Question d’actualité du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés relative aux suppressions de postes à l’AP-HP
Olivia Polski, Conseillère du 14ème arrondissement
Monsieur le Maire,
Le modèle social français, dont le Président de la République lui-même nous a répété il y a quelques mois qu’il nous a sauvé de la crise, est attaqué de toute part par le gouvernement de ce même Président. Après les milliers de suppressions de postes dans l’Education Nationale, la mise à mal de l’indépendance de la Justice avec la suppression du juge d’instruction, le démantèlement du service public de la Poste, l’affaiblissement du service public de l’Emploi, le gouvernement s’en prend clairement au service public de la Santé.
Le modèle français de santé, qui était devenu une référence sociale mondiale, est victime d’une entreprise de déconstruction dramatique.
Le principe d’accès aux soins pour tous a d’abord été remis en cause, avec l’annonce de déremboursements massifs de médicaments et l’instauration des franchises médicales. Cette augmentation de la part qui reste à la charge des patients oblige aujourd’hui des millions de citoyens à sacrifier leur santé pour des raisons financières. C’est inadmissible.
Aujourd’hui, les hôpitaux publics sont méthodiquement asphyxiés, au profit des structures privées à but lucratif. Cette logique rampante de privatisation instaure un système de santé à double vitesse, qui tourne le dos à tous nos principes républicains.
A Paris, l’AP-HP est un acteur central du service public de santé. Elle offre non seulement à tous un accès aux soins de qualité et joue un rôle essentiel en matière de veille sanitaire. Elle s’est aussi imposée comme un pilier de l’enseignement et de la recherche dans le domaine médical, désormais haut lieu de l’innovation thérapeutique. Après y avoir supprimé 900 postes cette année, le gouvernement envisage, pour des raisons d’économies, de supprimer plus de 1100 emplois en 2010 et de continuer sur le même rythme sur au moins 2 à 3 ans! Le Professeur Coriat, président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, dénonce le risque d’entrer dans un cercle vicieux par des mesures qui, en privant l’AP-HP de ressources, entraîneraient une véritable casse du service public de soins. Il met aujourd’hui, comme de nombreux autres, sa démission dans la balance. L’institution fonctionne à flux tendus et réduire encore le nombre de postes aura des conséquences dramatiques : aggravation des souffrances au travail des personnels, erreurs médicales…
Il est urgent de réagir ! L’AP-HP est un atout pour notre ville. Le gouvernement fait des économies sur la santé de nos concitoyens pour quoi faire ? Pour payer le paquet fiscal ?
S’il est nécessaire de veiller à l’efficience des moyens investis dans le service public de la santé, il s’agit de ne pas verser dans des exigences de rentabilité, qui conduiraient notamment à menacer des activités médicales réputées « non rentables » comme des centres IVG ou des consultations sida.
Aujourd’hui, des médecins prêts à démissionner, des associations, des citoyens se mobilisent pour refuser la logique que l’on nous impose. Je vous invite d’ailleurs tous à signer le manifeste d’un collectif citoyen sur www.collectif-hypertension.net.
Monsieur le Maire, je sais votre engagement sur cette question puisque vous avez vous-même exprimé votre inquiétude quant à l’avenir du service public hospitalier parisien la semaine dernière. Alors qu’aux Etats-Unis, Barack Obama pose les bases d’un système de soins plus solidaire pour les citoyens américains, une révolution inverse et silencieuse est en cours dans notre pays. Ce mouvement de recul ne peut plus durer, l’accès aux soins pour tous doit être rétabli. Je vous demande donc, Monsieur le Maire, de bien vouloir nous indiquer comment nous pouvons lutter contre le grave étouffement apparemment programmé de l’AP-HP.

