Accueil » 8. Séance des 19 et 20 octobre 2009, Interventions 2009

Intervention de Jean-Pierre Caffet relative à l’emploi des jeunes

20 octobre 2009 Lu 516 fois Imprimer

Mes cher(e)s collègues,

Je crois que ce débat sur l’emploi des jeunes vient à point nommé. Pas simplement parce que la presse s’en est emparé récemment mais surtout parce que cette rentrée de crise montre les terribles difficultés des jeunes à s’insérer durablement sur le marché du travail, sans parler de la situation des étudiants. Tout le monde a vu le titre du Parisien ce matin. Puisque j’ai évoqué la presse, je souhaiterais m’y arrêter ne serait-ce que brièvement. « Désormais tout le monde en France parle réellement de l’emploi des jeunes ironisent les journalistes du monde entier ». Tel était le titre de l’éditorial d’un hebdomadaire paru la semaine dernière. Il traitait évidemment d’une information capitale : celle du refus de l’Elysée d’entériner la proposition de Matignon consistant à repousser la limite d’âge pour l’exercice de la présidence du plus important établissement public d’aménagement d’Europe qui se trouve situé à La Défense. Dans la presse encore, on pouvait lire que cette mesure présidentielle en faveur des jeunes, je n’ose dire d’un jeune, avait été saluée en ces termes par la présidente du Medef : « je trouve formidable que quelqu’un de jeune puisse avoir l’envie, l’ambition de diriger un établissement public de cette nature » ajoutant sans rire que « cette candidature allait dans le sens du brassage et du renouvellement». Dans la presse toujours, on apprenait la semaine dernière la mésaventure d’un jeune anonyme, prénommé David, diplômé d’une école de commerce qui vient d’intenter une action en justice contre Le Crédit Lyonnais. Il avait effectué pas moins de 14 mois de stage au sein de cette banque, enchaînant ensuite deux périodes d’essai de 3 mois. Mais, malgré des évaluations très positives, en lieu et place du CDI promis, David a été remercié par son employeur. Il demande aujourd’hui devant les prud’hommes la requalification de ses stages en période de travail. Comment comprendre qu’une entreprise qui a réalisé un produit net bancaire de 985 millions d’€ au premier trimestre 2009 – soit la meilleure croissance des banques françaises cotées depuis 5 trimestres – ne puisse mettre en œuvre les préceptes de brassage et de renouvellement chers à Laurence Parisot ? Malheureusement, David n’est pas seul dans ce cas et il existe aujourd’hui des centaines de milliers de jeunes victimes de ces pratiques malthusiennes.

Au-delà de cet exemple, un récent rapport de l’OCDE l’a très bien souligné, le chômage des moins de 25 ans est avant tout un mal structurel dans notre pays. Et la crise économique que nous traversons actuellement ne fait qu’aggraver ce problème endémique. Sur un an à Paris, les inscriptions des 16-25 ans à Pôle Emploi ont progressé de 30%, chiffre sous-estimé car, n’ayant souvent jamais travaillé et donc pas droit à une allocation chômage, de nombreux jeunes ne s’y inscrivent même pas.

Plus grave encore, près de 23% des Parisiens de moins de 20 ans vivent sous le seuil de pauvreté. L’extension du RSA aux 18-25 ans annoncée à la fin du mois dernier par Nicolas Sarkozy ne pourra certainement pas contribuer au règlement de ce problème qu’à la marge. Sans parler du fait qu’il ne s’attaque en rien au problème de l’emploi, ce dispositif ne touchera au final que très peu de jeunes, avec des engagements financiers très faibles au regard des enjeux.

Car le principal enjeu est bien de s’attaquer aux difficultés d’accès au marché du travail qui touche toutes les catégories de jeunes ; que ce soit les étudiants de niveau bac +4, de moins en moins nombreux à trouver un emploi dans les mois qui suivent la fin de leurs études, ou ceux que l’OCDE regroupe sous le nom de « laissés pour compte » – soit les 120 000 à 150 000 jeunes qui quittent chaque année le système scolaire sans diplôme dont le taux de chômage est près de quatre fois plus important que celui des diplômés du supérieur.

