Intervention de Mao Peninou relative au budget spécial primitif de la Préfecture de Police
Monsieur le Maire,
Monsieur le Préfet,
Cher(e)s collègues,
La participation de la Ville et du Département de Paris au fonctionnement de la Brigade des sapeurs Pompiers de Paris pour 2009 s’élèvera 79,243 d’euro, ce qui représente une hausse de 1,070 millions. Elle restera ainsi la première contributrice à ce budget, devant l’Etat.
Ce budget comprend notamment la continuité du renforcement du dispositif de lutte contre les risques nucléaires, radio biologiques, bactériologiques et chimiques et un certain nombre de mesures en faveurs du personnel.
Il comprend aussi la réfection du PCC Port-Royal, la restructuration de Montmartre, les ravalements de Champerret et Bitche. J’insisterai surtout sur la mise sécurité et la modernisation de Masséna, gigantesque chantier de 45 millions d’Euros commencé en juillet dernier. Ainsi le budget 2009 ce sont 121 :565 m² qui seront en chantier, contre 104 :522 en 2008.
Ce service indispensable aux parisiens nous coûte peu cher puisque son coût de fonctionnement par habitant s’élève à 44 euros contre 74 euros dans les grandes villes.
Le premier plan de modernisation, qui avait été adopté en 2002 vient de s’achever sur un résultat positif, notamment en ce qui concerne le logement du personnel où l’ensemble des objectifs ont été atteints et la réduction du temps de travail, de près de 15%, ce qui a conduit à une baisse de 50% des départs précoces et une augmentation de 16 points du taux de renouvellement des contrats. Le bilan est plus mitigé sur le plan matériel, véritablement plombé par la hausse très forte des coûts matériels lié à la fois à l’inflation des normes et au manque de concurrence parmi les fournisseurs. La préparation d’un nouveau plan semble donc indispensable.
Mais je souhaitais profiter de ce débat budgétaire pour vous parler de ce que l’on a pris l’habitude d’appeler la « crise des secours ».
Cette crise des secours, mes chers collègues, se résume en quelques chiffres frappants : entre 1895 et 2002 on était passé de 47.000 de mission de secours par an à 280.000 en 2003, puis nouvelle hausse de plus de 10% ces trois dernières années. Les conséquences sont qu’en 2007 41% des centres de secours étaient en « surchauffe », c’est-à-dire plus en capacité de répondre à une éventuelle urgence.
Laisser s’installer cette crise conduirait à compromettre sérieusement les capacités d’intervention de la BSPP en cas d’urgence, et donc la sécurité des parisiens.
C’est le sens de la campagne lancée par la Ville et la Préfecture pour responsabiliser les citoyens, les appeler au civisme concernant les numéros de secours. En effet un certain nombre d’interventions relèvent purement et simplement de l’abus. Cet appel au civisme, nécessaire, a rencontré un certain écho amenant une légère baisse des interventions en fin d’année 2008. Il faut continuer dans cette direction, mais cela restera insuffisant.
De son coté la BSPP a mis en place de nouveau protocole de tri des appels.
Mais ces éléments resteront insuffisants si l’on ne s’attaque pas aux causes de fonds de la crise des secours. En effet celle-ci s’apparente fortement à celle que rencontre les urgences hospitalières : elles sont victimes à la fois de la disparition progressive de la médecine de proximité et de son renchérissement et de la crise sociale réduisant les ressources de nos concitoyens.
Les secours, qu’ils s’agissent de la BSPP ou de police secours, sont les seuls à se déplacer gratuitement à domicile et nombre d’entre nous préfèrent les appeler que payer, cher, SOS médecin.
De ce point de vue il me semble indispensable de réfléchir et de mettre en place rapidement un plan de remaillage du territoire parisien par une médecine de proximité, affilié au secteur 1, et se déplaçant au domicile des patients.
Le service est aussi débordé par le creusement de la crise sociale. Notamment les interventions concernant les « habitants de la rue », aussi appelés, SDF, en forte croissance (11 564 à Paris en 2007) et avec une part sans doute trop faible des opérateurs spécialisés. De ce point de vue le plan présenté hier par Olga Trostiansky visant à renforcer à la fois l’hébergement et les maraudes est extrêmement important. Mais là aussi il nous faudra sans doute réfléchir plus avant, notamment sur un meilleur fonctionnement du 112.
Voici donc, mes chers collègues, les défis importants auxquels est confronté la brigades des sapeurs Pompiers de Paris. Ces défis nécessitent des choix importants qui ne sont pas neutre sur la société que nous préparons. Les services de secours, tout comme les services d’urgence, avant d’être la réponse à l’exceptionnel pour la majorité d’entre nous, sont le quotidiens, trop souvent même les seul quotidien possible pour les plus démunis.
La solution, avancée par certain, consistant à réduire la demande par la pénalisation financière des « abus » est la préparation d’une entrée dans les urgences et les secours à deux vitesse. C’est inacceptable. Ce qu’il faut aujourd’hui c’est reconstruire les services publics de santé et de secours, gratuit et accessible à tous, et non sanctionner financièrement ce qui est souvent de la détresse sociale et de l’exclusion.

