Accueil » 7. Séance des 29 et 30 septembre 2009, Interventions 2009

Intervention de Romain Levy relative aux Librairies indépendantes de référence

5 octobre 2009 Lu 686 fois Imprimer

Je me félicite que nous ayons aujourd’hui à nous prononcer sur l’exonération de la taxe professionnelle au bénéfice des librairies parisiennes ayant obtenu le label « Librairie Indépendante de Référence ».
C’est l’aboutissement d’une démarche engagée dès 2007 par le Maire de Paris auprès du Premier ministre. Il convenait en effet que le gouvernement prenne les mesures permettant à notre collectivité de mettre en place une telle exonération. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce fut long, mais c’est aujourd’hui chose faite grâce à la détermination de notre municipalité.
Cette nouvelle disposition fiscale vient renforcer l’action globale que nous menons pour la préservation des activités de proximité et la défense des librairies indépendantes, confrontées depuis plusieurs années à des difficultés toujours croissantes.
Cette action, mais je serai rapide car je suis sûr que Lyne Cohen-Solal y reviendra, s’étant sur une palette assez large. J’en citerai deux. En premier lieu, la mise en place du plan « Vital’Quartier », qui permet à la S.E.M.A.E.S.T., en se portant acquéreur de locaux, de les louer, une fois adaptés, à des conditions avantageuses, ou bien encore, d’obliger au maintien de l’activité précédente lors de la passation de bail.
En second lieu, l’opération « Paris en toutes lettres », lancée en juin dernier, qui a permis à de nombreuses librairies d’accueillir des auteurs et de faire entendre des textes, offrant ainsi à plus de 50.000 spectateurs des instants culturels innovants.
Notre ville, nous le constatons, prend des mesures fortes et ambitieuses qui rompent avec le laisser-faire des précédentes mandatures pour sauvegarder les librairies indépendantes, dont le rôle dans la vie culturelle de notre capitale est irremplaçable.
Cela est d’autant plus nécessaire que, bien que dotée d’un réseau qui reste significatif, et plus encore à Paris qu’ailleurs, ces librairies restent particulièrement fragiles dans la chaîne du livre. Elles sont confrontées à la concurrence des réseaux de grande distribution, avec l’implantation de rayons parfois très importants de livres dans des surfaces commerciales non spécialisées – grands magasins, hypermarchés, magasins multimédia – ou l’essor des pôles de vente par correspondance. Elles le sont aussi par les bouleversements technologiques et économiques que connaît le secteur du livre, au premier rangs desquels l’entrée dans l’ère numérique.
Sur tous ces sujets, je vous renvoie à l’excellent rapport de la mission de réflexion sur la librairie, rédigée par Antoine Gallimard, qui exprime très clairement ces difficultés. S’ajoutent à cela des frais de personnel élevés car elles font le choix d’un personnel qualifié ayant souvent lu « La princesse de Clèves » et des charges fixes en augmentation constantes, à commencer par les baux commerciaux.
D’où l’importance, j’y reviens, de la mission confiée à la S.E.M.A.E.S.T., et tout l’intérêt d’avoir intégré le Quartier Latin, qui compte le tiers des près de 300 librairies parisiennes dans une nouvelle convention publique d’aménagement.
Il nous fallait agir pour ne plus connaître, comme avant 2001, et je suis sûr que Lyne Cohen-Solal me rejoindra, une fermeture aussi traumatisante que celle du Divan, remplacée, place Saint-Germain-des-Prés, par une enseigne de luxe, ou celle des Presses Universitaires de France, place de la Sorbonne.
Pour en revenir à l’exonération de la taxe professionnelle qui nous intéresse aujourd’hui et dont, je le rappelle, la perte des recettes sera assumée par notre collectivité, l’État ne la compensant pas, elle concerne directement 57 librairies réparties sur l’ensemble du territoire parisien et, d’ailleurs, nous pouvons nous réjouir de ce large maillage qui couvre la quasi totalité de nos quartiers.
Pour pouvoir en bénéficier, elles devaient obtenir au préalable le label « Librairie Indépendante de Référence » garantissant à la fois la qualité du service par la présence de libraires, véritables médiateurs culturels, des animations culturelles régulières, ou bien encore la richesse de leur fonds à la disposition des clients, pouvant aller jusqu’à 10.000 titres pour les librairies généralistes les plus importantes.
Cette nouvelle mesure montre bien une nouvelle fois qu’il revient à notre collectivité de conduire une politique de soutien et de défense du livre, ce dont je me félicite, sans toutefois m’empêcher de déplorer le manque d’action de l’Etat en ce domaine.
Je formerai toutefois, en conclusion, le vœu, devant les incertitudes qui entourent le remplacement de la taxe professionnelle, que le Gouvernement, à quelques mois d’intervalle, ne remettra pas en cause la possibilité qu’il vient d’octroyer aux collectivités territoriales d’un soutien essentiel au secteur de la librairie.