Accueil » 1. Séance des 2 et 3 février 2009

Intervention de Léa Filoche relative à l’extension du tramway T3

3 février 2009 Lu 746 fois Imprimer

C’est avec enthousiasme que le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés accueille ce projet de délibération relatif à l’extension du tramway T3. La 1ère et principale raison pour les élus parisiens que nous sommes, est le succès considérable rencontré par le 1er tronçon du tramway T3 mis en place en 2006 entre la Porte d’Ivry et le pont de Garigliano qui illustre à quel point ce tramway répond à une attente forte des Parisiens et des franciliens. Ce succès est patent : 25 millions de voyageurs en un an et plus de 100 000 voyageurs chaque jour, soit deux fois plus que l’ancien bus PC, dont plus de la moitié ont pour origine ou destination la banlieue.

Ce succès découle d’un triste constat fait dès 2001 par la nouvelle majorité municipale: celui de la gravité de la situation des transports en commun en Ile-de-France. Le réseau connaît une saturation dramatique et un retard d’investissement important. Le tramway des Maréchaux Sud symbolise d’ailleurs la politique de déplacements volontariste menée par la municipalité parisienne dès 2001 qui a démontré son efficience pour améliorer cette situation. L’extension du Tramway des Maréchaux vers l’Est et le Nord de Paris s’avère aujourd’hui d’autant plus urgente que le retard et le désengagement financier de certains acteurs est tel que la fréquentation de certaines lignes de métro et RER augmente inexorablement et la mobilisation de milliers d’usagers, d’élus et d’associations s’intensifie.

Progressistes, nous sommes convaincus qu’il n’y a pas de progrès durables, sans solidarité entre les hommes et entre les territoires. C’est pourquoi l’extension du Tramway des Maréchaux vers l’Est et le Nord de la capitale est pour nous un engagement majeur pour cette nouvelle mandature. Ce tramway jusqu’à la Porte de la Chapelle, qui s’inscrit dans un démarche de requalification urbaine, desservira 5 arrondissements et 11 communes limitrophes et son tracé permettra la correspondance avec 11 lignes de métro, les RER C et E ainsi que le tram’y, des lignes Mobilien, des lignes de bus parisiennes et de bus de banlieue soit 39 lignes de bus au total , atténuant ainsi la coupure entre Paris et les communes limitrophes et facilitant les déplacements des habitants de ces communes et donc les trajets en rocade pour lesquels les besoins sont urgents. Les infrastructures de transports sont une condition nécessaire au développement des territoires, au désenclavement des quartiers et constituent un véritable vecteur de développement économique pour la région. L’attractivité d’un territoire se mesure, à l’échelle internationale, à ses infrastructures, et notamment à celles relatives au transport. Un tramway étendu, c’est aussi la garantie pour des milliers d’entreprises que leurs salariés pourront se rendre sur leur lieu de travail sans souci et que les routes seront désengorgées pour que leurs livraisons arrivent à temps.

De plus, ce projet s’inscrit totalement dans la politique que nous menons face au défi environnemental. Paris, comme d’autres métropoles mondiales, a su rompre avec la logique archaïque du « tout voiture » qui était la norme dans la capitale jusqu’en 2001 et modifier durablement les habitudes de ses habitants et des franciliens qui y transitent chaque jour. La diversité des offres de transport est pour la majorité parisienne la clé de la liberté des parisiens et des franciliens, conjuguant reconquête de l’espace et du temps. Cette politique a déjà permis d’obtenir des résultats concrets que nous avons déjà évoqués ici allant de la réduction de 32% la pollution de proximité – répondant ainsi à un véritable enjeu de santé publique – à la diminution de 20% de la circulation automobile.

