Intervention de Romain Lévy relative au travail dominical
Monsieur le Maire,
Mes chers collèges,
Membre du groupe de travail animé par Lyne Cohen-Solal, je m’y suis rendu sans idée préconçue ou position prédéfinie. Je m’interrogeais même.
Et je vous remercie Monsieur le Maire, d’avoir pris l’initiative de créer cette commission unique en France. Elle nous a permis de mieux appréhender, outre l’aspect économique, les implications sociales et sociétales, posant en réalité la question de notre vision de la ville et de la société.
Ma première surprise a été de découvrir que contrairement à ce que j’imaginais, la loi permettant d’étendre le travail dominical, n’avait fait l’objet d’aucune étude d’impacts préalable et même, après de nombreuses auditions, que cette demande n’était en réalité formulée que par très peu d’acteurs.
Elle ressemblait en réalité plus à une posture idéologique qu’au fruit d’une véritable expertise ou à la transposition d’une demande largement exprimée. Dés lors, il n’est pas étonnant de voir le décalage qui existe entre cette fausse bonne idée et la réalité du terrain. Je vais m’expliquer en prenant l’exemple du 6ème arrondissement.
Commençons par la partie du boulevard Saint Germain constituant l’une des zones touristiques. Que nous montre l’étude de l’APUR : sur les 34 magasins recensés, 10 seulement sont ouverts le dimanche, surtout des cafés et des librairies. 15 magasins de mode sur 16 sont fermés, dont Armani, Sonia Rykiel ou Burberry, grandes marques internationales s’il en est.
C’est réjouissant de savoir que Saint Germain des Prés est fréquenté le dimanche pour ses cafés, ses librairies, son « esprit » et non pour ses boutiques. J’ai même la faiblesse de croire que c’est pour cela que les touristes y viennent et rejoins le représentant de la CGPME quand il dit que le charme de Paris réside dans la variété de ce qu’elle donne à voir et qu’il ne partage pas le rêve que Paris devienne Dubaï sur Seine.
Ce qui apparait ici, c’est que l’ouverture dominicale ne peut reposer sur une simple question de flux de personnes. Tout flâneur n’est pas un client en puissance, bien heureusement. C’est d’ailleurs la raison avancée par plus d’un commerçant sur deux, dans leur choix de ne pas ouvrir, il n’y a pas la chalandise.
Alors quand la CCIP demande, appuyée par le Maire du 6ème, d’étendre cette zone, qui ne fonctionne pas, jusqu’au Bon Marché, dans le seul but que ce dernier puisse ouvrir, cela me laisse perplexe. J’ai cherché dans les documents remis, ce qui pouvait justifier le classement en zone touristique. Et, j’ai trouvé. Il s’agit de la fréquentation de la « Chapelle Notre Dame de la Médaille Miraculeuse », rue du Bac, où la vierge serait apparue à Catherine Labouré.
Tout à la volonté de chercher des prétextes à l’ouverture dominicale, on essaye de nous faire croire que les pèlerins et les sœurs, qui se rendent dans ce lieu de pèlerinage, en profitent, à leur sortie, pour aller chercher un sac Prada au Bon Marché !! Mais de qui se moque-t-on ?
Cela illustre bien cette approche dogmatique qui consiste à construire une argumentation pseudo touristico-économique pour étayer une décision déjà prise, pourtant sans lien avec la réalité.
La question du classement de la rue de Rennes m’a permis de mesurer, outre le fait que l’opposition à une telle extension était très largement majoritaire, les effets néfastes qu’elle provoquerait sur les petits commerces.
Le comble étant qu’outre la CCIP, le MEDEF et la droite parisienne, cette évolution n’est souhaitée par personne. Ni par les commerçants et les fédérations professionnelles, ni par le PROCOS que je cite : « la rue de Rennes n’est pas un lieu de destination qui justifierait son classement en zone touristique », et encore moins les riverains qui, après un samedi éprouvant, ont bien le droit de profiter le dimanche de leur quartier.
Les commerçants ont aussi répondu, à ceux qui comme Monsieur LEBEL expliquent qu’il faut leur laisser la « liberté » d’ouvrir ou non, qu’ils ne le vivent pas du tout comme une liberté mais comme une contrainte mortifère.
Leur logique est implacable : Ils ne pourraient demeurer fermés si leurs concurrents ouvraient leurs portes. Pour autant cette ouverture ne leur permettrait pas d’augmenter suffisamment leur chiffre d’affaire pour équilibrer les charges supplémentaires induites. Ils ne pourraient donc l’assumer durablement. Après avoir attiré notre attention sur l’impact négatif sur leur vie de famille et celle de leurs employés, ils en concluent qu’à terme, une telle ouverture, précipiterait leur disparition.
Cela rejoint l’analyse de la Fédération Nationale de l’Habillement qui juge contraire à l’intérêt général du commerce tout élargissement, demandant de ne pas « sacrifier » une partie des commerces parisiens. Selon elle, le plan proposé par la CCIP pénaliserait prés de 3200 boutiques sur les 4500 existantes et menacerait directement 9600 emplois.
Alors Monsieur le Maire, si nous tirons un rapide bilan : Les arguments avancés par la CCIP ne sont pas convaincants. On peut craindre un effet boomerang, à savoir la destruction du petit commerce, de sa diversité et des emplois. Enfin, où vont s’arrêter les demandes d’extension ? Hier le Boulevard Haussmann, maintenant le Forum des Halles et le Faubourg Saint Antoine, agrandissement pour les Champs-Elysées, Saint-Germain et les Franc-bourgeois, et demain ?
Si nous ne comprenons pas l’approche purement idéologique de l’opposition, qui une nouvelle fois, n’est pas en phase avec la réalité parisienne et les attentes de ses habitants comme de ses commerçants, nous partageons, Monsieur le Maire, votre volonté de ne pas créer de nouvelles zones touristiques à Paris. C’est cohérent avec toute l’action que vous menez pour protéger le commerce de proximité notamment avec la SEMAEST. C’est pourquoi nous vous apportons tout notre soutien.
Je vous remercie

