Question d’actualité posée par le groupe socialiste, radical de gauche et apparentés au Maire de Paris relative au désengagement de l’Etat dans les quartiers Politique de la Ville – Conseil de Paris des 29 et 30 septembre 2008
Roger Madec, Maire du 19ème arrondissement
Monsieur le Maire, Monsieur le Préfet,
Cher(e)s collègues,
Depuis 2001, la Mairie de Paris a entrepris un véritable rééquilibrage de son action au profit des quartiers longtemps délaissés et des secteurs les plus en difficulté. Le Plan Local d’Urbanisme illustre parfaitement ces orientations en privilégiant le logement social dans les quartiers qui en étaient le plus dépourvus ou en favorisant le développement économique des arrondissements aux plus forts taux de chômage.
La politique de la Ville menée durant ces années a permis d’accentuer cet effort en ciblant et en priorisant les actions indispensables à une meilleure cohésion sociale et à un développement territorial plus harmonieux. Ces travaux et ces projets qui concernent plus particulièrement un ensemble de14 quartiers politique de la ville sont en effet une partie essentielle de la réponse apportée aux enjeux du « vivre ensemble », de sécurité et de cohésion sociale au bénéfice de quartiers et de population fragiles.
Pour autant, ces efforts sont tels qu’ils nécessitent la mobilisation de toutes les parties prenantes à cette politique. A cet égard, ils ont toujours été envisagés dans un partenariat étroit avec l’ensemble des intervenants dont la Région ou l’Etat. Aujourd’hui cependant, le recul de l’engagement de l’Etat les menace de façon de plus en plus alarmante. Les annonces du Comité Interministériel des Villes du 20 juin dernier d’un resserrement de la géographie prioritaire de plus de 2.000 quartiers à seulement 215 ont fortement inquiété les 8 arrondissements de la capitale concernés par la Politique de la Ville. En effet, aucun territoire parisien n’est mentionné dans cette nouvelle liste restreinte. A titre d’exemple, le fait que le Gouvernement n’ait, contrairement à ses engagements, toujours pas pris sa part au financement de la requalification de la résidence Edmond Michelet engagée par la Ville dans le 19ème arrondissement et soutenue par la Région s’avère très pénalisant sur la poursuite des travaux.
Plus globalement, ce désengagement ne peut qu’aggraver la lente détérioration de notre tissu social, de son vivre-ensemble, de son contrat social et poser la question même de l’existence d’une Politique de la Ville dans notre pays.
C’est pourquoi, Monsieur le Maire de Paris, les élus du groupe socialiste et radical de gauche vous demandent de bien vouloir rappeler l’Etat à ses engagements afin d’éviter qu’une fois encore, les parisiens déjà les plus en difficulté ne fassent les frais des arbitrages et incohérences de la politique gouvernementale. Je vous remercie.
Réponse de Gisèle Stievenard, adjointe au Maire de Paris chargée de la Politique de la ville et de l’Engagement solidaire
Chers collègues, je remercie Roger Madec et le groupe socialiste et radical de gauche d’attirer l’attention sur les orientations inquiétantes du Gouvernement en matière de politique de la ville. Elus du 19ème, nous savons bien combien le rééquilibrage en faveur des quartiers populaires est une impérieuse nécessité qui doit recevoir l’appui indispensable de l’Etat.
Les données socio-économiques de nos 14 quartiers populaires prouvent, s’il était besoin, la nécessité d’un projet social et urbain ambitieux et dans la durée. Il s’agit là de 300.000 habitants avec des taux de chômage, des taux de personnes au R.M.I., de population à bas revenu, deux fois supérieurs à la moyenne parisienne. Nous avons là aussi une forte proportion de familles monoparentales, des indicateurs inquiétants sur les retards scolaires et sur le nombre de personnes sans diplôme.
Ces indicateurs sont tout à fait comparables à ceux observés dans d’autres départements. Il serait donc profondément injuste d’écarter nos territoires parisiens. En effet, nous sommes confrontés à une entreprise de détricotage de la politique de la ville. Nous avons déjà évoqué cela ici concernant les gels de crédits opérés sur les subventions aux associations.
J’ai d’ailleurs écrit au Préfet à ce sujet et je n’ai pas obtenu de réponse. Je crains vraiment, en 2009, qu’un grand nombre d’associations se trouvent en situation de crise. Cela est complètement aberrant, car si nous voulons faire tenir le lien social dans ces quartiers, ce sont des acteurs indispensables. Et puis, il y a l’A.N.R.U., qui est aux abonnés absents sur deux grosses opérations concernant la cité Michelet-Curial-Cambrai et le quartier
Saint-Blaise, où l’on est devant une absence totale de mixité dans l’habitat, un urbanisme difficile de tours, de barres, sur dalle, etc.
Pour autant l’A.N.R.U. tarde à concrétiser les engagements financiers. 23.300.000 euros sont attendus pour Michelet sur un projet de plus de 150.000.000 euros et près de 10.000.000 euros sont attendus pour Saint-Blaise, sur un projet global de 55.000.000 euros. Deux courriers ont été envoyés à l’A.N.R.U., en décembre 2007 et avril
2008, sans réponse à ce jour.
Il y a aussi le resserrement et la réduction drastique de la géographie prioritaire, avec de nombreux quartiers qui disparaissent, et notamment ceux du territoire parisien. Tout cela nous paraît déraisonnable. On ne peut pas simplement se reposer sur le droit commun et les seules collectivités locales. L’Etat doit être présent à travers la solidarité nationale.
On pourrait penser que les efforts se portent sur les communes les plus démunies, mais on voit bien à travers ce qui se passe sur la dotation de solidarité urbaine qu’il s’agit là encore de priver de crédits de péréquation un grand nombre de communes sur les 717 actuellement soutenues, sans que pour autant les autres obtiennent des moyens supplémentaires.
Nous demandons simplement que les actes soient mis en cohérence avec les discours nationaux, et j’interpelle Mme Amara – je lui ai d’ailleurs demandé une audience -, car il est urgent que nous ayons une réponse positive à nos demandes et relances répétées auprès de l’A.N.R.U. et des différents ministères concernés, puisqu’il s’agit de répondre a l’attente des Parisiens.

