Intervention de Michèle Blumenthal relative à la rentrée scolaire
Monsieur le Maire, en janvier 2002, vous disiez que la place et le rôle qu’une société accorde à l’enfant renvoient à un choix culturel et philosophique. Cet enjeu de civilisation a trop longtemps consisté à gérer la pénurie. C’est donc une action d’ensemble qu’il convient de repenser.
Cette préoccupation est toujours au cœur de votre action municipale et de la nôtre.
Septembre est pour tous les enfants et les adolescents le mois de la rentrée.
Rentrée à l’école, au collège, certes, mais aussi rentrée à la crèche, inscription à de nouvelles activités. En septembre, tout doit être prêt ; une rentrée se prépare presque un an à l’avance.
Dans l’accueil des enfants et des adolescents, deux éléments interviennent : l’équipe éducative et l’environnement matériel.
Depuis plusieurs années, on constate un désengagement progressif de l’Etat, se traduisant par des suppressions massives de postes (par exemple, diminution du nombre de remplacements, suppression progressive des R.A.S.E.D.), ceci tout en réclamant une participation toujours plus importante des collectivités territoriales. La loi cadre visant au financement par la commune de la scolarisation des enfants dans les écoles privées hors de celle-ci est la dernière en date des attaques contre l’enseignement public.
En effet, adoptée, elle équivaut à favoriser l’évitement scolaire, car le Maire ne peut refuser le départ d’un enfant vers l’enseignement privé hors commune, et à favoriser, à financer ainsi à parité les deux écoles.
Dans un contexte de crise touchant de plein fouet nombre de nos concitoyens, la Ville réaffirme son engagement auprès des familles pour l’accueil des enfants dans des établissements bien entretenus et équipés. Améliorer la sécurité, le confort des établissements, les moderniser font partie des priorités de la municipalité. Dans le 12e, 22 opérations inscrites dans la programmation d’arrondissement, 17 opérations sur crédits d’urgence, ravalement, 39 opérations réalisées cet été pour un montant dépassant les deux millions d’euros.
Je profite de cette occasion pour remercier la circonscription des affaires scolaires et la section locale d’architecture du 12e, qui comme tous les ans ont réussi à faire aboutir ces travaux et anticiper les ouvertures de classes en préparant des locaux.
Alors que la répartition des classes se fait à la fin de l’année scolaire, je ne peux que regretter que les ouvertures de classes ne soient annoncées qu’à la rentrée, ce qui met en difficulté bon nombre de personnes, équipes éducatives, parents, municipalités responsables de la mise à disposition des moyens matériels. Il serait bien plus pertinent, comme le demandent les représentants de la majorité municipale et la F.C.P.E. à chaque Conseil départemental de l’Education nationale, qu’une séance ait lieu dès juin pour confirmer les premières annonces concernant les mesures de cartes scolaires, afin que les ouvertures soient décidées plus tôt. Car hélas, c’est cette incertitude de juin qui fait que les parents choisissent l’enseignement privé pour être certains de l’accueil de leurs enfants.
Dans le 12e comme dans d’autres arrondissements de l’est parisien, le nombre d’enfants scolarisés augmente, plus de 142 depuis 2008 et pour terminer sur ces aspects, si nous sommes heureux d’obtenir une ouverture de classe, nous constatons que cela reste insuffisant, que la situation devient préoccupante dans certains secteurs. Les remplacements ne pourront plus être satisfaits, la continuité pédagogique non assurée, le droit à l’école ne peut pas se résumer au droit à l’accueil. Par conséquent, on constate aussi que l’on n’avance pas sur l’accueil des enfants de moins de 3 ans.
En revanche, des innovations que nous avons initiées parfois dans le 12e ont été généralisées, et montrent bien que les familles ont besoin de transversalité, je pense au R.I.F., le relais informations familles, qui étend de plus en plus son champ d’intervention, permettant ainsi d’offrir un guichet unique à tous ceux qui cherchent un accueil en structure collective (crèche, multi accueil) inscrivant leurs enfants à l’école où souhaitant leur faire pratiquer une activité hors temps scolaire.
