Intervention de Karen Taïeb relative aux centres de planification et d’éducation familiale
Mr le Président,
Mes chers collègues,
Ce lundi 5 juillet, nous nous dirons qu’il n’y a pas que le 8 mars qui soit consacré à la femme et à ses droits acquis à la force de courage, d’intelligence et de militantisme.
Oui mais, 35 ans après la loi révolutionnaire de Madame Simone Veil, de nombreuses femmes continuent à se heurter à de nombreux obstacles pour recourir à l’avortement.
Les délais d’attente sont encore trop longs, souvent de 3 à 4 semaines, les médecins acceptant de pratiquer les IVG sont trop peu nombreux et des centres d’IVG à Paris sont menacés de fermeture.
On l’a dit et dénoncé dans cet hémicycle, la loi HPST et ses restructurations à la « budozzer » ont pour corolaire des projets de fermeture ; Nous sommes inquiets de l’éventualité de la fermeture de la maternité de l’hôpital St Antoine et de son centre d’IVG que nous avons visité avec Anne Hidalgo et Michèle Blumenthal et qui assure plus de 650 IVG par an avec un savoir faire, une écoute, une prise en charge digne de ce nom.
A la question où iront ces femmes, la réponse de la direction de l’APHP reste dans un flou artistique et est indigne de la loi Veil.
On a déjà fermé les centres IVG des hôpitaux Broussais dans le 14 ème, Jean Rostand à Ivry-sur-Seine et Tenon dans le 20ème. Ces trois hôpitaux réalisaient pourtant 2800 IVG par an. Soit un quart des avortements en Ile-de-France.
Se faire avorter à Paris va ainsi devenir de plus en plus un parcours du combattant. Désormais, il faudra attendre trois semaines au lieu de neuf jours en moyenne pour se faire avorter à Paris.
Quant au privé, de nombreuses structures ont fermé des lits réservés à l’IVG, parce que l’acte est considéré comme non rentable
Politique économique de regroupement des hôpitaux, manque de rentabilité pour le privé, le nombre de sites parisiens pratiquant l’avortement ont ainsi accusé une diminution importante depuis une dizaine années.
Les premières à être pénalisées sont les jeunes filles et les femmes les plus vulnérables.
Face à ces obstacles de taille, notre collègue Fatima Lalem qui connaît parfaitement la question de l’IVG à Paris met toute son énergie pour redonner à la femme tout simplement ses droits. Et je veux ici la remercier.
A Paris, sur près de 14 000 IVG pratiquées par an, 30% le sont par voie médicamenteuse, et 70% par voie instrumentale.
La première peut se réaliser jusqu’à 8 semaines d’aménorrhée, la seconde jusqu’à 12 semaines ; L’IVG médicamenteuse coûte 257,91 euros, prestation gratuite pour les mineurs et les non-assurés sociaux, elle est prise en charge par la Sécurité Sociale et le système du tiers-payant pour les autres. L’IVG chirurgicale coûte 383,32 euros avec anesthésie, 306,14 euros sans.
Pour permettre aux femmes de choisir l’IVG médicamenteuse, il faut non seulement qu’elles soient informées, qu’elles soient dirigées vers des centres, mais aussi qu’elles obtiennent un rendez vous en temps et en heure. Car après l’heure, c’est trop tard !
Les femmes doivent pouvoir avoir le choix entre le médicament et l’instrument, entre leur domicile et l’univers hospitalier.
Aujourd’hui, ce sont 23 centres parisiens qui proposent l’IVG médicamenteuse.
Et le département de Paris continue de développer son offre en la matière, notamment avec ce projet de délibération, qui nous invite à signer trois conventions et à fixer pour 2010 les dotations des centres de planification et d’éducation familiale.
Soit 566.582 € pour
- le Mouvement Français pour le Planning Familial (2e)
- le Mouvement Français pour le Planning Familial (13e)
- l’œuvre de Secours aux Enfants
- la Mutuelle Générale de l’Enseignement National (15°)
- la Fondation OEuvre de la Croix Saint Simon (20°)
et l’Institut Alfred Fournier 53.115 € (14°)
En conclusion, je souhaite redire notre inquiétude devant une situation où le hasard n’a pas sa place, où chaque heure compte, où la notion d’écoute compte autant que l’acte lui-même, où le stress de l’attente du rendez-vous s’ajoute à l’appréhension, voire à la détresse liée aux situations de grande précarité.
Au-delà même de l’IVG médicamenteuse ou chirurgicale, il s’agit d’écouter, d’informer et d’accompagner ces femmes souvent dans une situation de grande fragilité avant, pendant et après.
Ce véritable maillage du territoire parisien va ainsi permettre une plus grande proximité que défend avec ardeur Fatima Lalem.
Proximité, un mot qui, hélas, se perd, de plus en plus, dans les méandres de ces nouvelles politiques de santé qui riment avec rentabilité.
Je vous remercie