Les limites du nouveau projet dépendent aujourd’hui de la volonté des différents acteurs. On ne peut donc à cet égard que regretter le brutal désengagement de l’Etat qui, après avoir financé 16% du premier tronçon du tramway, se désolidarise totalement du projet d’extension de ce tramway. Nous sommes loin des belles paroles prononcées lors du Grenelle de l’environnement ! Le gouvernement a tout simplement exclu du grenelle de l’environnement les aides financières pour les transports collectifs en Ile-de-France, territoire qui, avec ses 11,5 millions d’habitants, fait face à la plus grande urgence. Et j’ajoute que 65 % des voyageurs en transports collectifs sont en Ile-de-France. Et cela s’ajoute au fait que l’Etat a diminué de 48% ses budgets consacrés aux transports en Ile-de-France depuis 2002. L’extension du T3 jusqu’à la Porte de la Chapelle, projet structurant des 5 ou 10 prochaines années en matière de transport en commun en Ile-de-France, est donc entièrement assurée par la Ville de Paris et la Région Ile-de-France.

Ce choix de l’Etat condamne de facto la possibilité d’étendre le tramway des Maréchaux jusqu’à la Porte d’Asnières d’une part, et la place de la Nation d’autre part. Il empêche de soulager certaines lignes de métros et de RER surchargées, notamment la ligne 13 qui fait face à la plus grande urgence. En effet, l’extension à la Porte d’Asnières serait de nature à soulager la ligne 13 du métro grâce à une correspondance à la Porte de Clichy et offrirait de surcroît une correspondance très utile avec la ligne 4. Le temps est au passage à l’acte. Elue socialiste de la Ville de Paris, je refuse une société qui laisserait les hommes et femmes et les territoires les plus fragiles seuls avec eux-mêmes. La réalisation de cette extension s’avère plus qu’urgente, en lien avec les grands projets de renouvellement urbain du Nord parisien, des villes de Clichy et de Saint Ouen. L’extension à la Porte d’Asnières permettrait d’améliorer la desserte de quartiers denses et actuellement mal reliés aux transports collectifs lourds. Qu’en est-il au stade de l’avant-projet de cette demande au regard de la lecture sectaire et partiale de ce dossier par l’Etat ?

Que dire aussi de l’attitude du Premier Ministre qui, alerté à plusieurs reprises par le Maire de Paris sur cette question du tramway et plus largement sur l’amélioration des infrastructures de transports sur ce territoire, a lui aussi fait le choix de l’immobilisme ?

Les collectivités locales ne peuvent pallier en permanence au désengagement de l’Etat. La mise en oeuvre d’une solution pérenne et propre pour les transports à Paris et en Ile-de-France suppose que l’Etat engage des moyens importants. Asphyxié par le gaspillage des 15 milliards d’euros du paquet fiscal, l’Etat s’est coupé lui-même de toute marge de manœuvre. Alourdir les compétences des collectivités locales tout en asséchant leurs ressources, pour pouvoir les accuser ensuite de tous les maux n’est pas une méthode responsable. Asphyxier financièrement nos collectivités, c’est surtout sanctionner ceux qui ont le plus besoin des actions que nous engageons notamment pour les transports. Le désengagement de l’Etat face à ces urgences risque de rendre la situation encore plus dramatique. L’Île-de-France a un besoin crucial de transports en commun modernes, efficaces et dignes de ce nom. En refusant d’investir, en plus de compliquer les choses pour les collectivités, l’Etat pousse les Franciliens à recourir à l’utilisation de la voiture.

Paris est une ville solidaire qui fait de l’amélioration de la desserte des territoires confrontés à des difficultés urbaines et sociales une priorité. Elue parisienne, je ne peux qu’engager l’Etat à investir dans le prolongement rapide du tramway des Maréchaux jusqu’à la Porte d’Asnières. Dans le cas contraire, il porterait la lourde responsabilité d’avoir favorisé la saturation des transports parisiens et donc foulé au pied ses engagements en faveur du défi environnemental et social.

Face à l’enjeu de la mobilité, notre groupe refuse l’immobilisme ! Et fait donc le choix de mettre le tramway des Maréchaux Nord sur les rails.