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Intervention du Maire de Paris sur les politiques de solidarité face à la crise

12 mai 2009 Lu 255 fois Imprimer

Mes chers collègues,
Chacun d’entre nous en a conscience : comme notre pays, notre ville est durement atteinte par une crise dont les effets sont particulièrement douloureux pour les plus fragiles. Et cette secousse que nous traversons, personne aujourd’hui ne peut en mesurer exactement l’ampleur ni en déterminer le terme. Notre collectivité a donc le devoir de se donner tous les moyens de protéger les Parisiens qui se trouvent confrontés à des difficultés de plus en plus lourdes.
La crise actuelle a sur Paris un premier effet direct : une progression très sensible du chômage, qui a augmenté de 7,4% en un an. Bien que ce chiffre soit nettement inférieur à celui de l’évolution nationale (+ 19%) il invite non seulement à la vigilance, mais à une réaction dynamique et adaptée. Car basculer dans le chômage, ce peut être, si les aides disponibles ne sont pas mobilisées, perdre son logement et se retrouver emporté dans la spirale de l’exclusion. Pour en prendre pleinement conscience, j’invite notre assemblée à regarder en face ce chiffre : le nombre de dossiers de demande de RMI instruits dans nos espaces insertion est, au premier trimestre 2009, supérieur de plus de 20% à ce qu’il était dans les trois premiers mois de 2008.
Et la situation se complique encore du fait d’un problème devenu structurel : le désengagement continu de l’Etat. Certains trouvent, semble-t-il, que je souligne trop régulièrement cette anomalie. Eh bien qu’ils s’inquiètent, car je le répéterai, inlassablement, jusqu’à ce que les Parisiens retrouvent ce qui leur est dû. Oui, je continuerai à poser la question : est-il légitime que l’Etat nous doive, au 31 décembre 2008, 119 millions d’euros au titre du RMI ? Est-il normal que le mode de financement du RSA ne soit toujours pas précisé ? Est-il acceptable que la part de l’Etat dans le financement de nos centres sociaux ait été divisée par plus de deux en sept ans ? Disons le simplement : nous ne pouvons pas nous substituer au gouvernement pour résoudre les problèmes du pouvoir d’achat, de l’emploi, en d’autres termes pour répondre aux défis qui sont ceux de notre pays tout entier.
Malgré toutes ces contraintes, nous avons la ferme intention de faire progresser la solidarité à Paris. Et pour cela, nous nous appuyons sur un socle solide : ce qui a été accompli pendant la mandature précédente. Les dépenses de solidarité ont augmenté de 72% en sept ans, ce qui a porté le budget social de la Ville à 1,6 milliard d’euros. Et 30.000 logements sociaux ont été financés. Ces réalisations ne constituent pour nous rien d’autre qu’un encouragement à faire mieux, plus vite, pour tous les Parisiens.
Telles sont les convictions qui inspirent la communication qui vous est présentée, et qui vise deux objectifs. D’abord, faire le point sur les actions que nous avons entreprises depuis que les Parisiens nous ont renouvelé leur confiance il y a quatorze mois. Et puis, présenter les mesures spécifiques que nous prenons, pour faire face à une crise inédite, dans un contexte rendu plus exigeant encore par la baisse de nos recettes. J’insiste sur un point. L’ensemble de nos initiatives s’adresse non seulement aux plus démunis, aux exclus, à ceux qui en somme perdent tout si la collectivité ne leur tend pas la main, mais aussi aux classes moyennes. Et je saisis du reste l’occasion pour corriger certaines idées reçues. La définition des classes moyennes peut sans doute faire l’objet d’un débat mais il convient de répéter certaines réalités indiscutables. Si 12% de la population de notre ville se trouvent sous le seuil de pauvreté, ce sont bien les trois quarts des Parisiens qui sont éligibles au logement social.
Donc, face à la situation présente, que faisons-nous ? Puisque le premier mal a pour nom le chômage, le premier remède, c’est l’emploi. Tel est l’axe de notre Plan départemental d’insertion, qui devra nous permettre d’atteindre, en 2009, 9.000 retours à l’emploi. Nous avons d’autre part développé les contrats aidés, qui doivent devenir une véritable passerelle vers le marché du travail. La Ville y prend sa part, en embauchant, dans ses propres services, 1.600 contrats aidés en 2009. Et nous consacrerons un effort particulier à la formation. Nous comptons aussi beaucoup, pour embaucher des chômeurs, sur le développement de l’économie solidaire. C’est ce que fait « Paris Plages » qui inaugurera cet été le label « Paris solidaire ». C’est aussi le bel exemple donné par le 104, qui a eu recours à 23 emplois solidaires, et qui a embauché 10 salariés issus de structures d’insertion, et 3 jeunes condamnés à des travaux d’intérêt général. Je souhaite d’autre part souligner nos efforts pour préparer la mise en œuvre du RSA, et j’espère que les services de l’Etat apporteront les moyens suffisants. Mais je le dis : nous avons sur ce point les plus vives inquiétudes, et Pôle Emploi semble à ce jour dépassé, voire submergé. Les premières victimes de cette impréparation seraient alors les plus jeunes.
