Intervention de Jean-Pierre Caffet relative au développement durable
Monsieur le Maire,
Mmes chers collègues,
L’urgence de la crise écologique et sociale n’est plus à démontrer. A quelques jours du sommet crucial pour l’avenir de notre planète qui va se tenir à Copenhague, il n’est pas inutile de rappeler que volonté politique, courage mais aussi pragmatisme sont indispensables pour faire face au défi environnemental. Car la révolution du développement durable, c’est d’abord une rupture. Une rupture avant tout avec une politique archaïque comme celle menée à Paris durant 25 ans, véritable caricature de ce qu’il ne faut plus faire, celle d’une Capitale au bord de l’asphyxie, celle de la logique du « tout-voiture », des autoroutes urbaines, de la pollution et de ses conséquences sur la santé des plus fragiles. Une rupture aussi avec un aménagement du territoire favorisant l’étalement, le déséquilibre urbain, l’absence de mixité sociale, avec, par exemple, des emplois à l’Ouest et des logements à l’Est. C’est pourquoi, la construction d’une métropole durable a constitué une priorité constante de l’action municipale dès 2001. Elle s’est fondée sur un modèle de développement plus solidaire conciliant les 3 piliers indissociables que sont la protection de l’environnement, la justice sociale, et l’efficacité économique. C’est ce modèle qu’il nous faut renforcer en utilisant tous les leviers dont dispose notre collectivité. La communication que vous nous avez adressée, monsieur le maire, montre que telle est bien l’action poursuivie par la municipalité.
Construire la Ville durable suppose de vivre, c’est-à-dire de produire, de consommer, de se déplacer, de construire avec des modes totalement différents d’il y a 20 ans. Reconnaissons que la mise en œuvre de cette perspective n’est pas des plus aisées compte tenu des habitudes que nos sociétés ont contractées. Bien entendu, pour y parvenir, il faut de nouvelles règles, de nouvelles normes, des dispositifs contraignants comme le mentionne cette communication. Mais il faut aussi de la créativité, de l’innovation et des dispositifs incitatifs. Car notre conviction, c’est que pour instaurer un développement véritablement durable, nous devons autant convaincre que contraindre. C’est que la norme pour être crédible donc appliquée doit parfois être assortie d’un accompagnement ou d’une incitation. De ce point de vue, le Plan Climat parisien, véritable moteur de cette mutation profonde, et les nombreuses actions qui l’accompagnent se révèlent particulièrement pertinents.
Dans la perspective du « facteur 4 », la Ville s’est en effet fixé des objectifs très ambitieux de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la consommation énergétique à Paris, bien au-delà des objectifs européens. Pour y parvenir, elle prépare consciemment l’avenir en encourageant l’innovation sous toutes ses formes, en aidant à la mutation du tissu productif de notre métropole et en encourageant de nouveaux modes de consommation. C’est sur cet aspect du développement durable que je voudrais insister ce matin. En anticipant sur ce qu’on appelle maintenant la croissance verte, la Ville de Paris a aidé massivement les entreprises franciliennes des secteurs innovants comme ceux de la réhabilitation thermique de l’habitat ou du développement des énergies renouvelables. Les éco-activités, qui constituent un gisement d’emplois considérables, des emplois d’avenir, durables et non délocalisables dans les filières industrielles et du bâtiment ou encore dans les activités de conseil et d’ingénierie, représentent aujourd’hui plus de 100 000 emplois en Ile-de-France avec un chiffre d’affaires de 17 milliards d’euros soit près de 50% du chiffre d’affaire français dans ce domaine. Je tiens d’ailleurs à citer rapidement quelques exemples de cette politique pour des secteurs comme celui du bâtiment :
Ainsi, afin d’aider les entreprises, notamment par des programmes de formation professionnelle spécifique, à prendre toute leur part à l’accélération du Plan Climat parisien en ce qui concerne l’adaptation des logements privés à la lutte contre le réchauffement climatique, la Ville de Paris a signée dès 2007 une convention avec les fédérations professionnelles du bâtiment favorisant le développement de la filière éco-bâtiment.
De même, si environ 30% des travaux de rénovation de bâtiments de la Ville sont aujourd’hui réalisés par des PME, la municipalité souhaite aller plus loin. C’est pourquoi elle a signé le pacte PME dans le but de favoriser leur accès à la commande publique en particulier sur des thématiques liées au Plan Climat.
