Intervention de Gilles Alayrac relative au budget spécial de la Préfecture de Police pour 2010
Monsieur le Maire,
Monsieur le préfet,
Mes chers collègues,
La sécurité est l’affaire de tous.
C’est sur la base de ce principe simple et incontournable que notre municipalité, la seule en France à ne pas disposer pour son maire des pouvoirs de police, contribue tous les ans au financement du budget supplémentaire de la préfecture de police.
La Ville de Paris ne le fait pas qu’à moitié car notre majorité est tout à fait consciente que la mission qui est la vôtre, Monsieur le préfet, avec les 40 000 fonctionnaires de police et les sapeurs pompiers de la Brigade, est ardue et qu’elle mérite notre accompagnement et je le dis aussi, nos encouragements.
Depuis 2001, on voudra bien observer que, chaque année, la participation de la Ville au budget de la Préfecture de Police s’intensifie.
Pour 2010, la participation de la Ville à la section de fonctionnement progresse ainsi de 1,11 % avec une dotation qui augmente de 3 millions d’euros.
La Ville avec 273 M € fait d’ailleurs plus que l’Etat, qui contribue à hauteur de 116 M €.
De nombreux orateurs vous interpellent, Monsieur le préfet, sur la baisse annoncée des effectifs de fonctionnaires de police en 2010 et ils ont raison de dire leur inquiétude. Elle est celle du groupe auquel j’appartiens.
Au niveau national nous perdrons 2018 fonctionnaires de police. La question qui se pose est : quel sort sera réservé à Paris ?
Ce dont nous sommes certains, c’est que cette diminution des effectifs, c’est assurément une dégradation des conditions de travail et de sécurité pour les fonctionnaires, un moins bon suivi des dossiers, moins de contrôles des établissements problématiques, c’est moins d’îlotages dans les quartiers difficiles, c’est aussi une présence plus réduite sur le terrain, là où elle est justement indispensable.
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Mais il y a aussi les effets de la mise en place de la police du Grand Paris qui suscitent de nombreuses questions.
Quel sort sera réservé à notre ville dans le cadre du redéploiement de la police d’agglomération dans les départements de la petite couronne ?
En plus des suppressions de postes, devons nous compter là aussi sur moins de policiers dans Paris intra muros ?
Monsieur le Préfet, quand l’Etat parle de mutualisation des services de police, je crains que cela signifie économie d’échelle, je crains que ce soit au préjudice de notre ville. Nous attendons de votre part les précisions nécessaires.
Nous avons besoin de fonctionnaires de police à Paris. Ne perdons pas de vue que la Capitale, hélas, constitue un lieu de prédilection pour les délinquants. Plus de la moitié des délits qui sont commis à Paris sont le fait de délinquants qui n’y résident. Sur les statistiques de la délinquance générale, les chiffres sont contrastés : on nous dit qu’elle baisse mais les violences aux personnes et les vols à la tire, eux, progressent.
Comme en attestent les récents événements survenus dans le quartier Pigalle, Paris a plus que jamais besoin d’une police présente sur le terrain, mobile et réactive.
L’exemple du forum des Halles, terrain de fréquents affrontements entre bandes, l’atteste.
Les affrontements d’il y a deux ans survenus à la Gare du Nord sont encore dans toutes les mémoires.
Une étude sur le phénomène des bandes à Paris, commandée par le procureur Jean-Claude Marin en février dernier, soulignait d’ailleurs « un durcissement des affrontements » entre des groupes « de plus en plus jeunes », souvent armés.
Les phénomènes de bandes ont pris une importance qu’il faut endiguer. Il ne faut certes pas exagérer le niveau de structuration de ces groupes, mais, on ne peut nier qu’ils convergent maintenant périodiquement vers la capitale pour commettre des délits souvent violents. On le constate lors des grandes manifestations ou des grands événements festifs (14 juillet, grands matchs de foot, Nouvel An etc). Ces regroupements ne se bornent plus à ces grands événements, ils ont tendance à se produire aussi les mercredis et samedi après-midi.
Nous le voyons, face à ces phénomènes difficiles à appréhender, la police a besoin de moyens.
Mais tout doit être fait aussi pour que les fonctionnaires de police puissent travailler dans de meilleures conditions où l’impératif du chiffre coûte que coûte, ne les détourne pas des missions de proximité et de contact avec les habitants.
Car justement, les parisiens font un constat : c’est que le lien se distend entre la police et les citoyens. La population pourrait bien devenir de plus en plus défiante à l’égard des forces de l’ordre et cela, bien au-delà des seuls quartiers « sensibles ».
Je crois que le renforcement de la confiance entre les forces de sécurité et la population est un enjeu majeur des années à venir car les relations se dégradent clairement, et ce tout particulièrement entre la police et les jeunes.
Faut-il dire ici que le tutoiement n’ a pas lieu d’être entre un fonctionnaire de l’Etat et un adolescent ?
Certaines pratiques aussi inquiètent de plus en plus.
- le nombre des gardes à vues qui a augmenté de près de 70% depuis ces dernières 7 années : cette banalisation d’une pratique privative de libertés a de quoi nous soucier et les dernières déclarations du Premier Ministre, qui propose de repenser les conditions d’utilisation et d’utilité de la garde à vue, démontrent si besoin est la gravité du sujet.
-au-delà des gardes à vue, nous entendons les jeunes issus des quartiers nous parler de contrôles au faciès. D’ailleurs, Eric Besson a déclaré le 9 décembre que els contrôles au faciès étaient une réalité.
Une étude du CNRS publiée en juillet dernier montre qu’en moyenne, les «Arabes» (les personnes originaires d’Afrique du Nord, selon la définition du rapport) et les «Noirs» (les individus originaires d’Afrique et des Antilles) ont respectivement 7,8 fois et 6 fois plus de risques d’être contrôlés que des Blancs : une même inégalité a été observée en ce qui concerne les fouilles.
Il faut demeurer particulièrement vigilant à l’égard de notre jeune génération et savoir faire preuve de pédagogie notamment sur un sujet de plus en plus problématique, celui de la consommation de drogue et d’alcool.
L’analyse de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies livre un constat accablant sur les consommations des jeunes de 17 ans. La situation est inquiétante et la place que prennent la consommation d’alcool, et de drogues , plus à Paris qu’ailleurs.
-23% des jeunes boivent plus de 5 verres jusqu’à 3 fois par mois; ils étaient 11% en 2005 ;
-54% des 17 ans ont déjà touché au cannabis et 12% en utilisent régulièrement ;
-8% sniffent de la cocaïne en soirée (contre 2% en 2005)
Cette dégradation dans la pratique de la consommation de drogue est inquiétante: c’est aux pouvoirs publics qu’il appartient de prendre les initiatives pour endiguer ce phénomène de santé publique.
Dans un autre registre, je veux dire notre préoccupation face au projet proposé par Michèle Mérli, déléguée inter- ministérielle à la sécurité routière, qui envisage d’ouvrir les couloirs de bus aux deux-roues motorisées : il faut développer encore l’usage du vélo à Paris et que les vélos puissent rouler avec les bus mais la présence des motards, qui ne roulent pas à la même allure, augmenterait assurément les risques d’accidents des deux roues.
Nous devons rester extrêmement mobilisés sur la question de la sécurité routière face à des chiffres qui ne sont pas bons et empirent à l’an dernier.