Car les jeunes sont très durement frappés par la crise, et c’est notre devoir collectif de contribuer à les soutenir, à leur donner tous les moyens de préparer leur avenir. Les cinq missions locales parisiennes seront mobilisées pour accompagner les jeunes vers l’emploi. Nous ouvrirons en outre, au début de l’année prochaine, une seconde antenne de l’Ecole de la deuxième chance. Et nous lançons un nouveau dispositif, très innovant, fondé sur des partenariats avec des organismes ou des associations, pour aider les jeunes qui, en dépit de leur parcours scolaire, demeurent très éloignés du marché du travail. L’objectif de cette mesure nouvelle, c’est, vous l’aurez compris, de combattre la pire des injustices : que tout puisse être joué au début de la vie, que les inégalités de la naissance puissent être tenues pour irréversibles. C’est dans cet esprit que nous voulons être des entrepreneurs sociaux, pour plus d’équité entre les citoyens, et plus d’équilibre entre les quartiers.
Pour cela, nous disposons avant tout d’un instrument : le logement. Et cela commence par la poursuite de notre politique de financement de logements sociaux : nous en lancerons 6.800 cette année. L’Etat contribue au financement de 6.000 d’entre eux, et nous attendons toujours sa participation pour les 800 derniers. Mais puisque le Président de la République a récemment annoncé son intention d’en financer 70.000 par an dans notre agglomération, ces 800 ne devraient pas poser problème. Nous allons également renforcer les aides financières qui permettent de se loger plus facilement dans le secteur privé, avec la mise en place, en octobre prochain, de l’allocation « Paris logement », qui aidera les salariés ayant du mal à payer leurs loyers. Ainsi s’élargira une aide jusqu’à présent réservée aux RMIstes. Et pour prévenir les expulsions locatives, souvent entraînées par une chute brutale des ressources, notamment une perte d’emploi, nous renforcerons le Fonds de solidarité logement. C’est ce fonds qui finance « Louez solidaire », qui a déjà permis d’attribuer 276 logements. Notre assemblée délibérera d’ailleurs cet après-midi d’une nouvelle dynamique donnée à ce dispositif. Et nous avons ouvert des possibilités de crédits à des taux très réduits, pour les ménages qui ont des difficultés à accéder à l’emprunt bancaire. 120 prêts ont ainsi été accordés depuis le début de cette mandature.
L’ensemble de ces mesures devra, pour être mis en œuvre, s’appuyer sur des services performants. Oui, l’efficacité doit s’appliquer au domaine de la solidarité comme à tous les autres secteurs de l’action municipale. Nous comptons beaucoup, à cet égard, sur le chantier de modernisation des services sociaux engagé par la DASES et le CASVP en 2009, en cohérence avec le mouvement de déconcentration dont nous parlerons au Conseil de juin. Le fait par exemple que les services de l’aide sociale à l’enfance se délocalisent progressivement dans les arrondissements, en commençant par le 20ème représentera pour les familles une amélioration sensible du service. Et parce qu’il n’est pas d’efficacité sans évaluation, nous attendons beaucoup du comité de vigilance présidé par Patrick Doutreligne, qui me remettra son premier rapport avant l’été.
Et puis il faut que tous les Parisiens qui le souhaitent puissent contribuer à l’élan de solidarité. Ainsi, en janvier dernier, a été réunie pour la première fois la Réserve solidaire de Paris, constituée d’une centaine d’anciens fonctionnaires de la Ville, volontaires pour venir en aide à leurs concitoyens les plus exposés à la crise. Nous allons d’autre part donner une nouvelle dimension au service civique, qui permet à de jeunes Parisiens d’expérimenter une activité solidaire. Notre objectif est que le nombre de jeunes concernés passe, avant la fin de l’année, de 50 à 300.
Au-delà des mesures sociales, nous utiliserons bien sûr, pour ramener de la confiance et créer des emplois, les leviers plus spécifiquement économiques. Car la réponse à la crise c’est aussi l’encouragement donné à l’investissement, à l’innovation, à l’esprit d’entreprise. C’est pourquoi la Ville a décidé de faire passer de 5 à 20% l’acompte qu’elle verse pour les marchés publics conclus avec les PME. L’appui apporté aux entreprises est en effet un élément essentiel de la relance à laquelle nous devons œuvrer. Deux conventions avec des réseaux d’entreprise sont ainsi soumises aujourd’hui au Conseil. La première est conclue avec « Entreprendre à Paris », qui apporte une aide financière et un accompagnement personnalisé à de jeunes créateurs d’entreprises. Et la seconde de ces conventions est établie avec l’association « Incubateur au féminin », qui soutient les femmes créatrices d’entreprises.
J’insiste sur le fait que ces défis, nous ne les relèverons pas seuls. Nous allons continuer de coordonner mieux encore nos politiques sociales avec les communes et les départements voisins. Par exemple, nous allons signer, en 2009, un protocole avec Aubervilliers, en matière de lutte contre l’insalubrité et de prise en charge des sans-abri. Car la solidarité est bien une dimension fondamentale de notre culture métropolitaine.
Un dernier mot. Je voudrais exprimer toute ma reconnaissance à mes adjoints chargés de ces secteurs, Christian Sautter, Olga Trostiansky, Gisèle Stievenard, Myriam El Khomri, Seybah Dagoma et Bruno Julliard. Je sais la difficulté de leur tâche, et l’ardeur avec laquelle ils s’y consacrent. Mes chers collègues, avec du courage et de l’humilité, notre ville pourra sortir de cette crise plus forte et plus juste.