Ce constat d’ensemble est accablant mais on ne peut s’y résoudre pour autant !
La politique économique reste globalement du ressort de l’Etat certes, mais les collectivités locales restent toujours en première ligne et sont contraintes de trouver en permanence des marges de manœuvre pour favoriser l’insertion professionnelle des jeunes. Et c’est un combat que mène avec beaucoup de détermination la municipalité parisienne depuis 2001. Je voudrais moi aussi en profiter pour saluer ici le dynamisme et l’inventivité que Christian Sautter a montré sous la mandature précédente et qu’il continue à déployer avec Bruno Julliard.

Il nous semble ainsi que pour mener une politique cohérente pour l’emploi des jeunes, il faut agir principalement dans trois directions : développer des actions ciblées en fonction des besoins de chacun (1), favoriser l’autonomie des jeunes (2) et lutter contre les discriminations (3).

1) Des actions ciblées en fonction des besoins de chacun. La transition entre l’univers scolaire et professionnel représente un moment charnière et ce basculement est très souvent vécu de manière très brutale. Il est donc indispensable d’améliorer l’accompagnement des jeunes dans cette période difficile. C’est pourquoi la Ville de Paris a développé tout un éventail de dispositifs capables de venir en aide aux différents publics. Bel exemple, les forums « Paris pour l’emploi » permettent aux jeunes diplômés de trouver des milliers d’offres d’emplois. La dernière édition qui s’est tenue les 8 et 9 octobre au Champ de Mars a ainsi réuni près de 50 000 personnes ! Je salue aussi les nombreux dispositifs mis en place dans la capitale pour aidér les moins de 25 ans désireux de créer leur propre entreprise. Les jeunes les plus en difficulté, sont également au cœur d’un politique active de formation et d’aide au retour à l’emploi. Mes collègues en parleront d’ailleurs plus loin.

2) Favoriser l’autonomie des jeunes. Quelle que soit leur situation, les jeunes ont tous en commun un réel besoin d’autonomie. La Ville de Paris a donc mis en place plusieurs dispositifs d’aides aux étudiants et aux jeunes travailleurs en développant par exemple les places en Foyers de jeunes travailleurs ou en créant la récente allocation « Paris logement ». Enfin, j’aimerais souligner l’importance de la nouvelle prestation d’accompagnement des doctorants.

3) Lutter contre les discriminations enfin. Toutes les enquêtes le montrent, être jeune est un facteur discriminant dans la recherche d’un emploi. Mais la discrimination à l’embauche touche particulièrement les jeunes « issus de l’immigration ». La municipalité s’est donc engagée sur un certain nombre d’actions concrètes en faveur de l’égalité des chances. A ce titre, un « Forum de la diversité et du premier emploi » se tient ainsi depuis quatre ans avec des résultats extrêmement encourageants. Localement, mentionnons aussi le travail de terrain effectué par l’Association de Prévention du Site de la Villette.

Comme on le voit, les dispositifs sont multiples et malheureusement parfois méconnus par les intéressés. Parce qu’il est aujourd’hui essentiel d’optimiser notre action pour l’emploi des jeunes, le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés a proposé au Maire de Paris la création d’une mission d’information et d’évaluation ayant pour objet l’accès des jeunes Parisiens à un emploi pérenne. Il s’agira ainsi de « mesurer tant l’information dont disposent les intéressés sur le marché du travail que l’efficacité des dispositifs en faveur de l’insertion, mais aussi la façon dont les entreprises s’impliquent pour s’ouvrir aux jeunes en recherche de leur premier emploi ». La création de cette Mission fera l’objet d’une délibération lors du prochain Conseil de Paris.

Mes chers collègues, nous le savons tous, l’urgence est réelle sur ces thématiques. C’est pourquoi j’espère donc que l’ensemble des formations qui composent notre assemblée s’impliqueront dans cette mission avec un esprit d’ouverture et de dialogue à la hauteur de l’enjeu.