Intervention de Philippe Torreton relative au débat organisé sur le Programme Départemental d’Insertion 2009
Chers collègues,
Avant de vous parler du programme Départemental d’Insertion 2009 que nous voulons mettre en place, j’aimerais vous rappeler quelques faits liés à ma profession.
En effet, ceux qui sincèrement ne savaient pas ce que devenaient mes collègues artistes et techniciens intermittents exclus de leurs droits au chômage par les nouveaux calculs mis en place depuis plus de trois ans sous le gouvernement Raffarin et avec la bénédiction de son ministre de la Culture de l’époque M.J.J. Aillagon, vont enfin le savoir.
Pour la plupart cela se résume à trois lettres : RMI.
En effet sur un peu plus de 50 000 allocataires des minima sociaux parisiens plus de 8 000 sont des artistes ou tentent de développer un projet artistique.
C’est-à-dire 1 sur 6.
C’est consternant.
Et ce seul chiffre permet de comprendre ce pour quoi l’intermittence fût définie.
Car l’intermittence n’est pas une niche dorée , ni une sorte de « golden-parachute » d’artistes repus, ce n’est pas une dérive d’une profession coupée des réalités du monde, c’est très exactement le contraire de cela.
En ces temps de gabegies financières rongeant nos démocraties comme de sales cancers, en ces temps de quelques uns surpayés sans honte face au monde souffrant, en ces temps de plans de relances organisés à la va-vite sans contreparties sérieuses sur le suivi de cet argent public, je me souviens de ces formules populistes visant les intermittents, qui cherchaient à donner de nous une image de profiteurs en nous opposant systématiquement aux honnêtes travailleurs du secteur privé contraints de nous financer.
Je savais que la honte ne tuait pas, mais force est de constater que le cynisme, la calomnie, et la bêtise non plus.
Il est bon je crois de rappeler que dès 1936, des responsables syndicaux et politiques se sont rendus compte de l’urgence qu’il y avait à trouver un statut particulier pour ces travailleurs de l’industrie du cinéma.
Aucune catégorie de travailleurs ne pouvait réellement leur correspondre sans provoquer des injustices sociales flagrantes.
Pas même le statut de saisonnier que certains à droite rêveraient de nous attribuer.
Dès 1936 des hommes et des femmes de tous bords comprenaient cela.
Dès 1936 ces hommes et ces femmes de tous bords ont eu la prescience de comprendre qu’un artiste travaille toujours avec ou sans contrat pour le prouver.
Depuis cette date ce statut s’est précisé et au fur et à mesure que les aides et les indemnités accordées aux chômeurs par l’Etat s’inventaient, les contours d’un régime spécifique pour les travailleurs du spectacle se mettaient en place également.
C’est comme cela que l’intermittence est née.
C’est comme cela que l’intermittence est devenue un choix de notre pays, le choix d’une politique Culturelle Française, de cette France qui a su comprendre que ce système était le sel, le carburant, l’énergie d’une politique Culturelle d’Etat d’envergure, qui a su répartir sur le territoire des outils formidables comme les maisons de la culture. Sans l’intermittence il fallait financer des « Comédie-Française » dans chaque ville importante avec la troupe et les équipes techniques permanentes qui vont avec. Ce fut le choix de l’Allemagne, pas le nôtre.
La vie est venue sur terre depuis, ce que les scientifiques appellent « une soupe originelle », ces hommes et ces femmes de tous bords avaient compris cela et considéraient que l’intermittence était cette « soupe originelle » d’où la vie artistique ne pouvait que jaillir.
Comme ils avaient raison !
Et c’est grâce à cette vision géniale, que la France possède ce tel vivier d’artistes et de métiers du spectacle, ce foisonnement de compagnies, de collectifs, d’associations, de troupes, de ballets, de metteurs en scènes, de chorégraphes, de musiciens etc. et j’en passe.
Il n’y a pas d’équivalent dans le monde, ne cherchez pas, les artistes du monde entier envient notre système donnant ses lettres de noblesse aux professions des métiers du spectacle…
Epoque bénie d’hommes et de femmes éclairés…
L’intermittence est un choix politique de notre pays.
Je veux rappeler cela à cette droite qui sous couvert de pragmatisme économique, au nom d’un bon sens dont elle seule serait dépositaire, en profite pour saccager tout ce qui ressemble de près ou de loin à de l’autonomie de pensée, à l’indépendance d’esprit, tout ce qui ressemble à de la solidarité, à l’esprit mutualiste, à l’égalité des chances pour chacun. Aux services public.
Signe des temps, mon parcours d’élève rencontrant le théâtre grâce à l’école publique et ses activités artistiques périphériques sous la houlette de professeurs encouragés et formés pour cela est de moins en moins possible.
Mais, autre signe des temps, ces nouveaux calculs de nos heures me permettraient si je le voulais, dans certains cas, de toucher mon chômage, ce que l’ancien système, certes perfectible, de comptabilisation m’interdisait, car il se concentrait sur les plus fragiles d’entre nous.
Je voulais rappeler cela à ceux qui à droite n’ont pas compris ce que même Louis XIV savait, qu’il faut protéger la création artistique, à ceux qui à droite attendent docilement de lire dans les journaux de messieurs Pinault et Arnault la côte des artistes qui méritent d’être plébiscités, à ceux qui à droite, pensent à l’instar de cet ancien ministre de la Culture qu’un ministère de la Culture n’est pas forcément si nécessaire que cela, à ceux qui à droite nous impose à ce même ministère une personne qui fait ce qu’elle peut pour nous faire croire qu’elle est au courant de ce que décide le Président de la République. A ceux qui pensent qu’aider la culture c’est l’humilier.
Voilà ce que je voulais rappeler.
Le programme départemental d’insertion 2009 vise à concerner à terme 1 000 de ces allocataires artistes de ces minima sociaux dans un champ professionnel large : spectacle vivant, arts plastiques et photographie, métiers de l’audiovisuel et métiers de l’écrit.
Cette plateforme d’appuis artistes que nous proposons devrait être opérationnelle au 1er trimestre 2009.
Il s’agit de faire tout simplement ce que le régime d’intermittent permettait de faire : exister !
C’est-à-dire continuer de vivre, être dans la place comme on dit, rencontrer, échanger, comparer, se motiver, améliorer son projet ou le réorienter au besoin, s’associer à d’autres pour s’entraider. OUI l’intermittence c’était cela pour eux, rester des artistes, au RMI on est Rmiste point.
C’est cela que nous mettrons en place en réunissant dans un comité d’orientation, des responsables d’institutions et des patrons de grands groupes du secteur qui devront expertiser les projets de ces allocataires artistes afin de les remettre en piste et au besoin de leur donner des solutions viables d’emplois leur permettant de tenir le coup dignement en attendant la concrétisation de leurs projets.
Parce que ce projet est novateur et marque bien la volonté de notre collectivité d’être dynamique dans le domaine de l’insertion professionnelle, je suis heureux au nom du groupe socialiste, radical, et apparentés de contribuer à ce dispositif, je suis heureux et fier qu’avec vous, grâce à vous, de m’opposer clairement au saccage de ma profession, de crier haut et fort ma volonté de ne pas être le fossoyeur passif des artistes exclus.
Donnez-nous les moyens d’agir en votant ce programme départemental d’insertion et d’en faire notre priorité pour cette année 2009 qui s’ouvre sur de si sombres auspices pour tous les métiers de la culture.