Je pense aussi aux passerelles entre crèches et écoles maternelles, permettant aux très jeunes enfants, par l’intermédiaire des centres de loisirs, de se familiariser dès les vacances de printemps avec l’école.
D’autres innovations sont destinées à faciliter la gestion des paiements des activités des enfants par la mise en place de la facture unique et la diversification des modes de paiement.
Une société digne de ce nom se doit d’accueillir tous les enfants et si dans nos centres de loisirs cela se fait depuis quelques années, par exemple comme au centre de loisirs de l’école Gerty Archimède dans le 12e, où sont ensemble les enfants porteurs de handicap et les enfants valides, j’ai le regret de constater que cela est plus difficile dans le cadre des classes proprement dites, puisque l’Etat tarde parfois à donner les A.V.S. et E.V.S. nécessaires.
Dans le second degré, l’assouplissement de la carte scolaire voulu par le Gouvernement a suscité des inquiétudes. Les effets se font sentir cette année sur la rentrée des classes car les établissements considérés comme moins attractifs subissent une baisse des effectifs et sont confrontés à une baisse de moyens. Début septembre, les parents dont les enfants sont scolarisés au collège Paul Verlaine ont appris la fermeture d’une deuxième sixième en raison d’une baisse d’effectifs. La conséquence : une perte de 28 heures de dotation horaire globale, la modification des emplois du temps, le manque de professeurs dans certaines disciplines, or implanté sur deux sites séparés d’un quart d’heure, le collège Paul Verlaine perd de plus en plus les heures nécessaires au bon développement de ce qui renforce, ce , qui renforce la perte de ses effectifs.
Pour maintenir une attractivité sur les collèges publics, le rééquilibrage des secteurs de recrutement doit se faire combiné à l’augmentation de l’offre des options et une aide accrue de l’Education nationale.
Le département de Paris a mis en place des dispositifs d’accompagnement à la scolarité : réussite éducative, actions collégiens qui touchent les établissements classés en politique de la ville, mais qui devraient s’étendre à certains collèges qui sont à la limite de ces quartiers.
En créant deux centres innovants pour lutter contre le décrochage scolaire dans les 13e et 18e arrondissements, afin de créer des espaces accueillant les élèves exclus temporairement de leur établissement, la Ville va au-delà de ses compétences.
Dans le 12e, en signant le contrat local de sécurité, nous avons souhaité replacer au centre des priorités la question de l’absentéisme et la déscolarisation qui peuvent favoriser le rapprochement avec d’autres jeunes.
D’ici 2009, nous lancerons un dispositif coordonné entre les acteurs concernés : mairie, chefs d’établissement, pôle protection des familles, mission de prévention, le parquet mineurs, la cellule de recueil des informations préoccupantes de la DASES, les services sociaux, la DASCO, les clubs de prévention et les centres sociaux.
Cette coordination sera amenée à se réunir tous les deux mois et à échanger sur des situations signalées.
Nous souhaitons mettre en commun tous les moyens pour éviter le décrochage scolaire avant même qu’il ne rentre dans le cadre de l’absentéisme, soit quatre demi-journées par mois selon l’académie.
Dans un premier temps, nous ciblons la classe de sixième, car c’est souvent à ce niveau scolaire que l’on voit apparaître les premiers signes de décrochage. De même qu’en Afrique, on dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant, nous portons une responsabilité collective dans l’éducation et l’épanouissement des générations futures, chacun doit y apporter sa contribution. Préparer le citoyen de demain ne peut se résumer à dispenser une instruction, c’est pourquoi la Ville multiplie les offres sportives, culturelles, favorisant les activités de tous sans que l’absence de moyens financiers soit un facteur d’exclusion.
Cette diversité de l’offre de loisirs, d’accompagnement traduit en actes notre conception du vivre ensemble.