Je tiens également à évoquer ce matin le bel exemple de réussite incarné par le succès de Greenext, société incubée au sein de Paris Pionnières, l’incubateur au féminin fortement soutenu par la Ville de Paris depuis 4 ans et qui ne cesse de grandir. Créée il y a 2 ans, cette société a développé une solution innovante en proposant aux industriels et aux distributeurs une méthode de calcul et d’analyse de l’impact carbone grâce à l’élaboration d’une base de données unique comprenant le profil CO2 de 500 000 produits de consommation courante. Elle leur permet ainsi de répondre efficacement et à moindre coût aux obligations règlementaires qui se préparent et contribue à favoriser l’intégration des enjeux environnementaux dans les produits et les services. Ce bel exemple de conciliation entre les enjeux environnementaux et les objectifs économiques démontre bien la nécessité d’une intervention publique forte, à travers notamment des dispositifs d’accompagnement, de financement et d’hébergement des entreprises, mais également à travers des impulsions telles que le Plan Climat et la commande publique.
Mais la Ville de Paris n’est pas seule. Faire le choix de prendre un temps d’avance pour une métropole durable, répondre à l’impératif de changement implique aussi d’instaurer des partenariats nouveaux entre les tous les acteurs. En lien avec la Région Ile-de-France, l’Institut des Métropoles Durables verra bientôt le jour. Il s’agira de constituer un réseau scientifique pluridisciplinaire avec les grandes métropoles du monde, les universités, et les laboratoires de recherche publics et privés. Ce réseau aura pour ambition de devenir un pôle mondial d’excellence de la recherche sur le développement durable, l’innovation et la ville moderne et solidaire, en partant de questionnements concrets, posés par les responsables des grandes métropoles et des entreprises.
La révolution du développement durable implique également des ruptures dans notre rapport aux sources d’énergie. Je soulignerai à ce titre l’initiative du pôle de compétitivité des éco-technologies urbaines et de la ville durable, Advancity, dans lequel Paris s’est engagé avec 25 autres collectivités et qui a déposé auprès de l’Etat une proposition de pôle recherche et développement sur le photovoltaïque en couches minces en Ile de France. Cette technique vise en fait à réduire le coût final du kWh produit par le photovoltaïque en diminuant le coût de la matière première et en mettant en œuvre des coûts de fabrication jusqu’à 3 fois moins cher, dans le souci de rendre plus accessibles les énergies renouvelables qui doivent devenir un vecteur majeur de production locale d’énergie et de créations d’emplois.
L’innovation est encore au rendez vous en matière de mobilité, de déplacements et de développement de transports propres. Je ne reviendrai pas sur les réalisations municipales en cours comme l’extension des pistes cyclables et la poursuite du tramway des maréchaux mais je ne peux pas passer sous silence le projet Autolib qui a sans doute contribué à l’accélération d’une offre de véhicules électriques non polluants.
Mes chers collègues, je crois que cette communication apporte la preuve que Paris, comme d’autres métropoles mondiales, sait apporter des réponses concrètes au défi vital du développement durable et de la lutte contre le réchauffement climatique. Bien sur les engagements passés et ceux à venir annoncés dans ce document nécessiteront des moyens budgétaires et financiers. Il nous faudra les mobiliser c’est-à-dire ne pas suivre l’exemple de l’Etat. Car, alors que le Grenelle de l’environnement devait permettre une accélération des engagements de l’Etat en faveur du développement durable, force est de constater que son budget pour 2010 ne tient pas ses promesses. Pire : ce budget, dont les crédits votés il y a une dizaine de jours représentent une augmentation de moins de 1% par rapport à l’an dernier, supprime 1300 emplois, alors que plusieurs administrations manquent cruellement d’agents ! Au « budget Vert » promis par le 1er Ministre, les français auront en réalité droit à un budget noir. La rupture environnementale tant annoncée par Nicolas Sarkozy n’a donc pas eu lieu. Et en Ile-de-France, le refus persistant de l’Etat de contribuer financièrement à l’effort que nécessitent des projets structurants comme l’extension du tramway des Maréchaux ou le plan de mobilisation régional de 18 milliards pour les transports nous font également plus que douter de ses réelles ambitions en faveur du développement durable. Si l’Etat continue ainsi à ne pas assumer son rôle, tout en persistant à asphyxier ainsi les collectivités locales, c’est toute la politique environnementale de notre pays pour les années à venir qui se retrouvera mise en danger.
Pour conclure, mes chers collègues, je dirais que loin des tenants du productivisme dérégulé, de la décroissance malthusienne ou de l’immobilisme, Paris prend une nouvelle fois un temps d’avance en renouvelant globalement la manière de penser la Ville, et en agissant pour une capitale et une métropole durables. Et c’est bien par notre vision renouvelée de l’action municipale que nous servirons le mieux l’ambition politique de solidarité et de progrès que nous portons pour Paris. Je vous remercie.

