Intervention de Jean-Louis Missika en réponse à la communication du Maire de Paris relative à l’innovation, à la recherche et à l’enseignement supérieur
M. Missika, adjoint, rapporteur, a été très surpris de l’intervention de M. Lamour dont le discours était un discours de défense et d’illustration de la politique universitaire de l’Etat plutôt que celui d’un conseiller de Paris.
Comme M. Vaillant l’a très bien montré, le projet « Paris Nord-Est » était un projet d’initiative des collectivités publiques locales, notamment de Paris et de Plaine-Commune pour lequel l’Etat n’a pas tenu ses engagements de financement sur le C.P.E.R. 2000-2006.
La Ville de Paris doit tenir équilibrée la balance de ses investissements entre les trois grands pôles universitaires à Paris : le pôle Rive-Gauche, le quartier latin et le projet Paris Nord-Est et ne pas considérer qu’il y a un seul projet prioritaire qui est celui de Paris Nord-Est.
L’Etat n’a pas rempli tous ses engagements au point que le Directeur de l’Enseignement universitaire a reconnu publiquement devant une commission de l’Assemblée Nationale l’existence de 400 milliards d’euros de crédits de paiement non dépensés au titre du C.P.E.R. 2000-2006.
La faiblesse de l’engagement de l’Etat est patente. En octobre 2005, l’ensemble des présidents d’université est venu à l’Hôtel de Ville autour du Maire de Paris pour dénoncer le désengagement de l’Etat. L’absence d’investissements dans les universités parisiennes est reconnue par tout le monde.
Alors que Jacques Chirac promettait, en 1994, que plus personne ne travaillerait en milieu amianté, fin 1996, dans les universités parisiennes, on doit attendre environ 2013 pour la fin du désamiantage de l’université de Jussieu. On a trois ans de retard sur la bibliothèque Sainte-Barbe ; cinq ans de retard sur l’I.N.A.L.C.O.
Peut-être parce que les caisses de l’Etat sont vides, il y a une tendance à retarder les projets de la part de l’Etat en matière d’investissements dans l’enseignement et la recherche.
L’orateur met en rapport le chiffre global annoncé de 5 milliards d’euros pour le plan « Campus » avec une réalité sur six ans de 60 millions d’euros d’investissements par projet du plan « Campus ».
L’orateur considère que M. Lamour témoigne d’une vision comptable, bureaucratique et inefficace de la dépense publique.
Il faut faire un travail de préfiguration des missions de l’Agence parisienne de l’Innovation. Déjà, deux groupes de travail oeuvrent sur ce sujet.
Il faut faire un travail d’identification des besoins et cette identification des besoins est complexe. C’est pourquoi un appel à projets sera lancé concernant les pépinières et les incubateurs sur la Ville de Paris. Ce sont les chercheurs, les jeunes entrepreneurs, les jeunes diplômés qui doivent être capables de dessiner le contour des besoins et des nécessités du futur investissement dans le domaine des pépinières et des incubateurs.
On est dans un domaine où il faudrait un consensus, il faudrait que l’Etat, la Région et la Ville de Paris puissent se concerter.
A l’automne sera connue la répartition budgétaire, la répartition de l’investissement qui paraît souhaitable au cours de l’année 2009 et au cours de la fin de l’année 2008.
L’orateur s’inquiète des propos de Mme Pecresse parlant d’installer les sciences au sud et les sciences humaines et sociales au nord car le coeur de l’université parisienne ne doit pas être négligé. Un immense travail de rénovation et de recomposition du tissu urbain doit être engagé dans le Quartier latin et la Montagne Sainte-Geneviève, particulièrement en ce qui concerne la prestigieuse Ecole de Physique et de Chimie industrielle.
Il y a dans ces propos quelque chose d’étrange, qui consiste à dire qu’il faut séparer les sciences dures des sciences humaines alors qu’en réalité toutes les grandes universités de recherche du monde entier combinent sciences dures et sciences humaines et sociales.
La Ville de Paris défendra fermement le fait qu’aussi bien dans le pôle Nord-Est que dans le campus Rive Gauche ou qu’au centre de Paris la pluridisciplinarité qui est une des forces de l’université parisienne sera maintenue.
Le concept de bipôle montre la façon dont la Ville conçoit le travail au niveau de Paris métropole.
Le fait que ParisTech doive s’agrandir et qu’une partie de son implantation doive aller sur le plateau de Saclay ne signifie pas que la totalité de Télécom ParisTech doive déménager de Paris vers Saclay.
Même si, vus de Shanghai, de New York ou de Tokyo, Paris Centre, Saclay et Marne-la-Vallée ne font qu’un, cela ne doit pas empêcher de se concerter entre collectivités avec la Région, avec l’État pour que l’aménagement de ce grand cluster de Paris métropole soit un aménagement intelligent et que l’on ne déshabille pas Paris pour habiller Saclay.
Le projet « Panammes » préfigure assez bien une des missions essentielles de l’Agence parisienne de l’innovation.
La notion d’expérimentation est au coeur du travail de l’Agence parisienne de l’innovation, c’est-à-dire la capacité de concevoir des prototypes, de tester ces prototypes, de faire ce que l’on appelle la preuve du concept.
On a tendance à ne s’intéresser aux jeunes entreprises innovantes qu’à partir du moment où elles ont trois ou quatre ans d’âge, c’est-à-dire à partir du moment où elles ont fait tout ce travail essentiel de démonstration de l’utilité sociale et de l’utilité économique de leur innovation.
En matière de tampon, Paris a fait son devoir : Boucicaut pour Paris VI, Championnet pour Paris V, la rue du Pré pour le H.E.S.S. et l’E.P.H.E.
En ce qui concerne la rénovation de Paris II Assas, la Ville a investi six millions d’euros et les travaux ont déjà commencés.
Paris ne peut pas être conçue comme une simple roue de ce secours de l’État en matière de locaux tampons.
Il lui faut mener et définir une politique universitaire et une politique de recherche territoriale.
L’attractivité numérique d’une ville n’est pas seulement l’accès à des réseaux haut débit, mais c’est aussi une population qui sait s’en servir, inventer de nouveaux usages, qui a une compétence professionnelle dans l’économie numérique.
La lutte contre la fracture numérique est un élément totalement intégré à la politique de l’innovation.
L’orateur donne rendez vous pour parler investissements, crédits de fonctionnement au mois d’octobre, au moment où seront présentés le budget et les différents résultats des appels à projet.

