Accueil » 2. Séance des 29 et 30 mars 2010, Interventions 2010

Intervention de Pascal Cherki relative au projet de reconstruction du stade Jean Bouin

31 mars 2010 Lu 715 fois Imprimer

Monsieur le Maire,

Mes chers Collègues,

Ayant eu l’honneur avec le Maire de Paris d’être un des initiateurs du processus qui a conduit notre municipalité à décider la construction d’un stade de rugby moderne de 20 000 places, je veux tordre le coup aux quatre principaux arguments avancés par la coalition improbable et surprenante des adversaires mal informés, voire même mal intentionnés de ce grand et beau projet.

1er argument : Que Paris, avec ses 2 millions d’habitants, dispose de deux stades dédiés au sport collectif serait une aberration

Affirmer cela c’est faire preuve d’une méconnaissance crasse de ce qui se passe chez nos plus proches voisins européens et traduit une approche passablement étriquée de la réalité sportive et sociale européenne.

Lisbonne, 800 000 habitants, 3 stades. Estadio de la Luz (le stade du FC Benfica) 65 647 places, Estadio Jose Alvalade (le stade du Sporting Portugal) 50 076 places et Estadio do Restelo (le stade du FC Belenenses) 32 500 places.

Séville, 700 000 habitants, 2 stades. Estadio Manuel Ruiz de Lopera (le stade du Betis Séville) 55 500 places et le Stade Sanchez Pizjuan (le stade du FC Séville) 45 500 places

Liverpool, 465 000 habitants, 2 stades. Anfield (le stade du FC Liverpool) 45 300 places et Goodison Park (le stade d’Everton) 40 200 places.

Manchester, 428 000 habitants, 2 stades. Old Trafford (le stade de Manchester United) 76 200 Places et City of Manchester (le stade de Manchester City) 47 200 places.

Et enfin, je garde le meilleur pour la fin :

Porto, moins de 300 000 habitants, 2 stades. Estado do Dragao (le stade du FC Porto) 50 500 places et Estadio Bessa XXI (le stade de Boavista) 30 000 places.

2ème argument : Le Rugby à Paris n’aurait pas besoin d’un stade de 20 000 places

Affirmer cela c’est faire preuve d’une méconnaissance inéluctable du rugby dans notre pays et de la politique suivie par toutes les autres villes française possédant une équipe de rugby de haut niveau.

Le stade Jean Bouin actuellement c’est 4 376 places assises sous tribunes, 3 329 places assises découvertes et 1 500 places debout dans le virage est soit une capacité totale de 9 205 places dont 4 829 places exposées aux intempéries.

Le Stade Jean Bouin est obsolète, inadapté aux normes d’accueil modernes dans une enceinte sportive collective et d’une capacité insuffisante.

Paris doit disposer d’un stade de rugby comme toutes les grandes villes du rugby français telles Toulouse qui dispose d’un stade de rugby de 19 500 places, de Biarritz qui va passer la capacité de son stade à 18 000 places, de Clermont-Ferrand qui va passer la capacité de son stade à 18 500 places, de Perpignan qui va passer la capacité de son stade à 20 000places et de Bayonne qui va passer la capacité de son stade à 20 000 places.

En construisant un stade de 20 000 places, Paris ne fait en réalité que se mettre au niveau des autres places fortes du rugby français et se met au diapason d’une jauge moyenne recherchée par les clubs de haut niveau au sein d’équipements bénéficiant de fonctionnalités indispensables : vestiaires adaptés, services médicaux, lieux de vie et de convivialité pour le club et ses supporters, poste de sécurité, espace de presse, billetterie etc….

3ème argument : Vouloir coûte que coûte réaliser un Stade de rugby de 20 000 places à Jean Bouin ce serait céder à un caprice de Max Guazzini car il y aurait d’autres lieux où il pourrait trouver sa place

Ceux qui avancent cet argument omettent de rappeler que le dossier de candidature de Paris aux Jeux Olympiques, rédigé et approuvé par l’État dont le Ministre des Sports était à l’époque Jean-François Lamour, prévoyait de construire à l’emplacement actuel du stade Jean Bouin un nouveau stade destiné durant les Jeux aux épreuves de hockey sur gazon et qui à l’issue des Jeux devait être affecté au rugby parisien et à son équipe phare.

Ceux qui avancent cet argument font aussi semblant de ne pas voir que la Ville de Paris entend, comme l’a constamment affirmé le Maire de Paris, y construire une maison du rugby français qui plus largement utilisé que par le seul Stade Français.

