Accueil » 6. Séance des 20 et 21 octobre 2008

Intervention de Halima Jemni en réponse à la communication du Maire de Paris relative aux orientations budgétaires de la Ville

21 octobre 2008 Lu 231 fois Imprimer

Les déplacements constituent un enjeu crucial pour notre Ville. Ils favorisent l’appropriation de notre Cité par ceux qui la font vivre au quotidien, l’intégration de l’ensemble de ses quartiers, le rapprochement avec les communes qui nous entourent. Leur impact économique est réel, leurs bénéfices sociaux le sont autant.

Favoriser les déplacements, c’est aussi agir concrètement pour l’environnement.

Ainsi, le développement des transports collectifs et des circulations douces, prévu dans le P.D.P., constitue un axe essentiel du Plan Climat adopté en 2007.

D’ici 2020, votre objectif, Madame la Maire, notre objectif, est de réduire de 60 % les émissions de CO2 dues aux circulations dans Paris.

Les résultats de la politique que vous avez conduite au cours de la première mandature sont perceptibles au quotidien par l’ensemble des Parisiens. Citons, par exemple, le dispositif Vélib’ qui connaît des records de fréquentation. Mentionnons, bien sûr, le tramway T3 emprunté quotidiennement par 100.000
Parisiens et Franciliens et qui a déjà franchi le cap de 25 millions de passagers.

Les faits sont là : en sept ans, la circulation automobile a baissé de 25 % et en cinq ans, les émissions d’oxyde d’azote ont diminué de 32 %.

A présent, cette action déterminée en faveur des déplacements doit se poursuivre avec l’aide des partenaires, tels que la Région et le S.T.I.F. Il s’agissait de notre deuxième défi prioritaire lors de la campagne municipale. Notre engagement collectif est aujourd’hui respecté puisque, entre 2009 et 2014, 1,486 milliard d’euros seront consacrés à la voirie et aux déplacements, soit le deuxième budget d’investissement derrière l’urbanisme et le logement.

Voguéo sera pérennisé, le dispositif Autolib’ sera lancé en 2009 et opérationnel dès 2010.

Les modes de transport plus traditionnels ne seront pas en reste. Un nouvel effort sera porté sur les lignes de bus et il nous faudra également nous battre auprès de l’Etat pour obtenir les financements nécessaires au renforcement des lignes de métro, et particulièrement le désengorgement de la ligne 13, ainsi que la prolongation de la ligne 14 jusqu’à la mairie de Saint-Ouen via porte de Clichy.

Surtout, cette mandature sera marquée par l’extension du tramway de la porte d’Ivry à la porte de la Chapelle. Ce tracé desservira cinq arrondissements et deux départements limitrophes. Il modernisera en profondeur de nombreux secteurs de Paris. Avec plus de 300.000 voyageurs quotidiens attendus, il constitue sans contexte l’engagement phare de cette mandature, tant en matière d’impact attendu que de financements nécessaires, et illustre à quel point ce nouveau mode de déplacement répond à des besoins de l’agglomération.

Or, une question demeure : que fait l’Etat ?

Aujourd’hui, le Gouvernement se défausse sur les collectivités locales. La liste des compétences transférées s’allonge de jour en jour et les financements promis ne suivent pas. Or, asphyxier financièrement nos collectivités, c’est surtout sanctionner les citoyens qui ont le plus besoin de notre action.

Ainsi, depuis 2002, les budgets de l’Etat consacrés au transport en Ile-de-France ont diminué de 48 %. De même, à l’heure où le Grenelle de l’Environnement est brandi comme un étendard par la droite, le Président de la République a tout simplement exclu de ses conclusions des aides financières pour les transports collectifs en Ile-de-France, mais c’est sûrement pour tenir la dépense !

Face à cet abandon de l’Etat, les collectivités franciliennes ont redoublé d’efforts pour répondre aux attentes des habitants. Ainsi, elles ont augmenté de 60 % leur contribution financière au S.T.I.F. depuis 2006 et, en deux ans, le S.T.I.F. a investi autant d’argent que l’Etat en 20 ans. Paris n’est pas en reste, puisque notre contribution au S.T.I.F. s’élèvera à 363 millions d’euros en 2009 contre 258 millions d’euros en 2006.

Concernant le prolongement du T3, le désengagement brutal de l’Etat sera lui aussi lourd de conséquences. La Ville devra y consacrer 730 millions d’euros en investissement, contre 250 millions d’euros pour le premier tronçon lors de la précédente mandature. Or, comment justifier que ce projet soit dépourvu de tout financement national ? Je rappelle qu’il vise à transporter 300.000 personnes chaque jour dont 60.000 passagers de banlieue, soit l’équivalent d’une ville comme Rennes ou Bordeaux.

Les élus de la majorité présidentielle cautionnent cet abandon du Gouvernement puisqu’ils ont rejeté en mai dernier un vœu demandant à l’Etat de s’engager en faveur du prolongement du T3 vers la porte d’Asnières. Or, une absence de financements nationaux exclut de facto cette extension, pourtant tant attendue par les Parisiens et les Franciliens.

L’Ile-de-France, avec ses 11,5 millions d’habitants, représente 65 % des voyageurs en transport collectif. Elle fait face aux plus importants besoins, aux plus grandes urgences. Les infrastructures de transport sont une condition nécessaire au développement de ses territoires, au désengagement des quartiers et constituent un véritable vecteur de développement économique pour notre Région.

En ignorant cela, le Gouvernement ne souhaite-t-il pas punir les Franciliens pour leurs votes de 2001, 2004 et 2008 ? Notre Région et notre Ville ne peuvent être sacrifiées pour des considérations politiciennes. Le groupe socialiste et radical de gauche demande donc à l’Etat de prendre ses responsabilités et de répondre aux attentes légitimes des Parisiens et des Franciliens. Dans le cas contraire, il portera la lourde responsabilité de favoriser la saturation des transports parisiens et donc de fouler au pied ses engagements en faveur du défi environnemental et social. Merci.

(Applaudissements sur les bancs des groupes socialiste, radical de gauche et apparentés, communiste, du Mouvement républicain et citoyen et « Les Verts ».)