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Intervention de Pascal Cherki relative au plan de vidéoprotection pour Paris

3 décembre 2009 Imprimer

Monsieur le Maire,
Chers collègues,

Si Karl Marx revenait parmi nous il ne s’interrogerait pas seulement à nouveau sur le caractère fétiche de la marchandise mais serait inévitablement conduit à se poser la question du fétichisme de la caméra de vidéo protection ou de vidéo surveillance.

Je ne comprends toujours pas comment on peut soit parer de toutes les vertus, soit parer de tous les défauts le recours à l’usage de la caméra.

Il s’agit d’une posture qui malheureusement parfois tourne à l’imposture en raison, de part et d’autre de cet hémicycle d’arrières pensées électoralistes à l’approche des élections régionales.

Or, je considère, pour ma part, qu’un tel débat méritait mieux et mérite toujours mieux.

Je voudrais tout d’abord m’étonner de la position de nos collègues du groupe Vert qui tentent soudainement de nous faire croire qu’ils seraient devenus l’ultime rempart parisien en matière de lutte contre les caméras alors qu’ils ont été des acteurs déterminants de leur implantation sur le territoire parisien.

Sous la précédente mandature, avec le concours financier de la Région Ile de France plusieurs milliers de caméras ont été implantées dans les transports en commun, ainsi que dans les gares et les stations de métro.

Les ont-ils dénoncées, nos ont-ils alertés au Conseil de Paris ?

Aucunement.

Et pourtant ils étaient les mieux placés pour le faire puisque notre collègue Denis Baupin était notre adjoint au Maire de Paris chargé des transports.

Mieux même alors que le nombre de caméras ne cessait d’augmenter, Denis réclamait toujours plus de concours financier de la Ville au STIF pour porter la contribution de notre collectivité à 30% du budget total de cette institution.

De même, si ma mémoire ne défaille pas c’est notre collègue Jacques Boutault qui déclarait dans une interview au Parisien qu’il était favorable pour placer les caméras « là où elles sont utiles, pour la circulation par exemple, les couloirs de bus ».

Je voudrais donc que l’on m’explique quelle différence de nature existerait entre la caméra placée rue de Rivoli et celle qui sera placée avenue du Général Leclerc ?

De même, je me souviens comment nous avons été sommés le Maire de Paris et moi-même, alors que j’étais adjoint aux sports, de réagir, à la suite des incidents ayant suivi le matche PSG-Tel Aviv ayant débouché sur la mort tragique d’un supporter parisien.

Et, quand à la demande de l’intégralité des parties prenantes au Contrat Local de Sécurité du Parc des Princes, j’ai relayé la proposition d’installation de caméras de vidéosurveillance, aux abords du Parc des Princes, donc sur l’espace public parisien, pour filmer la foule qui se rendait au parc, j’ai reçu l’approbation de tous les groupes politiques au Conseil de Paris, alors même que la Ville finançait intégralement l’installation de ces caméras.

C’est pourquoi je voudrais dire aujourd’hui que je ne suis pas dupe de la levée de boucliers que je constate dans une partie des rangs de notre Conseil quand la bonne méthode aurait été en amont de discuter concrètement de la pertinence de telle ou telle caméra ce que à quoi les opposants d’aujourd’hui au plan de la Préfecture de Police s’y sont toujours refusé préférant camper sur un refus nouveau de principe.

Je voudrais tordre le coup à une rumeur, qui frise à la calomnie, selon laquelle la Ville de Paris aurait radicalement changé sa politique de prévention pour basculer dans une logique sécuritaire.

La Ville de Paris participera modestement et à hauteur de 5 millions d’euros seulement à ce plan.

5 millions d’euros quand nous consacrons chaque année 200 millions d’euros de crédit à notre politique de prévention.

Et quand vous rapporter cela au six années de notre mandature, soit 1,2 milliards d’euros cela donne moins de 0,5% des crédits de prévention mobilisés pour accompagner ce plan.

Néanmoins, ce plan suscite de très légitimes inquiétudes et interrogations.

Des inquiétudes liées au contexte qui entoure sa mise en œuvre.

C’est pourquoi je voudrais maintenant interpeller solennellement Monsieur le Préfet de Police et ce faisant je pense refléter la pensée de mes collègues socialistes.

Monsieur le Préfet, aucune technique, si performante soit-elle ne remplacera jamais la présence humaine comme garantie d’une politique de sécurité efficace et équilibrée.

La technologie n’est qu’un outil au service de l’action des hommes et non son substitut sinon, vous aussi vous sombrerez dans une forme de fétichisme de la technique dont l’histoire montre bien qu’il conduit toujours à des échecs.

C’est pourquoi nous tenons à rappeler plus que jamais notre détermination à défendre la police de proximité réclamée et plébiscitée par les parisiennes et les parisiens.

Or, Monsieur le Préfet, vous avez supprimé des postes dans nos quartiers, pour mon seul arrondissement, le 14ème, il manque à ce jour 10 postes.

Ceci est inacceptable et nous vous demandons instamment de bien vouloir les rétablir au risque sinon de fragiliser le lien nécessaire de confiance qui doit exister entre la population et sa police républicaine.

Je voudrais enfin me faire l’écho d’une inquiétude sincère que je partage quant à la protection de nos libertés.

La valeur d’une technologie dépend grandement de l’usage que l’on en fait et des moyens que l’on se donne pour prévenir et sanctionner une utilisation dévoyée et contraire aux libertés de celles-ci.

Or, aujourd’hui l’explosion des technologies numériques fait peur à juste titre par les potentialités de dérapages qu’elle pourrait éventuellement permettre, surtout si, pour plus d’efficacité, nous rendions les différents réseaux des 30 000 caméras existants actuellement inter opérables entre eux.

Aussi, je me félicite de l’élaboration de la charte éthique, voulue fortement par le Maire de Paris, qui a conditionné l’accord de la Ville de Paris à la mise en œuvre de ce plan.

Les objectifs de cette charte et les personnes de grande qualité et de grande moralité qui y siègeront sont de nature à encadrer fortement l’utilisation de ces caméras.

Néanmoins nous ne sommes pas que des parisiennes et des parisiens et nous ne pouvons pas nous désintéresser de l’égalité de traitement des citoyens sur le territoire national.

C’est pourquoi, j’appelle de mes vœux une évolution de la législation de 1995, datant du temps de la mise en œuvre de technologies analogiques et devenue inadaptée à l’entrée dans l’ère des technologies numériques.

La CNIL, dont le gouvernement ne cesse de rogner dangereusement les moyens, doit se voir transférer le contrôle national de l’utilisation des systèmes de vidéosurveillance et pour ce faire disposer des moyens budgétaires et humains d’opérer un contrôle effectif et efficace.

Enfin, Monsieur le Préfet, il serait utile de pouvoir débattre chaque année de l’efficacité de ce dispositif pour lequel le gouvernement entend mobiliser 350 millions d’euros.

En débattre tant au Conseil de Paris que dans chacun de nos arrondissements à l’occasion des réunions de Comités d’arrondissement de prévention et de sécurité de la délinquance afin, le cas échéant de pouvoir ajuster le dispositif.

Sous le bénéfice de ces observations, je voterai comme l’ensemble de mes collègues socialistes cette délibération.

Je vous remercie.