Accueil » 5. Séance des 5 et 6 juillet 2010, Editos, Interventions 2010

Intervention de Jean-Pierre Caffet relative à l’aménagement des Berges de Seine

6 juillet 2010 Lu 601 fois Imprimer

Jean-Pierre Caffet Mes Chers Collègues,

La délibération que nous examinons ce matin n’est pas seulement la traduction d’un engagement pris par notre majorité en 2008. Par son contenu, elle constitue à l’évidence un enjeu majeur pour Paris, pour son visage, son avenir et pour les pratiques de ceux qui y vivent ou y viennent. Par les perspectives qu’elle ouvre, elle revêt sans doute une importance particulière pour la métropole et, au-delà, pour l’aménagement de la vallée de la Seine jusqu’au Havre. Ce débat stratégique sur la valorisation de la Seine jusqu’à son embouchure a d’ailleurs commencé au début du mois de mai dernier.

Dans le temps qui m’est imparti, je ne reviendrai pas longuement sur les principales caractéristiques de ce projet mais me bornerai à dire qu’il est à la fois ambitieux et réaliste. Ambitieux, parce qu’il permet la reconquête et l’embellissement de l’un des plus beaux sites de Paris inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Réaliste, parce qu’en raison de sa conception, de son dimensionnement et de la judicieuse distinction opérée entre la rive droite et la rive gauche, il ne menace pas les grands équilibres et les principales fonctions urbaines de la Capitale. Ce sont ainsi 7 kms de voirie, aujourd’hui domaine exclusif de l’automobile, sur les 26 des bords de Seine qui vont être rendus aux parisiens et à tous ceux qui fréquentent Paris. Rive droite, l’autoroute actuelle sera transformée en un boulevard parisien moderne pour un meilleur partage de la berge au profit des piétons et des circulations douces. Rive gauche, la reconquête de la rive qui, n’étant utilisée qu’à la moitié de sa capacité n’aura qu’un impact limité sur les itinéraires de report, permettra de consacrer près de 5 hectares à des usages inédits et diversifiés sur un parcours piéton de plus de 2 kms.

Mais au-delà de ce bref rappel, ce que je voudrais souligner, au nom de mon groupe, c’est que, loin des caricatures qui en sont faites par la droite parisienne qui visiblement reste engluée dans une vision de l’aménagement urbain datant des années 60 du siècle dernier, ce projet est un projet global qui se fonde sur les conceptions contemporaines de la fabrication d’une ville durable, de son renouvellement, de la diversité de ses fonctions et des instruments qui les favorisent ainsi que de la nécessaire mixité de ses usagers.

Oui, les aménagements proposés dans cette délibération sont conçus pour créer un nouveau rapport au fleuve en lui redonnant son lustre et en permettant aux parisiens, franciliens et touristes, de se réapproprier les berges de la Seine. Pour autant, nous ne considérons pas que la Seine soit un décor de carte postale comme font mine de le croire les représentants de la droite parisienne. La Seine, c’est un territoire stratégique, la colonne vertébrale d’un véritable éco-système et pas seulement le vecteur de déplacements automobiles grâce à ses berges. Et si ce projet est moderne, c’est parce qu’il combine de nombreuses dimensions urbaines. Pour notre part, nous en voyons quatre parmi les principales :

La première de ces dimensions, c’est évidemment celle d’un nouveau partage de l’espace public et d’un enrichissement de ses usages s’adressant au plus grand nombre qu’ils soient culturels, sportifs ou simplement de promenade.

La deuxième dimension a trait au renforcement du potentiel économique de la Capitale car il est clair que la réalisation de ce projet générera des activités nouvelles. A celles qui concerneront les loisirs, il faut ajouter les activités portuaires et industrielles qui pourront connaître un nouveau développement dans les espaces qui leur sont dédiés par le PLU. Et je n’ai pas le temps hélas d’insister sur l’impact positif quant à l’image internationale de Paris qui ne peut sortir que renforcée d’une telle réalisation tant il est vrai que l’attractivité de la Capitale ne peut se résumer à un temps de parcours en automobile sur les voies sur berges.

Troisième dimension : les transports. Vous en avez parlé, Monsieur le Maire, et je serai donc bref. Mais qui ne voit que ce projet peut être porteur d’un développement significatif des transports fluviaux qui pourraient être maillés avec le réseau de transports existant ? J’ajoute qu’il s’inscrit dans un politique de renforcement considérable des transports collectifs le long de la Seine et dans l’axe est-ouest de la métropole qui permettra une augmentation de capacité de plus de 10 000 passagers à l’heure alors que la reconquête des voies sur berges ne modifie à la baisse les capacités que de 1500 à 2000 passagers par heure. Pour notre part, nous pensons que cette perspective vaut bien celle du grand huit imposée aux collectivités territoriales dans les conditions que l’on sait.

