Intervention de Karen Taïeb relative à l’AP-HP
Monsieur le Président,
Mes chers collègues,
Je voudrais avant tout rendre hommage à celles et ceux qui de jour comme de nuit donnent sans compter pour accueillir, écouter, accompagner, soigner, guérir et sauver des vies
Vous l’avez dit dans votre communication, il était indispensable que le Conseil de Paris se saisisse de cet enjeu vital, et je vous remercie d’avoir, avec notre collègue Jean Marie Leguen, placé l’APHP au centre de nos débats comme nous l’avions demandé avec nombre d’élus ici et notamment les élues républicaines socialistes apparentées au groupe PSRGA alertées par le devenir de la maternité de St Antoine, de la prise en charge de l’IVG à Paris, droit inaliénable des femmes et notamment du devenir du centre IVG à Tenon. Et s’il le faut Mr Roger, nous serons militants !
Car ceux qui dirigent aujourd’hui le paquebot APHP, à commencer par le Ministère de la Santé, ont pour carte de navigation la rentabilité, comme moteur les restructurations et comme carburant la suppression d’emplois.
Oui on demande beaucoup à l’hôpital :
D’abord et avant tout d’offrir une qualité et une égalité des soins pour tous
De proposer une offre de soins la plus moderne possible qui réponde aux progrès de la médecine
D’allier proximité et excellence, c’est la fonction même du Centre hospitalo-universitaire
Alors qu’a-t-on pu entendre au cours de ces auditions, « que l’on va soigner plus cher mais plus vite, autrement dit qu’il y aura moins d’hospitalisation, plus de médicaments et plus d’ambulatoire », et de nous rassurer en affirmant « que les restructurations vont diminuer le nombre de lits mais pas la qualité ».
Mais on a aussi entendu du côté des syndicats, cette infirmière qui nous raconte comment dans les services de gériatrie on a remplacé le personnel qui était chargé de faire uriner les malades par des couches, ce qui amène ces personnes à devenir incontinentes.
C’est un triste exemple mais il a le mérite d’être clair. On ne peut pas remplacer l’humain par une machine ou un produit surtout à l’hôpital.
Il n’est pas question ici de prêcher pour l’immobilisme. Evidemment l’exemple de la transplantation hépatique qui est passée de 3 à 2 centres et par la même de 80 à 200 transplantations par an est un bon exemple de restructuration intelligente.
Mais on assiste aujourd’hui à un véritable emballement avec pour seul objectif la convergence pour 2012. Certains ont qualifié ces restructurations d’autoritaires, j’ai pour ma part utilisé la métaphore du bulldozer.
D’ailleurs, quelles sont les véritables promesses de ces restructurations hormis
la promesse économique ? Qui est capable de le dire aujourd’hui ? Peu de monde.
Les craintes sont légitimes tant du côté des personnels qui vont être ballotés d’un service à un autre, d’un hôpital à un autre,
que du côté des patients qui ont dénoncé les fermetures de service ou les transferts annoncés en dernière minute, avec le sentiment de devenir je cite « des perdus de vue ».
Cette crainte a été légitimement exprimée par les différentes associations de personnes vivant avec le VIH qui ont besoin d’un suivi régulier et d’une prise en charge spécifique.
Devant la vétusté du bâti de l’AP, l’investissement est évidemment urgent mais faut il que l’on ait à choisir entre investissement et personnels. L’exemple des urgences de St Antoine avec ses 20 M€ investis et ses 3 540 m2 dédiés sans augmentation du personnel fait que le personnel est déboussolé, épuisé et une partie de l’espace inoccupé.
Autre exemple : si vous allez sur le site de l’hôpital Rothschild, vous pourrez lire un titre aux allures de publicité mensongère : Le nouvel hôpital Rothschild, bientôt une réalité …! Quand, comment, pour qui ?
Là aussi l’investissement a eu lieu mais aujourd’hui c’est une coquille vide. La nouvelle directrice tente de faire bouger les choses mais à quand cet hôpital de référence promis pour les besoins du grand âge dont on sait qu’ils seront de plus en plus importants puisque passer le cap des 100 ans ne sera bientôt plus rare.
Pour pouvoir ouvrir les lits gériatriques de l’hôpital Rothschild, l’APHP aurait prévu de fermer des lits dans plusieurs établissements.
Faut-il déshabiller Paul pour habiller Pierre, déshabiller la banlieue pour habiller Paris ?
Déshabiller Tenon, St Antoine, pour habiller Trousseau ou l’inverse.
Depuis Juillet, le centre IVG de Tenon est fermé pour une durée indéterminée.
Les trois quart des femmes souhaitant avorter sont actuellement dirigées vers 2 cliniques de communes limitrophes.
Parallèlement à cette situation, il est question de fermer la maternité de St Antoine et son centre IVG alors que 650 IVG y sont réalisées chaque année.
Si le Pr Coriat lors de l’audition m’a assuré que rien n’était entériné de ce côté, le directeur Benoit Leclerc nous a donné une réponse pour le moins imprécise. Ce qui n’a pas calmé mon inquiétude.
Une inquiétude que je partage avec nombre d’élus ici à commencer par Anne Hidalgo et Fatima Lalem, Marinette Bache ou Michèle Blumenthal car la situation est plus que préoccupante.
Même si le plan stratégique ne sera officiel qu’en juin, on sait d’avance qu’il rimera avec transferts de services, regroupement d’hôpitaux, suppressions de lits, de postes, d’emplois et autres plans d’économie…
La restructuration positive ce n’est pas écraser les structures existantes.
Alors faudra-t-il choisir entre architecture et qualité des soins ;
Entre haute technologie et le nombre de soignants auprès des malades
Est-ce la modernité que de créer des usines à bébés et mettre en péril le droit des femmes à disposer de leur corps ;
Est-il si judicieux ou au contraire préjudiciable d’envisager la fermeture de la Maternité de l’hôpital St Antoine de niveau 2 alors que 2500 enfants y naissent chaque année, que les maternités privées alentours ont fermé.
Même question pour le démantèlement du célèbre hôpital parisien pour enfants Armand-Trousseau, pour lequel on a prévu de transférer les spécialités pédiatriques à Necker et Robert-Debré. Et d’expliquer du côté du ministère que « la réfection du vieux bâtiment du XIXe siècle qu’est Trousseau coûterait plus de 100 millions d’euros. »
Pour le Pr Garabédian, « ce sont les malades qui, à terme, paieront le prix de tout cela avec des listes d’attente qui s’allongeront. »
Il est temps de remettre le patient au centre, de s’assurer que les élus locaux garderont une place de premier plan dans le nouveau conseil de surveillance des hôpitaux de Paris et d’interpeller l’Etat afin que la logique comptable qui contamine l’hôpital aujourd’hui fasse place à une logique de l’humain.
Et enfin avant d’appuyer sur STARTT, acronyme du regroupement St Antoine-Rothschild-Trousseau-Tenon qui on l’a suffisamment dit, pose particulièrement problème, appelons à la réflexion, à la concertation, et au maintien d’un hôpital public digne de ce nom.
Je vous remercie

