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Intervention de Jean-Pierre Caffet relative à l’aménagement des voies sur berges

8 février 2012 Imprimer

Chers collègues,

Le refus de François FILLON d’autoriser la reconquête des voies sur berge de la rive gauche est symptomatique des relations qu’entretient ce gouvernement avec les collectivités territoriales, et notamment Paris.

Il est révélateur d’un refus quasi-systématique de voir l’échelon local rester maître de ses décisions.

Il illustre l’incroyable confusion des genres, d’un premier Ministre piétinant les libertés locales au nom de son plan de carrière.

Pour être parfaitement clair, de quoi s’agit-il ?

Notre ambition annoncée dès 2008 est de rendre les voies sur berge à nos concitoyens. Cette décision n’est pas le fruit d’un hasard mais celui de l’histoire.

Érigées depuis 1967 en lieu dédié à la circulation automobile, les berges de Seine – et la population parisienne et parfaitement d’accord avec cet objectif -, les berges de Seine ont vocation à redevenir ce qu’elles ont toujours été : un lieu de vie unique au milieu d’un site unique.

Nous souhaitons simplement replacer cet espace dans sa filiation historique, offrant par là même une zone de détente, d’activité et de culture pour tous.

Ce projet, nous l’avons mené collectivement, le plaçant avec constance sous le signe du partenariat. Partenariat avec la préfecture de police, la préfecture de région ou l’établissement public Ports de Paris. Toutes les discussions ont été menées avec soin, et toutes les remarques des différents acteurs ont été prises en compte, acceptées et traduites dans les faits.

Je ne prendrai qu’un exemple : lorsque la préfecture, dans son avis du 23 juin 2011, recommandait des aménagements supplémentaires pour améliorer le trafic, ceux-ci ont été dûment prévus, notamment par l’installation d’une troisième voie de circulation sur les quais en amont du pont de la Concorde.

Je parlais d’un partenariat constructif, sans doute devrais-je ajouter de bonne foi, car c’est en réalité ce qui nous occupe ce matin.

Le refus de François FILLON n’est en effet pas dicté par la réalité de ce dossier. Il évoque les attentes de la commission d’enquête publique relative à la réversibilité des aménagements et à la nécessité de préserver l’activité portuaire.

Or, toutes ces réserves ont bel et bien été prises en compte.

Il prétend aussi, toujours le Premier ministre, que le projet souffrirait d’un manque d’études concernant le report de circulation alors que celles-ci ont été menées par la Ville de l’été 2010 au printemps 2011, et validées par les services techniques de l’État.

Ce refus participe en réalité d’un mouvement de plus grande ampleur visant à systématiquement affaiblir la collectivité parisienne.

Les transferts non compensés, la réduction des financements à destination du logement ou des politiques sociales sont autant de signes d’une offensive concertée contre les élus parisiens de la majorité, évidemment, mais aussi, sans doute, contre une partie de l’opposition de droite, divisée sur ce sujet comme sur d’autres.

Outre la confusion des rôles dont se rend coupable François FILLON, à la fois chef de gouvernement et candidat aux législatives – mais sur ce point, il est vrai qu’on lui montre l’exemple au plus au sommet de l’État -, ce sont deux conceptions de l’espace urbain et de la légitimité démocratique locale qui nous opposent.

Oui, les grandes villes mondiales ont changé de visage depuis les années 70.

Leurs habitants défendent une vision renouvelée de leur espace et de son occupation, offrant les mêmes opportunités à toutes les activités, loin d’une ville au seul service de ses voies de communication, surtout lorsque moins de la moitié de ses habitants dispose d’un véhicule.

C’est aussi une conception de la souveraineté locale que nous défendons.

Lorsque le Conseil de Paris s’est prononcé par quatre fois sur ce dossier, il n’est pas acceptable, par le biais d’un simple pouvoir hiérarchique au sein d’un établissement public, de balayer l’expression d’une assemblée locale démocratiquement élue.

Si M. FILLON, plus empressé à devenir député qu’à diriger le gouvernement, se soucie tant de Paris et des Parisiens, il doit impérativement intégrer le fait que Paris ne sera plus jamais une préfecture s’administrant à coups d’arrêtés. L’époque où Jacques Chirac qualifiait les maires d’arrondissements de collaborateurs est désormais révolue.

Les Parisiens, que M. FILLON le comprenne ou non, ne souhaitent pas d’une capitale archaïque, et encore moins rester prisonniers d’un conservatisme poussiéreux.

Quoiqu’il en soit, nous nous réjouissons de la détermination de la Municipalité à mener à bien ce projet malgré les obstacles et les manœuvres du Premier Ministre candidat.

Rendez-vous donc au printemps 2013 pour l’inauguration de la rive gauche des voies sur berge !