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Réponse de Anne Hidalgo relative à la Question d’actualité du groupe socialiste, radical de gauche et apparentés sur l’impact à Paris de l’augmentation de 30% des coefficients d’occupation des sols proposée par Nicolas Sarkozy

7 février 2012 Imprimer

Monsieur le Maire,
Mes chers collègues.

Lors de son entretien du 29 janvier où toutes les chaines de télévision étaient convoquées, le Président de la République a annoncé à quelques semaines de la fin de son mandat, un bonus de 30% pour la construction de logements. Le constat est simple, pour construire plus de logements, densifions les territoires. C’est ce que nous faisons à Paris depuis 10 ans malgré l’opposition des élus UMP.

Quelques rappels, les élus ont voté des PLU pour répondre à ce défi et trouver des solutions à la pénurie de logements en inscrivant notamment des réserves. Nous l’avons fait non pas dans la précipitation, non pas dans l’improvisation d’une fin de mandat mais avec subtilité, à la parcelle, en tenant compte des situations locales et aussi de ce que la loi SRU nous demandait. Les résultats sont là 70 000 logements sociaux financés dans cette mandature. Mais nous n’avons jamais fait le pari comme le propose le Président de la république de construire n’importe où. Nous avons des contraintes, nous avons des règles, nous devons tenir aussi compte de la préservation du patrimoine, des règles de gabarits et de prospects.

Par ailleurs de telles mesures existent déjà et sont appliquées à Paris: bonification du COS de 20% pour la réalisation de logements sociaux ou de logements répondant à des normes HQE. Ces mesures n’ont en réalité permis de produire qu’une 50aine de logements supplémentaires par an. En portant ce pourcentage à 30%, et en libérant les « contraintes » HQE et logement social, ce qui semble discutable, la production serait au mieux de l’ordre d’une 100aine de logements supplémentaires par an.

L’impact serait donc très limité. Ou alors la proposition du Président de la république serait d’augmenter de 30 % la constructibilité de tous les bâtiments parisiens.

En effet, pour atteindre le chiffre de 2 millions de m² supplémentaires dont nous entendons parler, cela signifierait tout simplement augmenter la hauteur de chaque immeuble parisien d’un étage. Chacun peut comprendre que cette mesure n’a aucun sens et montre l’amateurisme de cette proposition. On ne construit pas une ville en « dérégulant » et en ajoutant systématiquement des étages aux bâtiments existants.

La densité constitue une réponse mais elle doit être maniée avec précaution, avec subtilité et Paris n’a pas attendu. Dans les opérations d’aménagement (ZAC notamment), c’est à dire en dehors des quartiers existants, la densité à l’îlot varie entre 4 et 5 et un déplafonnement des immeubles de logements jusqu’à 50 m de hauteur est parfois prévu. Mais il s’agit là de nouveaux quartiers, crées sur des friches, et les futurs espaces publics sont dimensionnés en conséquence, permettant ainsi un éclairement correct des logements.

Surélever de manière systématique chaque immeuble n’a aucun sens dans les quartiers anciens, je pense notamment au PSMV, tant du point de vue du paysage, que du patrimoine, que de la qualité de vie des habitants dans les logements.

Ce serait revenir sur un principe historique de qualité du logement en ville que de ne plus garantir une lumière suffisante aux logements situés dans les étages inférieurs des immeubles.

C’est avec de l’imagination et une approche qualitative que le pari de la densité peut être gagné, en respectant l’existant. A Paris, les résultats sont là : ce sont près de 15 000 logements nouveaux qui ont été autorisés ces 3 dernières années.

La véritable solution est en réalité la libération des terrains et l’Etat doit cèder ses biens inutiles, à des prix compatibles avec la création de logements pour tous, logements sociaux pour tous et pour les classes moyennes, ce que le Premier Ministre candidat refuse depuis 5 ans maintenant. Ce sont plus de 3 800 logements qui sont ainsi bloqués. La véritable solution c’est aussi de ne pas s’opposer à la construction de 500 logements à la Croix-Nivert comme le fait l’Etat avec le concours actif des élus de l’UMP, la vraie solution c’est de ne pas s’opposer à la construction de logements à 50mètres à Batignolles. La vraie solution, c’est de ne pas baisser les aides au logement de 20 % en deux ans. La vraie solution c’est d’avoir une politique ambitieuse et de ne pas découvrir l’ampleur du problème dans la précipitation d’une fin de mandat calamiteuse.