Accueil » 3. Séance des 10 et 11 mai 2010, Interventions 2010

Intervention de Odette Christienne relative aux cinémas art et essai

11 mai 2010 Lu 452 fois Imprimer

« On veut nous obliger à ne nous intéresser qu’à des choses rentables, qui amélioreront la compétitivité française mais ce n’est pas comme cela qu’on fait évoluer une société ». Telle fut la réponse de Sophie Rabau, maître de conférence à Paris III, à la consigne présidentielle qui enjoignait « d’exiger de chaque structure subventionnée qu’elle rende compte de la popularité de ses interventions avec des obligations de résultats ».
Le cinéma d’art et d’essai semble bien étranger à cette vision du monde. Comment, en effet, évaluer le rayonnement culturel de ce secteur ?
Citons pour rêver des films ayant trait à Paris, que l’on ne peut voir que dans certains cinémas et qui sont bien souvent des chefs d’œuvre: Hôtel du nord, Les Enfants du paradis, Les Quatre cents coups, A bout de souffle ou plus près de nous Les Amants du pont-neuf ou Paris, je t’aime, tous conservés au Forum des images qui a été récemment superbement rénové.
Malheureusement, le cinéma de création traverse une période difficile du fait de l’hégémonie de la production américaine actuelle et aussi du manque de rentabilité de la diffusion des œuvres les plus anciennes ou réputées les plus difficiles. Comme si l’effort intellectuel ou de réflexion devait être banni de notre vie.
Alors je suis ravie que l’adjoint à la culture, mais qui en aurait douté, donne toute sa place au cinéma, en particulier au cinéma d’art et d’essai, et nous propose de le soutenir.
Il faut, en effet, que l’on se pose encore des questions sur le rôle du cinéma comme le suggère Stanley Cavell, professeur émérite à l’université d’Harvard (« une personne dont l’éducation aura été autant façonnée par la fréquentation des cinémas que par la lecture et qui aime à exercer le métier qui consiste à réfléchir à la philosophie »). « Comment le cinéma peut-il contribuer à l’éducation et à l’intelligence d’une culture, ou disons à la compréhension qu’une culture a d’elle-même ? ». Cette question à elle seule est un programme.
C’est pourquoi nous savons que le label « cinémas d’art & d’essai » qui existe depuis 1991 est particulièrement important. Il est décerné aux salles qui projettent des films de recherche, des classiques, ainsi que des films manquant d’audience ou provenant de pays dont la production est peu représentée en France et regroupe trois catégories : jeune public, répertoire et recherche & découverte.
Le CNC (Centre national du cinéma) a évidemment un rôle essentiel à jouer dans cette politique, mais à côté de l’Etat, la ville de Paris, capitale politique mais aussi culturelle, se doit également de soutenir ce secteur afin que soient diffusés des films indépendamment des lois du marché. C’est ainsi que l’on pourra contribuer à faire vivre la mémoire du 7ème art qui a maintenant plus d’un siècle d’existence et organiser des rencontres culturelles qui contribuent au maintien du lien social.
La politique culturelle est essentielle pour la population et l’avenir artistique de notre pays, et la ville de Paris s’honore d’y prendre toute sa part.
Oui, le soutien à la SARL « Cinépoque » qui programme des œuvres en prise avec le monde et l’histoire est justifié.
De même pour le cinéma « Panthéon » qui programme des films d’auteurs réputés « difficiles » en 1ère exclusivité et propose au jeune public un travail de découverte et de réflexion à travers un cinéma qui se présente comme indispensable à la formation d’un regard critique.
Le cinéma « L’épée de bois » propose, contrairement à l’offre cinématographique marchande, par ses choix exigeants et un travail d’accompagnement du public, une programmation entièrement consacrée au cinéma contemporain.
« Max Linder panorama » poursuit également son travail en direction des scolaires en participant aux opérations « Ecole et cinéma » et « collège au cinéma ».
« L’archipel » est aussi la 1ère salle de cinéma qui valorise la musique de film.
« Carlotta cinéma » a accueilli 4000 écoliers et collégiens en 2009.
Enfin, Accatone est un cinéma classé recherche.

Impossible d’être exhaustive dans l’énonciation des diverses actions mais ces quelques exemples justifient tout l’intérêt de ces propositions culturelles et je vous engage à voter cette série de subventions à des cinémas d’art et d’essai ainsi qu’à l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion et l’association Light cone, qui contribuent à promouvoir films, vidéos et performances.