Intervention de Jean-Bernard Bros relative au travail dominical
Monsieur le Maire,
Monsieur le Président du groupe,
Chère Lyne,
Chers collègues,
La question de l’ouverture dominicale des commerces a largement animé la formation politique que j’ai l’honneur de présider à Paris, le Parti Radical de Gauche, formation pour laquelle les questions du développement économique, mais aussi de l’humanisme et du vivre ensemble, demeurent traditionnellement au cœur des préoccupations.
C’est nourri de ces débats, et avec un a priori plutôt favorable, que j’ai participé à ce groupe de travail, avec l’intuition qu’en s’attelant à cette question de société particulière, il faudrait savoir bouger les lignes.
J’ai toujours ce sentiment aujourd’hui.
C’est au titre de la délégation au tourisme dont vous m’avez fait l’honneur de me confier par deux fois la responsabilité, Monsieur le Maire, que je contribuerai au débat en y portant la voix de ces « sans voix » que sont par définition nos visiteurs.
L’importance du tourisme dans le développement économique de notre territoire, ainsi qu’au sein de notre politique pour l’emploi, est fondamentale, car, comme chacun le sait, notre ville est la première destination touristique de la planète, et ce secteur professionnel y est la première industrie et le premier pourvoyeur d’emploi. Cela nous donne des droits, celui de s’en prévaloir et d’en tirer une légitime fierté, mais aussi des devoirs, et notamment celui de défendre cette position pour conserver notre place.
A cette fin, il est important de valoriser toujours mieux nos atouts et d’améliorer toujours notre offre pour que la destination Paris, et j’ajouterai même la marque Paris, garde toute son attractivité face à une concurrence globalisée de plus en plus conquérante.
Paris ne souffre d’ailleurs aucunement de la comparaison avec ses concurrentes directes sur la question de l’attractivité commerciale dominicale.
A Londres, les petits commerces sont dans les faits pour l’essentiel fermés le dimanche. Berlin vient de revenir de dix autorisations à huit seulement, se rapprochant ainsi de Paris. A Madrid, la plupart sont fermés le dimanche. Même chose à Milan, où les huit dimanches ouverts autorisés par an sont loin d’être tous exploités par les commerçants.
En dix ans, la pratique du tourisme s’est énormément modifiée. Nos visiteurs n’ont plus la même façon de voyager, ils n’ont plus les mêmes attentes ni les mêmes pratiques. Les professionnels aussi se sont adaptés. Le tourisme urbain, cette réinvention du XXIe siècle, est aujourd’hui pratiqué de manière plus fugace, plus autonome. En un mot, il s’est humanisé. La politique du tourisme dans notre ville se devait de favoriser la rencontre entre la population et les visiteurs. Il doit aussi être compatible avec la qualité de vie des habitants et nos objectifs environnementaux.
D’où une politique d’accueil renouvelée depuis 2001, dans le respect des rythmes de vie des Parisiens, pour construire chaque jour l’harmonie du vivre ensemble entre visiteurs et visités.
Je ne reviens pas sur l’ensemble des politiques volontaristes portées depuis bientôt dix ans en ce sens via le soutien de notre collectivité aux actions des associations professionnelles d’accueil ou de promotion au premier rang desquelles il y a l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris. Le succès grandissant des chambres d’hôtes, des pratiques de tourisme participatif, des visites bénévoles par les associations, les opérations comme la Chasse aux Trésors de Paris ou Tous au restaurant, dans la recherche d’un tourisme durable et responsable, accessible à tous, sont des illustrations de ce nouvel élan pour le tourisme parisien.
C’est avec la volonté de rééquilibrer les flux touristiques entre les quartiers historiques centraux et les quartiers périphériques de la capitale, dont nous fêtons cette année les 150 ans de l’unification, que nous nous sommes appuyé sur un tissu d’initiatives locales, valorisant les patrimoines les plus vivants et dynamiques de l’ensemble du territoire. Mise à part la catégorie toujours importante et renouvelée des « primo-visitant » qui vont prioritairement vers les incontournables de Paris, c’est aux « répétiteurs » et aux populations en recherche d’une pratique touristique moderne, que nous devons également nous adresser.
Ceux là recherchent à Paris l’authenticité de la vraie vie des Parisiens.
J’ai ainsi entendu le maire du XVIIIe lorsqu’il nous a rapporté que les millions de visiteurs de la Butte Montmartre venaient y rechercher un style de vie, bien plus que des occasions de consommer. Je le crois aussi. Et les professionnels du secteur eux-mêmes nous rappellent chaque jour en avoir l’intime conviction. Le fait est que la grande majorité des représentants des industries du tourisme parisien ayant participé au processus de concertation se sont révélé – dessinant ainsi un consensus – hostiles à une extension de l’ouverture dominicale des commerces.
La vision opposée qu’a proposé la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris au cours des débats, avec entre autre la volonté de créer un hypercentre, que nous devinons possiblement saturé d’activité par l’ouverture de tous les commerces le dimanche, pendant que les quartiers périphériques se verraient exclu du dispositif, n’est, de ce point de vue, pas acceptable, car elle irait à l’encontre de l’équilibre du développement économique du territoire considéré dans son ensemble que nous menons depuis 2001.
Toute volonté d’établir des zonages est la résultante d’une vision statique du territoire Parisien, à l’opposée de notre vision dynamique d’une ville vivante et en mouvement. Au cours des réunions de travail, l’Office du Tourisme et des Congrès de Paris a ainsi demandé à ce que la réflexion ne soit pas enfermée dans une logique de zone mais dans une approche plus globale de destination touristique, alliant les notions de tourisme de groupe et de tourisme individuel.
De plus, 80% des visiteurs se déplacent pour des raisons culturelles, et la plupart de leurs achats demeurent de ce fait culturels eux aussi. L’allure d’un dimanche Parisien tel qu’il est aujourd’hui, correspond donc pour le moins à celle qui attire cette part prépondérante et fidèle de nos visiteurs.
Et n’oublions pas que la loi du 10 août 2009 ne revient pas sur les dérogations permanentes à la règle du repos dominical, qui concernent déjà tous les professionnels du tourisme tels que les hôtels, les agences de voyage et les restaurants, pour ne citer qu’eux.
Pour conclure, je me permettrai de reprendre Victor Hugo, dans une œuvre parlant d’ailleurs de Paris : « Tout ce qui augmente la liberté augmente la responsabilité. »
Et la loi du 10 août 2009 augmente ainsi la responsabilité du Conseil de Paris, d’abord et avant tout quant à l’harmonie qu’il est en son devoir de préserver, et même de chérir, entre les Parisiens et ceux qui les visitent, mais aussi vis-à-vis des professionnels du secteur.
C’est ainsi en pensant aux professionnels des métiers du tourisme et de l’accueil que j’ai lu avec grande attention la loi du 10 août 2009.
Un Parisien sur dix travaille pour ou grâce au tourisme.
Les métiers du tourisme sont des métiers parfois difficiles, mais toujours emprunts d’une générosité quotidiennement réinventée.
Et puisqu’il apparaît que certaines dispositions énoncées dans cette loi contiennent le potentiel pour nous donner la liberté de donner plus de protection et de justice sociale à ces professionnels, notamment par une possible requalification des zones touristiques en P.U.C.E, j’espère, chers collègues, que c’est tous ensemble que nous choisirons de demander à ce que ces dispositifs permettent de changer le régime juridique des zones touristiques actuelles, pour aider ces professionnels du tourisme.
Je vous remercie.

