Intervention de Julien Bargeton relative au collectif d’artistes La Forge
La situation est ancienne, complexe, et il faut revenir au sujet de fond, à savoir la transparence des outils de politique culturelle.
En 1991, les artistes sauvent le lieu de la destruction (pour un parking) ; plus tard, la ville acquiert le site par voie de préemption ; enfin, la ville régularise le collectif d’artistes occupant les lieux par une convention d’occupation précaire à loyer très modéré.
Dès lors, toutes les conventions, puis l’appel d’offre lancés par la ville ont eu successivement comme ligne directrice fondamentale de faire de ce lieu un espace pour le déploiement d’une politique publique, dans un quartier défavorisé, classé en politique de la ville et qui manque d’équipement publics et d’animation.
Les actions ouvrant l’activité du site sur le quartier n’ayant pas été jugées satisfaisantes (les artistes occupant leurs ateliers comme des espace privés), la ville a voulu assortir la convention d’occupation d’un marché d’animation : en plus du loyer très modéré, elle apportait donc un budget pour l’animation à destination du quartier.
Les conditions dérogatoires du droit commun (prix des loyers en moyenne de 60% inférieur au parc d’ateliers d’artistes de la ville) justifient en effet des contreparties nécessaires.
Afin que s’exerce enfin des missions de service public sur ce domaine public de la ville, celle-ci a relancé au printemps 2008, un marché public d’animation.
Je résumerai ainsi les deux visions de l’affectation qui devrait être celle de la Forge :
- La ville, propriétaire du site, a depuis toujours considéré que ce quartier avait besoin d’équipement public. Reconnaissant l’intérêt de maintenir la destination artistique depuis sa première occupation du lieu, elle a pour autant toujours cherché à l’ouvrir sur les habitants, pour créer de l’animation.
- Les artistes de la forge de Belleville, physiquement présents dans les lieux, ont dans leur majorité plutôt toujours cherché à en faire des ateliers privatifs, comme il en existe par ailleurs (par exemple, les nouveaux ateliers récemment inaugurés à Planchat Vignoles)
Soucieuce de ne pas laisser une situation de plus en plus conflictuelle se dégrader, reconnaissant l’État de droit, désignant l’association TRACES comme gestionnaire du site, et entendant en même temps l’inquiétude des artistes de la Forge, la mairie du 20ème a proposé et organisé une réunion de médiation le 20 avril que j’ai animée en présence des représentants de toutes les parties concernées.
Cette réunion a débouché sur la rédaction d’un protocole d’accord dont les grands principes avaient étés oralement acceptés par tous les participants, y compris les représentants de la Forge. Ce protocole prévoyait notamment l’engagement de TRACES à recevoir individuellement chaque artiste pour étudier leur situation et leur possible (et même espérée) inscription dans le projet d’animation par une commission mutipartite et transparente.
Le protocole d’accord n’a été ni accepté, ni amendé par les artistes de la forge, aucune contre-proposition n’ayant été effectuée, mais rejeté radicalement par le refus le 22 avril de rendre les clefs des parties communes et donc le refus de reconnaître TRACES comme gestionnaire de la forge.
Concernant la situation des artistes ne souhaitant pas participer à la démarche d’animation voulue par la ville, elle est parfaitement audible et compréhensible. Nous adhérons à l’idée de recevoir individuellement chaque artiste dans cette situation, afin de leur proposer des solutions de lieu de travail adaptée à chacun…
Nous adhérons à cette proposition, en pensant au millier d’artistes demandeurs d’un atelier sur Paris, en proposant une commission ad hoc, chargée de faire respecter l’équité et la transparence dans la gestion du bien public, et qui étudiera chaque cas individuellement au regard des critères habituels pour l’attribution d’un atelier d’artiste de la ville à savoir, car il faut faire attention :
• affiliation à la maison des artistes (régime social des artistes plasticiens)
• occupant leurs ateliers de façon continue et principale
• vivant à titre principal de la vente de leurs œuvres ou de leurs activités d’artistes
• Ne disposant pas déjà d’un atelier ou d’un atelier logement par ailleurs, car tous les cas ne sont pas défendables.
J’espère de tout cœur, comme tout le 20ème, que le marché d’animation pourra se mettre en place au plus vite au service des habitants du bas Belleville, que les artistes de la forge pourront trouver des lieux de travail adaptés à leurs besoins, dans un climat le plus apaisé et coopératif possible. Nous avons porté le combat pour sauver ce lieu dans le passé, et donc nous comprenons cette dimension symbolique forte, cela aussi a fait l’honneur et les victoires de la gauche, mais tout le monde doit comprendre, en responsabilité, qu’il s’agit maintenant de faire de ce site un lieu mixte, à la fois lieu de travail pour les artistes et lieu pédagogique, en exposant le processus créatif aux enfants. Ni expulsion, ni rente de situation, mais l’inscription d’un lieu symbolique dans l’animation culturelle d’un quartier qui en a bien besoin, dans la transparence et la clarté de critères objectifs.

