Intervention de Odette Christienne relative à l’Association d’éducation populaire Notre Dame des Champs et l’Association parisienne de lutte contre l’illettrisme
Les deux projets de délibération proposés par Olga Trostiansky, au nom de la 6ème commission, concernent l’une et l’autre des actions visant à favoriser l’insertion professionnelle, sociale, culturelle des personnes que ces deux associations soutiennent afin de permettre leur intégration.
Le projet DASES 308G concerne l’Association d’éducation populaire Notre-Dame des Champs, sise dans le 14ème arrondissement.
Le 14ème arrondissement se caractérise par une belle mixité sociale et un sens développé de la solidarité au sein de sa population, comme en témoignent un nombre particulier et diversifié d’associations actives.
Certes, l’Association Notre-Dame des Champs anime différentes actions de solidarité et l’aspect caritatif, aides matérielles et colis alimentaires, hélas nécessaire, en fait partie. Mais elle conduit aussi des opérations que nous apprécions particulièrement dans la mesure où, s’adressant à un public diversifié, elle propose des formations ciblées qui permettent, par l’effort personnel consenti, d’atteindre à l’indépendance, à la liberté d’action et, dans l’estime de soi augmentée, au plein exercice de la citoyenneté.
Tel est l’objectif proposé aujourd’hui : poursuivre en 2010 l’action de formation linguistique extensive -tous niveaux- pour 300 personnes majoritairement scolarisées dans leur pays d’origine.
Sans doute cette action présente-t-elle des caractéristiques atypiques. Elle touche, au-delà de résidents parisiens, certains habitants de banlieue. Cela dit, le public concerné est essentiellement de l’ouest parisien, et est constitué par une majorité d’hommes. Les populations en question viennent de l’Union européenne et d‘Amérique latine, avec un niveau d’instruction de premier cycle de second degré au moins. Cela conduit d’ailleurs à se poser des questions sur la francophonie.
Cette « demande » nouvelle n’exclut pas les autres aides indispensables aux populations, tel que le soutien aux mères au foyer d’origine africaine, asiatique ou du sous-continent indien qui gagnent ainsi en autonomie, mais s’ajoute aux actions déjà entreprises. Ces approches diversifiées nous paraissent pertinentes.
Le deuxième projet, de l’Association parisienne de lutte contre l’illettrisme, dans le 18ème arrondissement, procède d’une approche un peu différente dans la mesure où elle se fonde sur les acquis de la sociolinguistique pour avoir une action aussi efficace que possible.
En effet, comme nous l’a montré cette branche de la sociologie depuis maintenant une trentaine d’années, la maîtrise de la langue est un facteur essentiel de classement des agents sociaux. Ainsi Bernstein a montré qu’il existait un « code restreint » et un « code élargi », ce dernier assurant une prééminence à ceux qui le maîtrisait. De même, William Labov a étudié le « sociolecte » des noirs new-yorkais dont les spécificités langagières les stigmatisaient aux yeux des autres habitants de la ville. Dans le même ordre d’idées, les effets de ségrégation des migrants sont accentués par l’absence de maîtrise des codes culturels de la société d’accueil. La 1ère chose à faire est, par conséquent, de les aider à maîtriser notre langue et la culture dans laquelle elle est insérée.
Or, l’association parisienne de lutte contre l’illettrisme fait fonds sur tous ces acquis. Qu’on en juge. Elle développe son action en ayant recours à la mise en situation grâce à l’étude de documents authentiques, de l’administration notamment, à l’utilisation des musées, des bibliothèques et des sites historiques pour capter l’attention sur des objets afin de susciter des questionnements permettant de fixer profondément de nombreuses notions linguistiques mais également culturelles. Ainsi, elle développe une méthode basée sur la mise en situation culturelle, seule à même de faire intuitivement comprendre et assimiler la logique sociale de notre langue, tout en déjouant l’effet d’intimidation que peut avoir le « discours d’importance », c’est-à-dire la langue et le savoir le plus châtiés.
L’organisation pédagogique est également judicieuse puisqu’elle consiste à constituer trois groupes homogènes avec des horaires adaptés.
Preuve de l’efficacité de ce dispositif, 30% des personnes concernées retrouvent un emploi dans l’année.
C’est pourquoi le projet de subvention à cette association nous parait également particulièrement justifié.
En d’autres termes, qu’il me parait nécessaire que nous votions ces deux projets de délibération en soutien à ces associations.

