratégie sur les ressources en eau, coûts, solidarité avec les plus démunis : nul besoin du seul argument idéologique, même s’il a sa pertinence, pour admettre que faire de l’eau un service public est une nécessité et une chance pour les Parisiens.
Mes chers collègues, je vous sais porteurs de l’intérêt général. Nous avons une occasion historique d’en faire preuve aujourd’hui.