Ainsi, au-delà des matches du TOP 14 ou de coupe d’Europe du Stade Français, ce stade permettra d’organiser, en partenariat avec les instances du rugby français que sont la FFR, la Ligue d’Ile de France de Rugby et le Comité Départemental de rugby, des compétitions pour les jeunes, des matchs internationaux pour les moins de 21 ans, des journées de détection et des matchs de rugby à VII qui vient de devenir discipline olympique.

Enfin et n’en déplaise aux contempteurs de Jean Bouin, ni le Stade Charlety, ni le Parc des Princes ne sont adaptés.

Tout d’abord Charlety où une étude a été conduite en octobre 2005 par l’architecte Henri Gaudin, concepteur de l’actuel stade Charlety, pour déterminer les possibilités d’adaptation et sa transformation en stade de rugby conforme aux exigences modernes.

Il faut savoir que dans sa configuration actuelle Charlety est un stade d’athlétisme doté d’une piste composée de 8 couloirs, de pistes de saut et d’un éloignement des tribunes de près de 30 mètres qui n’est pas conforme aux standards d’un stade de rugby moderne.

La piste explorée par l’étude de Monsieur Gaudin, fondée sur un baissement de la pelouse afin de rapprocher les tribunes du terrain, conclut que les tribunes resteraient distantes du terrain d’au moins 25 mètres en raison des limites d’approfondissement induites par d’importants ouvrages pré existants en sous-sol.

Il s’agirait donc au final d’un projet coûteux qui resterait inadapté sur le plan de la proximité joueurs/spectateurs.

Quand au Parc des Princes, je vous rappelle que le PSG y dispute chaque année 19 matchs de championnat, des matchs de coupe de France, de coupe de la Ligue et éventuellement des matchs de coupe d’Europe.

La pelouse du parc n’est donc pas en mesure de supporter en sus les matchs de rugby, d’autant qu’une période minimum de repos de 3 à 5 jours est indispensable pour que la pelouse soit praticable pour un de football de haut niveau.

C’est pourquoi aucune grande ville ne fait jouer régulièrement en alternance dans sa même enceinte sportive, des matchs de football et des matchs de rugby.

C’est pourquoi dans la quasi-totalité des villes d’Europe où il y a un club de football et un club de rugby de haut niveau, ceux-ci disposent de leur propre enceinte sportive.

4ème et dernier argument : En construisant sur ses propres deniers un stade de rugby de 20 000 places à Jean Bouin, la Ville de Paris ferait en fait un cadeau à Max Guazzini en lui permettant de réaliser à l’avenir une juteuse opération financière

Outre le caractère nauséabond de cet argument qui déshonore profondément ceux qui le colporte, il a en plus pour lui d’être totalement faux.

La Ville restera propriétaire dans tous les cas du nouveau stade et le nouveau gestionnaire ne possédera donc aucun droit réel sur celui-ci.

Par voie de conséquence le stade Jean Bouin ne pourra en aucune manière constituer un actif susceptible d’être valorisé au bilan, soit pour permettre l’emprunt pour l’achat de joueurs, soit pour permettre une plus-value en cas de cession du club.

Le Stade Français sera tenu de verser une redevance proportionnelle à l’ensemble des avantages tirés de l’exploitation du stade Jean Bouin tant sur le plan de la billetterie, que du marketing ou de l’hospitalité et qui prend aussi en compte la valeur locative de l’équipement, les charges de la collectivité.

D’ailleurs conformément à l’évolution de la jurisprudence les collectivités locales sont conduites à réévaluer le montant des redevances des clubs.

De même la Ville percevra des revenus liés aux loyers des surfaces commerciales et du parking.

Enfin, il est tout à fait justifié que la Ville investisse dans la construction du Stade Jean Bouin qu’elle amortira sur une durée comprise entre 25 et 30 ans ce qui est raisonnable pour une collectivité de la taille et de la surface financière de Paris.

C’est d’ailleurs le raisonnement qui avait conduit les pouvoirs publics en leur temps à construire le Parc des Princes qui a été largement amorti depuis.

Le nier c’est nier une des fonctions majeurs de la puissance publique, celle de la capacité à réaliser des investissements d’infrastructures et il est curieux qu’un tel raisonnement puisse être tenu par des élus qui au demeurant se réclame d’un keynésianisme, fût-il vert.

En conclusion, Monsieur le Maire, mes chers collègues, je veux dire à la coalition des conservateurs qui regroupe les partisans de la fraction la plus rétrograde de notre bourgeoisie et les phobiques du sport en général et du rugby en particulier,

Je veux leur dire en paraphrasant le Général de Gaulle que l’on peut regretter le temps des lampes à huile, la splendeur de la marine à voile, le charme des équipages, mais quoi, il n’y a pas de stade de rugby qui vaille aujourd’hui à Paris en dehors du nouveau stade de Jean Bouin de 20 000 places.