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Intervention de Gilles Alayrac relative au projet d’installation des services du Ministère de la Défense sur le site de Balard (15e)

8 février 2012 Imprimer

Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,

Le moins que l’on puisse dire est que le ciel s’assombrit sur le projet de création d’un ambitieux Pentagone à la française.

Il nous avait été portant présenté comme exemplaire et même comme un motif de fierté nationale.

Aujourd’hui, bien des incertitudes pèsent sur lui.

Je ne m’étendrai pas sur l’information judiciaire qui a été ouverte par le parquet de Paris pour corruption et trafic d’influence dans le cadre de l’attribution du marché du chantier au groupe Bouygues.

Pour un aussi gigantesque et coûteux projet, on aurait imaginé meilleure publicité.

Le regroupement en un lieu unique, autour du ministre de la Défense, de ses services répartis sur 12 sites, des états-majors et du centre de planification et de conduite des opérations, n’est en soi pas discutable s’agissant d’un souci de rationalisation de la dépense publique.

La Ville de Paris n’entend pas faire obstacle à ce regroupement sur le site de Balard. Mais elle est fondée à s’interroger sur les tenants et les aboutissants de ce vaste chantier de 420 000 m2 qui va impacter le sud de la capitale.

Je relèverai d’abord la méthode choisie par l’Etat.

On est incontestablement passé d’une façon de procéder basée sur le travail en commun, les échanges et la recherche d’accords, à une méthode brutale, qui consiste pour l’Etat à imposer à la Ville, un projet en dehors de toute concertation. C’est ce qu’on appelle un passage en force.

Au-delà de la méthode, il y a le fond, et il appelle un trop grand nombre de réserves et d’interrogations pour que notre conseil puisse approuver aujourd’hui ce projet.

Quelques mots d’abord sur la suppression du dépôt de bus de la RATP prévu sur une servitude du site de Balard.

Cette suppression est tout simplement choquante.

Elle témoigne de la part des autorités de l’Etat d’une désinvolture totale à l’égard des élus, à l’égard de notre politique qui vise à loger le maximum de parisiens.

Renoncer à construire 500 logements sur l’emplacement de l’actuel dépôt de bus de la rue de la Croix Nivert, renoncer à offrir à cet endroit, aux habitants du 15e arrondissement,  de nouveaux services publics, est une chose à laquelle nous ne pouvons nous résigner.

Et puisque j’évoque les habitants du 15e , dont on ne parle pas dans ce projet, qu’il me soit permis de demander ce qu’il va leur apporter ?

On nous annonce, l’ouverture d’une crèche et d’une piscine sur le site de Balard qui leur seraient accessibles : je demande sur ce point des engagements fermes de la part de l’Etat.

Je me souviens d’un précédent fâcheux où l’Etat n’a pas tenu sa parole.

Lorsqu’il a acquis, à un coût exorbitant, l’ancien immeuble de l’Imprimerie Nationale, l’engagement avait été pris qu’un petit bâtiment annexe serait dévolu à la Ville pour y installer des équipements municipaux.

Cette promesse ne fut jamais tenue.

Concernant l’impact environnemental du projet de Pentagone, on peut légitimement parler du risque de pollution de l’air du fait des travaux de démolition, de rénovation et de construction.

On peut légitimement se demander  quelle sera la gestion des déchets et des remblais ?

On ne dispose d’aucun diagnostic sur l’amiante ni sur le traitement des déchets susceptibles d’en libérer.

Quant aux mesures de réduction du bruit pour les riverains, elles sont trop peu précises à ce stade.

Concernant l’impact paysager du projet, l’autorité de l’environnement indique que « le dossier tel qu’il est présenté ne permet pas de comprendre les partis pris architecturaux et d’intégration paysagère retenus ».

Il ne suffit pas de dire aux habitants de l’arrondissement, comme l’a fait avec sons et trompettes l’UMP, que ce sera beau, que ce sera un motif de fierté pour eux.

Il faut aussi s’interroger sur  le signal que va envoyer immanquablement aux communes de la proche banlieue, cette immense installation, refermée sur elle et leur tournant le dos.

D’un côté, on couvre le périphérique de dalles réaménagées, on va rénover le parc des expositions et construire une tour triangle en permettant aux piétons la traversée de ces infrastructures ; de l’autre, on édifie un projet monumental sur une vaste emprise, enfermé sur lui, qui va accentuer la coupure entre Paris et la couronne.

Mais il faut évoquer également l’accessibilité du site en question.

S’il est aujourd’hui bien desservi par les transports en commun, qu’en sera-t-il demain de son impact sur le trafic des métros, tramways et bus ?

Plus de 9 400 agents civils et militaires qui se rendent sur le site tous les jours, cela n’est pas rien : l’Etat a-t-il anticipé ces nouveaux usages ?

Disposons –nous d’une étude d’impact sur le risque de congestion de la voirie ? La réponse est encore négative.

Comment ne pas évoquer aussi le risque naturel existant sur ce site situé en zone inondable ?

Est-il  normal que nous ne puissions pas savoir quelle sera la gestion du risque inondation pendant le chantier et une fois la construction terminée ?

Aujourd’hui, le Pentagone suscite trop de questions au regard de l’intérêt général pour que notre municipalité l’adopte en l’état.

Mais surtout, ce vaste projet, en outre, compromet des objectifs essentiels que notre municipalité s’est fixée.

Un projet monté dans l’urgence, pour lequel la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale a relevé l’insuffisance de l’information des citoyens, l’absence d’étude d’impact, un état sommaire des dépenses et des recettes, et sur lequel la justice enquête.

Cela fait beaucoup.

En tout état de cause, cela suffit à voter, comme nous y invite  le maire de Paris, un avis défavorable au dossier de déclaration du projet.

Merci.