Intervention de Sandrine Charnoz relative à la Mission d’Information et d’Evaluation sur l’accès des jeunes à un emploi pérenne
Monsieur le Maire,
Mes chers collègues
Par cette délibération, nous vous présentons le travail d’une mission de 6 mois sur l’accès des jeunes parisiens à l’emploi pérenne dont j’ai eu le plaisir d’assurer la présidence. Nous avons mené une soixantaine d’auditions, demandé une vingtaine de contributions, et procédé à une dizaine de visite pour aller à la rencontre des jeunes et des acteurs de l’insertion professionnelle.
Je voudrai remercier les adjoints nombreux sur cette thématique qui nous ont accompagnés dans ce panorama des dispositifs et mesures et remercier plus particulièrement Christian Sautter et Bruno Julliard pour leurs encouragements et leur écoute, remercier également les services qui ont répondu à nos questionnements, l’inspection générale qui a une lourde tache de synthétiser nos travaux et le secrétariat général qui nous a assisté pendant ces 6 mois de mission.
Et je regrette par ailleurs vivement la sortie de la mission par voie de presse de l’UMPPA avant tout échange sur le diagnostic et débat sur les préconisations. Nous savons que ce n’est pas le sujet qui les intéresse le plus en ce moment ! Et pourtant il ne se passe une journée sans qu’une actualité vienne nous rappeler l’inquiétude des jeunes parisiens. Ce désintérêt de l’UMPPA pour cette question est irrespectueux de l’ensemble des acteurs qui se sont déplacés ou qui nous ont reçus pour évoquer avec nous leur quotidien. Irrespectueux et je dirai même irresponsable compte-tenu de l’actualité et de la dégradation de l’emploi dans notre pays. Ces quelques minutes de parole ne peuvent pas refléter la richesse de nos travaux et nous sommes décus que les annonces de propositions de l’UMPPA se résument à une simple prise de parole de 15mn !
En effet le chômage repart à la hausse et les jeunes sont les plus touchés, le taux de chômage des jeunes français est structurellement élevé car il est en moyenne 3 fois supérieur à celui de leurs aînés. Ce taux s’accentue en période de crise ce qui fait craindre aujourd’hui l’émergence d’une véritable « génération sacrifiée ». A Paris, le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans a augmenté de 38% entre mai 2008 et mars 2010. Ce taux, par ailleurs, ne reflète pas la réalité car peu s’inscrivent à pôle emploi n’étant pas concernés par les indemnités.
De plus l’INSEE estime ainsi que 15% des 18-29 ans se trouvent en dessous du seuil de pauvreté à Paris, ce qui nous place juste avant la Seine St Denis en Ile de France sur le taux de pauvreté de la jeunesse
Quels sont les autres constats que nous souhaitons vous faire partager au-delà de ce taux élevé de chômage, de cette pauvreté et de bizutage social quasi systématique ?
Paris attire les jeunes : 25% des Parisiens ont moins de 30 ans. Notre collectivité est donc en première ligne face aux inquiétudes et aux difficultés à accéder à un emploi pérenne que rencontrent les jeunes qu’ils soient diplômés ou non.
Paris est une ville de contrastes forts :
• Les jeunes parisiens sont plus qualifiés que les franciliens et les jeunes français
• mais les disparités territoriales sont fortes : les 18e, 19e et 20e concentrent plus du tiers des demandeurs d’emploi parisiens et c’est dans ces quartiers que l’augmentation du chômage des jeunes est la plus forte.
Je souhaite avant d’en venir à nos préconisations insister sur la diversité des dispositifs de suivi des jeunes. Nous avons noté au cours de la mission d’excellents résultats et une forte implication des personnels des structures qui accompagnent les jeunes et ce malgré l’augmentation du nombre de jeunes à accompagner (+ de 25% en 2009) et l’augmentation des problèmes connexes auxquels les jeunes sont confrontés : paupérisation, problème de logement, de santé, problèmes familiaux et psychologiques, difficultés linguistiques….
Nous avons tous conscience que la politique de l’emploi relève d’un pilotage gouvernemental. Seuls de vrais choix politiques permettront aux jeunes de s’insérer durablement dans la vie sociale et professionnelle et de mettre fin à ce qui s’apparente aujourd’hui pour les jeunes à un « bizutage social ». En effet un jeune sur deux démarre sa vie active par un CDD, en intérim ou en contrat aidé..
Et c’est le sens de l’interpellation de l’Etat dans un des vœux déposés rattachés à cette délibération. L’emploi pérenne des jeunes parisiens comme des jeunes français dépend
- d’une politique de relance forte qui porte les emplois de demain,
- de la réforme du système d’orientation pour lutter contre les orientations subies et les orientations en impasse,
- d’investissements dans le système éducatif pour faire face à l’indispensable hausse du niveau de qualification des jeunes, et pour une formation qui, quels que soient les réseaux, le milieu familial, les origines, le nom ou le quartier, permette un accès égalitaire à l’emploi
- d’une politique qui dépasse les simples effets d’annonce et offre une vrai 2ème chance aux jeunes sans qualifications,
- du maintien d’une politique de la ville volontariste pour réduire les inégalités territoriales.
Or loin d’améliorer la situation, la politique du gouvernement l’aggrave, avec des mesures comme la suppression de postes de fonctionnaires, le sous investissement dans l’éducation, les menaces de réduction du nombre des quartiers politiques de la ville pour ne prendre que les annonces les plus récentes…
Si nous avons choisi de nous en tenir à des préconisations au niveau de notre collectivité c’est parce que nous souhaitions un rapport utile et à effet immédiat pour les jeunes parisiens.
Nous vous proposons de mettre en œuvre 23 propositions d’amélioration comme par exemple:
- la création d’une plateforme Internet spécifique « Emploi des jeunes » pour améliorer l’accès à l’information et aux dispositifs existants. Il s’agit que chaque jeune quelque soit son profil et son projet, quelque soit son age et sa qualification puisse trouver l’interlocuteur dont il a besoin et construire son parcours…. J’en profite pour vous dire que ceci rejoint les idées portées par les étudiants de Paris – Le conseil qui réfléchit depuis 6 mois sous la conduite de Didier Guillot sur l’insertion professionnelle des jeunes diplômés.
Parmi les autres préconisations du rapport je souhaitais plus particulièrement insister sur :
- Le renforcement des structures d’insertion par une aide complémentaire aux postes versée par Paris aux entreprises et chantiers d’insertion embauchant des jeunes issus des quartiers politique de la ville.
- La poursuite de l’investissement de la ville avec le développement au sein des écoles municipales de formations qualifiantes pour les jeunes issus des quartiers politique de la ville avec une première expérimentation à l’Ecole Du Breuil (cycle qualifiant des métiers du paysage), de la systématisation des clauses d’insertion dans nos marchés et par le montage de formation pour aider les jeunes à accéder aux emplois de la ville.
La mission d’information et d’évaluation est un bel outil au service des conseillers de Paris qui souhaite s’y investir. Et j’espère que nos préconisations seront partagées et mise en œuvre.
Je vous remercie.

