Intervention de Romain Lévy relative à l’attribution de la dénomination « Esplanade Mahmoud Darwich » à un terre-plein situé quai Malaquais (6ème)
Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,
Il nous est aujourd’hui proposé d’honorer la mémoire du grand poète palestinien Mahmoud DARWICH, en dénommant l’esplanade située dans le 6ème arrondissement, au débouché de la rue de Seine et du quai Malaquais: « Esplanade Mahmoud DARWICH ».
Cette petite place est déjà connue pour abriter la célèbre et au combien symbolique Allégorie de la République de Jean François Soitoux. Implantée à l’origine devant l’Institut, c’est en 1992, à l’occasion du bicentenaire de la proclamation de la République, qu’après sa restauration par notre municipalité, elle y fut installée. Mais fermons-là cette parenthèse.
Je pense que Mahmoud Darwich n’aurait pas renié cet emplacement où son nom côtoiera deux grands esprits d’un côté le Quai Voltaire et de l’autre le Square Honoré Champion.
Ce n’est donc pas un hasard, si notre ville a souhaité honorer Mahmoud DARWICH, en conférant son nom à ce lieu du 6ème arrondissement, dans le quartier des écrivains, des libraires et des éditeurs et ce à quelques pas de l’Académie française.
Si je me permets d’insister un peu sur ce point, c’est pour répondre à certains membres de la majorité du 6ème, qui n’ont pas souhaité voter cette délibération en conseil d’arrondissement, car avons-nous pu entendre rendre hommage à Mahmoud Darwich, pourquoi pas, mais vous comprenez « pas ici quand même ».
Pour certains c’était trop d’honneur, pour d’autres un lieu pas assez prestigieux.
Et bien si, justement, à cet emplacement. Car c’est bien cela le Paris que nous aimons, celui qui fait se mélanger, au gré des noms de ses rues et de ses places, les époques, les nationalités et les parcours ; celui qui rend hommage au courage, à la beauté et à la création d’où qu’elles proviennent.
Venons-en justement à l’œuvre de Mahmoud DARWICH, indissociable de son parcours et de son engagement mais qui ne s’y résume toutefois pas. Lui-même n’y tenait d’ailleurs pas et rappelait, lors du festival des Musiques du Monde d’Arles, en juillet 2008, qu’il souhaitait être lu comme un « poète » et non « comme une cause ». Il n’aimait pas non plus qu’on le dénomme le «poète de la résistance».
Né en Galilée en 1941, contraint à l’exil dès son plus jeune age, il vivra à Moscou, au Caire, à Beyrouth, à Tunis mais aussi à Paris au début des années 80 et il ne cessera d’écrire depuis ses premiers textes publiés à l’âge de 19 ans.
Son parcours a donné un sens particulier à ses textes et bien que ses thèmes soient universels : la terre, l’exil, la mort, l’amour impossible, la détresse de ceux à qui on a tout pris, y compris l’espoir, c’est bien l’ode à la terre et à l’identité palestinienne qui marquent son œuvre.
Cet immense poète, considéré comme l’un des plus grands poètes contemporains de langue arabe, nous a laissé ses mots, des mots d’espoir, des mots de combat et de justice, certains virulents parfois, mais aussi des mots de paix. Tout son être, toute sa vie ne semblait avoir de sens que par et dans le poème.
Son œuvre est traduite et reconnue à travers le monde. Partout ou il récitait ses poèmes, il y avait un large publique. Cette popularité des poètes, courante dans le monde arabe, n’est malheureusement pas toujours la même sous nos latitudes. J’en profite donc pour vous inciter à vous rendre au remarquable marche de la poésie qui se tient chaque année, au mois de juin sur la Place Saint Sulpice, dans le cadre de la Foire Saint Germain.
Les institutions culturelles de la ville ont, à plusieurs reprises, donné à entendre les œuvres de Mahmoud DARWICH. Il était, en 2007 encore, l’invité d’honneur de la maison de la Poésie. Un hommage lui a été rendu, l’an dernier, lors du Printemps des poètes, mais aussi au Théâtre de la Ville, par le trio Joubran.
En vous indiquant, pour conclure, que notre groupe votera favorablement cette délibération, je voudrais finir sur un vœu. En mars 2000, Yossi Sarid, ministre israélien de l’Education proposa que des poèmes de Mahmoud Darwich figurent dans les programmes scolaires des enfants israéliens. Malheureusement le Premier ministre de l’époque refusa indiquant que « Israël n’était pas prêt ». Je forme le vœu que ce temps vienne rapidement, comme celui où les petits Palestiniens pourront lire les poètes israéliens, cela constituerait un pas significatif sur le chemin de la paix et de la reconnaissance mutuelle que nous souhaitons tant.