La quatrième et dernière dimension que je ne ferai qu’évoquer et qui mériterait sans doute une réflexion approfondie, c’est celle de fonction de corridor écologique et de biodiversité de la Seine qu’il nous faut intégrer totalement dans les aménagements qui seront soumis à la concertation.

C’est de la prise en compte de l’ensemble de ces dimensions qui contribueront à faire de Paris une ville durable que dépend le succès de ce projet. Avec mon groupe, je ne doute pas qu’elles le soient.

Mais ce projet a semble-t- il un concurrent. C’est celui qui a été annoncé par le groupe UMP. Je dis à dessein « annoncé » et non « présenté », car à part quelques coupures de presse, nous en savons bien peu. Nous en savons pourtant suffisamment pour formuler quelques commentaires :

Certes, ce projet a parait-il été préparé par un collectif d’urbanistes dénommé « bureau autonome d’anticipation urbaine ». Mais force est de reconnaître que la discrétion de ce collectif qui confine à une sorte de clandestinité n’est pas sans susciter quelques interrogations. Certes, ce collectif dispose d’un site internet, récent d’ailleurs puisqu’il a été créé le 19 juin dernier. Mais on y cherchera vainement la trace des propositions de l’UMP dans les quelques croquis sommaires mis en ligne vendredi dernier et sans rapport avec ce que nous avons pu voir dans la presse. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est la philosophie urbaine véhiculée par ce que l’UMP croit pouvoir appeler un contre projet. Cette philosophie est simple et se résume à ce credo : ne pas interrompre le flot de véhicules sur les voies sur berges, bref ne pas diminuer la circulation automobile même sur ce site exceptionnel. Tout le reste en découle. Pour finalement déboucher sur une sorte de cauchemar urbain rive gauche de la Seine. Songez chers collègues que l’UMP y propose de couvrir partiellement la voie sur berge par une sorte de gruyère en béton qui servirait de promenade. Imaginez la promenade sur cette couverture ajourée avec vue imprenable sur les voitures qui défilent quelques mètres en dessous ! Sans parler du bruit et des gaz d’échappement.

Et pour faire bonne mesure, afin de financer cet aménagement, l’UMP propose d’arrimer sur les quais et de les relier directement à la couverture, ce qui laisse supposer qu’ils seraient pérennes, des caissons destinés à l’événementiel et aux activités. Quel événementiel ? Quelles activités ? De luxe évidemment ! Forcément de luxe ! Bref en quelques mots, un projet d’activités de luxe réservées à quelques parisiens privilégiés et desservies par une autoroute urbaine sur laquelle on pourrait se promener en contemplant les véhicules sous ses pieds !

Pour faire bonne mesure également, l’UMP a ajouté à cette proposition une touche écologique : il s’agit de cultures maraîchères et bio sur l’ile aux cygnes dont je rappelle qu’elle est un site de biodiversité reconnu qui a vu réapparaître des espèces végétales et animales qui avaient disparu. En tout état de cause, cette proposition est anecdotique au regard des dimensions de cette ile artificielle. Longue de 850 m, large de 11 m, sa superficie est donc inférieure à un hectare. A moins de supprimer son allée centrale, véritable paradis des promeneurs, les surfaces qui pourraient être consacrées aux cultures bio n’excéderaient pas quelques centaines de mètres carrés. A coup sur, compte tenu, de plus, des conditions d’accès et d’exploitation, le coût de la salade y sera élevé !

Mais, il me faut conclure, chers collègues. Je dirai simplement que la droite parisienne qui, il y a près de dix ans maintenant, était opposée aux couloirs de bus et au tramway des maréchaux n’a pas pris la mesure des enjeux de la construction de la ville durable du 21ème siècle. Ne laissons pas en outre dénaturer les berges de la Seine qui sont au cœur de l’identité de Paris. Tout au contraire, le projet de la municipalité, par son ampleur mais aussi sa souplesse, par les perspectives qu’il ouvre pour notre ville et sans doute pour le cœur de la métropole est particulièrement stimulant. C’est pourquoi, mon groupe lui apportera son soutien enthousiaste.

Je vous remercie.