Intervention de Sandrine Charnoz relative à la mise en place d’un dispositif expérimental de microcrédit social
Certaines mesures d’apparence technique ou purement juridique dont la signification porte bien au-delà de ce qu’elles sont. Elles renvoient et font signe vers des questions bien plus vastes. La question du microcrédit fait partie de ces petites choses qui peuvent changer le monde, à l’instar du microscope, du microfilm, du micro-ordinateur et autres microbiologie. Changer le monde, oui, mais cela ne veut pas dire que le microcrédit est destiné à soulager toutes les misères du monde, les famines à des milliers de kilomètres, pour reprendre une expression célèbre employée à tort et à travers.
Le microcrédit est avant tout porteur d’un formidable espoir pour l’occident, en apparence riche et blasé de ce sentiment d’auto suffisance. Certes, le microcrédit est né dans les pays lointains.
Des gens obscurs, parmi lesquels Muhammad Yunus, qui ont osé mettre en place des stratégies de développement différentes de celles que prêchait alors l’auto-proclamée communauté internationale. L’idée fondamentale est très simple : partir du bas, des vrais gens, et non pas d’en haut. L’occident tout entier, dans sa course à la grandeur, n’a fini par s’intéresser qu’aux gros chiffres avec au moins neuf zéros. Il a fini par croire que tout lien financier ne pouvait être que vertical, entre un maître et un subordonné
dans le besoin. Le microcrédit est différent. Eh oui, il marche ! Le microcrédit n’a t-il pas un rendement moyen supérieur à celui des grands crédits des banques, malgré toute leur armada d’experts en solvabilité ? Ne permet-il pas un développement réel et durable, là où la grande économie échoue ? Ne remet-il pas au premier plan les oubliés du système ?
La présente convention pluriannuelle illustre parfaitement cette surprenante efficacité. Les 300.000 euros que nous allons attribuer au Crédit municipal de Paris est une somme modeste qui permettra d’octroyer 1000 microcrédits d’ici fin 2009. C’est autant de personnes, autant de foyers qui sortent de l’ombre. La mesure a un rapport efficacité/prix imparable : 300 euros par personne. Elle permettra à chacune de ces personnes de franchir l’obstacle qui la sépare de l’inclusion, passer son permis, payer une prothèse dentaire, etc. Ce sont ces petits riens qui excluent et condamnent des pans entiers de nos concitoyens.
En outre, le microcrédit ne profitera pas qu’aux exclus de Paris, mais à toute la société.
Oui, le microcrédit est une formidable leçon de bon sens pour nous, nous incitant à l’action. Bref, une ardente nécessité ici et maintenant. C’est pourquoi, mes chers collègues, je me réjouis de cette délibération.
Je vous remercie.

